Une utilisatrice observe son visage modifié par l’intelligence artificielle de Grok, développée par Elon Musk. Le résultat montre un nez affiné, des lèvres gonflées et des joues creusées, évoquant un idéal esthétique distant de la réalité.
Le terme Stacey, né dans les communautés en ligne de la manosphère, désigne la femme la plus attirante selon des critères précis : grands yeux, pommettes hautes, faible indice de masse corporelle, nez retroussé et lèvres pulpeuses. Sans ces traits, on tombe dans la catégorie moyenne de Becky.

L’expansion du looksmaxxing chez les femmes
Depuis deux ans, le vocabulaire du looksmaxxing s’infiltre dans les réseaux sociaux grand public. Initialement associé à des jeunes hommes pratiquant des régimes extrêmes ou des techniques comme le bone smashing, le mouvement gagne les femmes cherchant à incarner une Stacey.
L’influenceuse de 18 ans Alorah Ziva, autoproclamée première looksmaxxeuse féminine, cumule 20 millions de likes sur TikTok et près de 250 000 abonnés sur Instagram. Elle s’est fait connaître à 16 ans lors d’un livestream avec Braden Peters, alias Clavicular, qu’elle accuse d’agression et d’injection de Aqualyx dans ses joues pour dissoudre la graisse.
Sur les forums Reddit dédiés au looksmaxxing, des utilisatrices réclament des conseils chirurgicaux pour atteindre cet idéal. L’une d’elles justifie : plus de privilèges liés à l’apparence m’attendent, et je peux me transformer moi-même.
Les recommandations incluent des exercices intenses ou des chirurgies comme l’abaissement de la ligne des cheveux. Une participante déplore : la graisse abîme tout.

Applications et IA au cœur de la transformation
Sur Discord, des adolescentes de 13 ou 14 ans sollicitent des astuces pour ascensionner vers Stacey. Des applications comme Umax et Glowdess génèrent gratuitement ou à bas coût une version idéalisée du visage, assortie de produits correctifs.
Grok se révèle particulièrement direct : en quelques secondes, il propose un nez subtil, des fillers sous les yeux et au milieu du visage, plus un mastic dur pour affiner la mâchoire. Il évalue l’original à 7-7,5/10 avec potentiel à 8,5+.
Les dangers soulignés par les spécialistes
Ellen Atlanta, auteure de Pixel Flesh: How Toxic Beauty Culture Harms Women, analyse cette quête comme une réponse rationnelle à la quête de statut et de richesse dans ces milieux.
Thomas Midgley, psychothérapeute et directeur de The Body Image Treatment Clinic, pointe un manque de confiance chez les adeptes vulnérables, comblé par des aspirations extérieures.
La chirurgienne plastique Nora Nugent observe des patients apportant des images IA pour des implants multiples au menton, joues et mâchoire, risquant un aspect gonflé ou exagéré.

Dr Helena Lewis-Smith, experte en image corporelle, alerte sur l’augmentation des pressions esthétiques chez les jeunes en développement, où même les retours positifs aggravent les préoccupations.

Midgley regrette l’absence de restrictions strictes pour les mineurs au Royaume-Uni, contrairement à l’Australie ou l’Union européenne, face à une approche laxiste favorisant les affaires et l’IA.
