Comment réinitialiser votre relation avec votre téléphone et reprendre le contrôle

Comment réinitialiser votre relation avec votre téléphone et reprendre le contrôle

Dans le roman de Patricia Lockwood No One is Talking About This, qui est selon moi le meilleur roman sur l’internet, la narratrice convie le lecteur à entrer dans « le portail ». Ce dernier désigne-t-il l’internet, le téléphone qui le rend possible ou les réseaux sociaux qui y existent ? Rien n’est moins sûr. Mais une certitude demeure : ce portail transporte ailleurs.

Cet ailleurs peut être l’endroit le plus important du monde, ou bien n’être nulle part. Alors que nous culpabilisons souvent face à la technologie, il faut rappeler que nos téléphones nous sont aussi bénéfiques. Ils contiennent nos proches et une grande partie de ce qu’il y a de plus beau. Sans cette part de positif, nous ne reviendrions pas sans cesse.

Cependant, ils abritent aussi nos plus farouches détracteurs, qui n’existent bien souvent pour nous qu’à travers ces écrans. Les pires contenus y sont stockés, avec pour seul but de nous rendre confus, blessés ou haineux. Sans cette présence profondément troublante, nous n’aurions pas non plus cette envie de nous en éloigner.

Voilà l’une des raisons pour lesquelles nos téléphones nous enthousiasment et nous inquiètent à la fois. Ils nous éloignent, ce qui peut parfois être nécessaire. Mais dans une époque qui vante la présence tout en la rendant plus inaccessible, cet « ailleurs » est peut-être précisément ce qu’il faut fuir.

Aujourd’hui, les solutions à ce problème de distraction, de colère et de confusion semblent innombrables. Des objets comme le Brick phone, devenu viral, promettent de nous libérer en désactivant temporairement nos appareils. Des fonctions intégrées comme le temps d’écran visent à suivre et limiter notre usage. Une multitude d’articles en ligne proposent aussi une astuce simple pour apaiser notre rapport au téléphone.

Et voilà que j’en fais autant.

Je ne prétends pas avoir atteint un nirvana technologique où mes appareils n’exerceraient plus aucune attraction. Un simple coup d’œil à mes statistiques d’utilisation suffirait à invalider cette idée. Je ne me présente pas non plus comme un mentor omniscient qui règlera vos problèmes une fois pour toutes, car je n’en ai pas le pouvoir.

Ne levez pas les yeux : L'addiction à nos appareils nous fait rater l'essentiel

Ne levez pas les yeux : L’addiction à nos appareils nous fait rater l’essentiel (Alamy/PA)

Je souhaite seulement partager un conseil simple qui a transformé mon rapport à ces objets plus profondément qu’aucun réglage ou gadget novateur conçu pour saborder son téléphone. Tout commence en renonçant à lutter.

Il ne faut pas chercher à repousser constamment son téléphone, car cette lutte maintient l’objet dans notre esprit, même différemment. Il vaut mieux tenter de prêter attention.

Je dois avouer que j’ai emprunté cette idée à un moine. Ce n’est peut-être pas très vertueux, mais je doute qu’il m’en tienne rigueur. L’objectif n’est pas de bannir nos appareils, mais d’accueillir un instant les émotions qu’ils provoquent à chaque interaction.

Vérifier machinalement ses notifications se révèle être un geste anxieux et souvent vain. Scroller sur Instagram pour combattre l’ennui ne fait qu’approfondir une mélancolie plus tenace. L’instinct de baisser les yeux vers son écran dans un moment calme détourne notre attention des surprises joyeuses et vivifiantes du monde réel, qui n’apparaissent que lorsqu’on leur accorde le bon regard.

À l’inverse, il y a les plaisirs. Le lien créé par un SMS bref ou un long appel, la richesse d’un souvenir évoqué par une photo dans la galerie, la beauté instantanée d’une chanson, d’une image ou d’une série puisée sur le web. Chacune de ces expériences gagne en intensité précisément parce qu’on perçoit consciemment le pouvoir de transport et de profondeur qu’offre cet « ailleurs ».

Ce type de prise de conscience explique la force générale de la pleine conscience, une pratique utilisée depuis des millénaires pour améliorer le rapport à toute chose. Son application à nos appareils technologiques paraît particulièrement efficace.

Il y a une certaine jubilation à retourner contre eux-mêmes le pouvoir de ces objets et des services qu’ils exécutent. Car s’il y a une chose que ces réseaux sociaux exigent et savent capturer, c’est bien notre attention.

Chaque jour, nous portons des appareils d’une puissance formidable, capables de construire ou de détruire un moment. Le choix de leur utilisation nous appartient. Et tout pourrait commencer par un peu plus d’observation.