La Commission européenne s’apprête à dévoiler l’EU KIDS Act, une loi contraignant les réseaux sociaux à créer des environnements sécurisés pour les jeunes. Cette initiative répond aux inquiétudes sur l’impact des plateformes comme TikTok et Instagram sur la santé mentale des enfants et adolescents.
La Commission européenne prépare le dévoilement, ce jeudi, de l’EU KIDS Act. Cette nouvelle législation obligera les réseaux sociaux, notamment TikTok et Instagram, à mettre en place des comptes plus sûrs pour leurs utilisateurs les plus jeunes.
Après plusieurs mois de pressions politiques, la Commission européenne présentera une proposition législative dédiée à la protection des mineurs sur les réseaux sociaux.
L’annonce officielle est programmée pour jeudi. Toutefois, le porte-parole de la Commission, Olof Gill, a déjà confirmé lors d’une conférence de presse que l’EU KIDS Act est en route.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devrait révéler davantage de détails ce mercredi, durant son discours sur l’état de l’Union à Strasbourg.
Cette proposition intervient alors que les critiques s’intensifient. Experts en santé, responsables politiques et parents s’alarment de l’influence de plateformes comme TikTok et Instagram sur le bien-être psychique des jeunes.
Des pays comme le Portugal, l’Autriche, le Danemark, la France, la Grèce et l’Espagne ont déjà adopté des lois nationales limitant l’accès des enfants et adolescents aux réseaux sociaux. Cette situation accentue la nécessité d’une réponse coordonnée au niveau européen.
Des comptes par tranches d’âge, plutôt qu’une interdiction totale
Selon des documents consultés par POLITICO, la proposition de la Commission européenne privilégie un système progressif avec différents types de comptes selon l’âge de l’utilisateur, au lieu d’une interdiction basée sur l’âge :
- Jusqu’à 13 ans, les parents peuvent créer des comptes entièrement supervisés par eux, sur des services respectant des normes de sécurité strictes.
- Entre 13 et 15 ans, des comptes d’initiation seront disponibles. Ils incluront des limitations des contacts avec des inconnus, un contrôle du temps passé devant l’écran et une supervision parentale.
- À partir de 15 ans, les adolescents peuvent créer et gérer leurs propres comptes sans restrictions supplémentaires.

Quels services sont concernés
L’EU KIDS Act a un champ d’application étendu. La loi dépasse le cadre des réseaux sociaux classiques pour inclure les plateformes de vidéo, les jeux en ligne ainsi que les chatbots ou compagnons d’intelligence artificielle. Seuls les outils à vocation éducative en seraient exclus.
La législation devrait aussi imposer une technologie de vérification de l’âge afin de garantir le respect effectif des limites fixées. Un ensemble de mesures pour développer la littératie numérique des enfants, parents et éducateurs est également prévu.
Cette approche rejoint les recommandations formulées cette année par un panel d’experts en santé et technologie, réuni à la demande d’Ursula von der Leyen. Ce groupe préconisait des restrictions comparables pour ce qu’il a nommé les « réseaux sociaux+ », une catégorie englobant précisément les compagnons d’IA.
Mise en application et surveillance
Pour son application, l’EU KIDS Act devrait adopter une architecture de surveillance proche de celle de la Loi sur les services numériques (DSA) et de l’AI Act, avec des redevances de supervision à la charge des entreprises.
À l’instar de ces deux législations, la surveillance des plateformes présentant le plus de risques sera centralisée au niveau de la Commission européenne. Les autorités nationales garderont la responsabilité des entreprises de plus petite taille.
Les interrogations qui persistent
Le texte de la proposition pourrait connaître des modifications jusqu’à sa présentation officielle jeudi. Il devra ensuite faire l’objet de négociations avec les gouvernements des États membres et le Parlement européen.
Pour l’instant, une certitude émerge : l’Union européenne se dotera d’une réponse législative commune face à un problème que chaque pays tentait jusqu’ici de résoudre individuellement.