Oiseaux marins protégés exterminés de la grippe aviaire en France : « Épidémie sans précédent »

Oiseaux Marins Protégés Exterminés De La Grippe Aviaire En France

Une épidémie dévastatrice de grippe aviaire tue des milliers d’oiseaux le long des côtes nord de la France. Les goélands et les fous font partie des espèces les plus touchées.

Un fou tué par l'aviaire.  Crédit : La vie, la nature du Finistère / Facebook

Un fou tué par l’aviaire. Crédit : La vie, la nature du Finistère / Facebook

La grippe aviaire provoque la mort de milliers d’oiseaux marins protégés dans le nord de la France, un événement sans précédent dans le pays. Le virus a commencé à se frayer un chemin à travers les animaux sauvages à la fin du printemps dernier, puis s’est propagé de manière dévastatrice au cœur de l’été, continuant de faire des milliers de morts jour après jour. La Bretagne fait partie des régions les plus touchées, où, selon les données de la DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt), les carcasses de 1.200 spécimens ont été récupérées le 1er septembre. La plupart des oiseaux, comme l’a rapporté au Télégramme le Dr Hervé Duvallet, coordinateur de la veille sanitaire de la faune sauvage à l’Office français de la biodiversité (OFB), ont été tués par la grippe aviaire.

Les espèces les plus touchées en ce moment sont les goélands, les sternes et les magnifiques fous de Bassane, ces derniers infectés principalement sur l’île de Rouzic, au cœur de la réserve naturelle nationale de Sept-Îles. Des photos partagées en juillet par le photographe amateur Michel Prat montraient des falaises pleines d’oiseaux morts, entre couples encore vivants et nids abandonnés. Ce sont principalement les poussins qui ont perdu la vie, toute une génération anéantie par une mort atroce, entraînant une paralysie et une agonie pouvant durer jusqu’à 48 heures. Les experts avaient l’habitude de faire face aux épidémies de grippe aviaire en période automnale et hivernale, comme l’a expliqué le technicien environnement Hervé Duvallet à France Bleu, mais cette année il y a eu une propagation inattendue et tentaculaire en plein été impliquant la période de reproduction, entraînant dans un massacre.

La grippe aviaire s’était propagée dans les élevages français l’hiver dernier et avait conduit les autorités à ordonner l’abattage de dizaines de millions de têtes. De là, le virus est repassé aux oiseaux sauvages, déclenchant l’épidémie mortelle qui décime les colonies d’espèces marines. « En France, c’est la première fois qu’il y a une telle mortalité d’oiseaux sauvages. Cela s’est passé en pleine éclosion, lorsque les poussins sont vulnérables et hautement contaminants », a expliqué le Dr Anne Van De Wiele, coordinatrice des actions sanitaires au Bureau français de la biodiversité. « Nous sommes en pleine avalanche de cas, c’est une course contre la montre. Il est encore difficile de mesurer l’ampleur des dégâts causés aux espèces les plus menacées. Cela dépendra de l’impact de la maladie sur les adultes reproducteurs », a ajouté l’expert. À ce jour, des milliers de carcasses de goélands et de fous ont été collectées, 100 % d’entre elles étant positives pour l’agent pathogène. En Bretagne, les sternes (affectées ailleurs) et les labbes ne sont pas concernés. Heureusement, les phoques, exposés à une contagion potentielle, sont également négatifs. A Saint-Malo, ville qui ces derniers jours a été frappée par des vagues capables d’atteindre le quatrième étage des immeubles, environ 200 oiseaux ont été retrouvés morts, principalement des goélands.

L’un des principaux problèmes réside dans le fait que le virus continue de se propager également vers les zones intérieures, commençant à lécher les zones humides à très haute biodiversité. L’impact sur les oiseaux de rivage et les oiseaux aquatiques vivant dans ces milieux délicats pourrait être catastrophique. Nous sommes face à une épidémie sans précédent qui n’a toujours pas de réponse, comme l’explique le Dr Duvallet. On pense à une possible évolution de la souche du virus aviaire H5N1, dont les mutations auraient permis d’impliquer aussi les fous, jusqu’alors épargnés par l’infection. Les autorités sanitaires mettent tout en œuvre pour surveiller et endiguer la propagation de l’agent pathogène, par exemple en retirant rapidement les carcasses, mais il n’est pas possible pour le moment de déterminer quelle sera l’évolution des infections. Les opérations sont conduites par du personnel qualifié ; en effet, il est recommandé de ne pas toucher les oiseaux morts, sachant qu’il y a eu par le passé des cas de passage du virus aviaire à l’homme.