Le GPS du smartphone nous abêtit

Le GPS du smartphone nous abêtit

Se perdre fait partie du voyage. Ce n’est pas le slogan de la série FROM diffusée par HBO, dont la quatrième saison vient de se terminer, mais une réalité que nous acceptons parfois mal. Il fut un temps où se perdre faisait partie du parcours. Consulter une carte dépliante, demander son chemin à un passant, ou simplement avancer en espérant atteindre sa destination, c’était le lot quotidien de millions de touristes. Puis le GPS est arrivé.

Observer les rues, mémoriser les lieux, se tromper et corriger sa trajectoire faisaient partie du processus naturel pour s’orienter. Aujourd’hui, nous sortons notre téléphone, ouvrons Google Maps et suivons une ligne bleue sans réfléchir. C’est pratique, rapide et efficace. Mais cette habitude a aussi un effet sur notre cerveau, qui devient moins performant, voire moins intelligent.

Ce n’est pas une simple opinion, mais la conclusion d’une étude publiée dans la revue Nature. Les travaux montrent que l’usage régulier du GPS affecte notre mémoire spatiale. Le constat est net : plus nous en dépendons, moins nous nous souvenons des itinéraires, des points de repère et des espaces lorsque nous devons nous déplacer par nos propres moyens.

Un homme utilisant le GPS de son iPhone.

Un homme utilisant le GPS de son iPhone. / Photo : Pexels.

Faut-il cesser d’utiliser le GPS ?

Le problème ne vient pas d’une utilisation ponctuelle. L’erreur est d’en faire une habitude systématique. Selon cette recherche, les personnes qui utilisent souvent le GPS développent moins ce qu’on appelle une « carte cognitive ». Il s’agit de la représentation mentale que nous nous faisons d’un lieu. C’est ce qui nous permet de retrouver notre chemin sans connaître chaque rue par coeur.

En somme, si à chaque nouveau trajet vous ne faites qu’obéir aux instructions de votre téléphone, votre cerveau cesse d’effectuer un travail essentiel : observer, établir des liens et mémoriser. Si le travail est déjà fait, pourquoi penser ?

Les chercheurs ont observé que les grands utilisateurs de GPS se souvenaient de moins de points de repère, étaient moins capables de visualiser mentalement un parcours et éprouvaient plus de difficultés à s’orienter sans assistance. Autrement dit, ils arrivaient à destination tant que le GPS fonctionnait, mais n’apprenaient pas véritablement le chemin.

Application de cartographie sur la montre Amazfit GTS 4 Mini New

Application de cartographie sur la montre Amazfit GTS 4 Mini New / Photo : Image officielle d’Amazfit.

D’un point de vue neurologique, la situation est préoccupante. La mémoire spatiale dépend largement de l’hippocampe, une région cérébrale cruciale pour la mémoire en général. Quand nous déléguons sans cesse la navigation à notre mobile, nous réduisons l’activité de cette zone. Comme pour un muscle, la capacité diminue si on ne l’utilise pas.

Le phénomène est quotidien. Des personnes qui vivent depuis des années dans une ville ont toujours besoin de leur téléphone pour se rendre à des endroits qu’elles ont pourtant visités à plusieurs reprises. Ou des conducteurs qui, sans signal, ne savent littéralement plus quoi faire. L’inquiétude ne porte pas seulement sur l’oubli des routes. Cette dépendance modifie la façon dont nous faisons attention à notre environnement. En suivant des instructions automatiques, nous cessons de remarquer les bâtiments, les places, les carrefours ou les éléments visuels qui servaient autrefois d’ancres mentales.

Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner le GPS. Ce serait absurde, car c’est l’un des outils les plus utiles de l’époque moderne pour gagner du temps, éviter les embouteillages et découvrir des lieux inconnus. Il convient simplement de l’utiliser avec plus de discernement. Lorsque vous connaissez déjà un itinéraire, le mieux est de l’éteindre et de tenter de mémoriser le parcours, de chercher des repères visuels et même de vous tromper de chemin.

C’est la seule manière dont le cerveau apprend.