Un psychologue explique pourquoi nous faisons confiance aux chatbots sans vérifier les faits

Il est probable que vous ayez eu ce réflexe au cours de la semaine. Une question vous est venue et, plutôt que de chercher la réponse en ligne ou dans un livre, vous l’avez posée à un chatbot.

Vous n’êtes pas un cas isolé. Dès février de cette année, ChatGPT comptait déjà 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires. Une vaste étude révèle que les gens l’utilisent surtout pour des recherches liées à trois grandes catégories : la quête d’informations, la recherche de conseils pratiques et l’aide à la rédaction.

Cette évolution modifie notre rapport à l’information, notre manière de lui accorder du crédit et notre façon d’apprendre.

Une réponse fluide et unique

Auparavant, trouver une information nécessitait de consulter plusieurs sources : des livres, des journaux, des encyclopédies ou des personnes. Ces sources divergeaient souvent et construire une réponse exigeait un effort. Notre jugement se formait dans les écarts entre ces différentes voix.

Puis les moteurs de recherche sont apparus. Pendant près de deux décennies, ils ont proposé des arguments classés pour chaque question. S’ils offraient des raccourcis, ils montraient aussi que les réponses avaient des rivales. Même en choisissant le premier résultat, il était possible d’explorer les alternatives.

Les chatbots à intelligence artificielle ont bouleversé ce modèle. Désormais, le chatbot fournit un seul paragraphe, qui paraît fluide et définitif.

Cliquez-vous sur les liens ?

Le Pew Research Center a analysé des comportements de navigation réels. Lorsque Google affiche un résumé généré par IA au-dessus des résultats, les gens cliquent sur la source originale environ deux fois moins souvent, soit 8 % des visites contre 15 % auparavant.

Plus frappant encore, les liens à l’intérieur même du résumé IA ne sont cliqués que 1 % du temps. Souvent, si la question semble répondue, les gens ne vérifient pas les sources.

Une personne utilise un téléphone portable et un ordinateur portable, symbolisant la recherche d'information numérique.

(NET/iStock)

Pourtant, des recherches montrent que la lecture d’informations contradictoires améliore notre capacité à nous souvenir des sources, comparée à la consommation d’informations qui vont uniquement dans le même sens.

Le NET Institute Digital News Report 2026 indique que 10 % des personnes dans le monde utilisent un chatbot IA pour les actualités chaque semaine. Ce taux atteint 16 % chez les moins de 35 ans. Parmi ces utilisateurs, seuls 42 % déclarent toujours, ou souvent, cliquer sur les liens pour vérifier les sources originales.

Les réponses faciles paraissent vraies

Pourquoi accordons-nous cette confiance aux chatbots IA sans vérifier les faits ? Des décennies d’études sur la fluidité du traitement montrent que plus une information est facile à assimiler, plus elle paraît vraie. Les biais préexistants, la répétition et la facilité de traitement jouent tous un rôle.

Même les énoncés imprimés dans des couleurs simplement plus faciles à lire sont jugés plus exacts. La réponse d’un chatbot est instantanée, claire, assurée et ne demande aucun effort. Elle active nos tendances psychologiques à accepter son affirmation comme une vérité.

La commodité d’obtenir une réponse unique, surtout d’une source perçue comme fluide et autoritaire, est une autre raison importante de cette confiance. Le désaccord entre les sources est inconfortable.

Dans certaines expériences, face à différents types de réponses, les gens se sont montrés excessivement confiants dans la véracité des réponses uniques et pas assez confiants dans celle des réponses plurielles, même lorsque ces dernières étaient plus exactes.

Lorsque dix sources se fondent en un seul paragraphe, le désaccord ne disparaît pas du monde, mais il disparaît de notre vue. Notre certitude augmente, non pas parce que la réponse s’est améliorée, mais parce que l’argumentation est dissimulée.

Les machines paraissent objectives

Un troisième mécanisme peut expliquer ce phénomène. Les scientifiques parlent d’heuristique de la machine, c’est-à-dire notre tendance à supposer que les machines sont objectives et n’ont pas de programme caché.

Dans une période où la confiance envers certaines institutions, notamment les médias d’information, est faible en partie à cause de programmes perçus, une réponse sans auteur visible contourne les défenses qu’un nom de journaliste pourrait déclencher.

Cela n’aurait guère d’importance si les réponses étaient fiables. Mais ce n’est pas le cas. L’une des plus vastes évaluations de ce type, coordonnée par l’Union européenne de radio-télévision et dirigée par la BBC dans 18 pays et 14 langues, a constaté que près de la moitié des réponses des assistants IA sur l’actualité contenaient au moins un problème majeur.

La mention des sources était l’erreur la plus courante. Des proportions importantes des réponses contenaient aussi des détails trompeurs, manquants ou obsolètes, ainsi que des informations que le système avait purement inventées.

Si l’on associe cela à la faible proportion de personnes qui vérifient les sources, on obtient un public mal informé, qui peut se croire très informé sans réaliser que ses informations sont erronées.

Dans une démocratie, le coût n’est pas seulement personnel. Un public mal informé est aussi un électorat mal informé. L’accès à une information exacte est donc une nécessité pour garantir la justesse de nos décisions concernant nos dirigeants et notre société dans son ensemble.

Ajouter une habitude délibérée

Quelle est alors la solution ? Les outils d’IA peuvent être extraordinaires. Dire aux gens d’arrêter d’utiliser l’une des technologies d’information les plus pratiques jamais créées aura à peu près le même effet que de les forcer à abandonner leur voiture pour monter à cheval. L’objectif réaliste est d’ajouter une habitude réfléchie à un réflexe automatique.

Premièrement, nous pouvons prendre conscience de nos tendances psychologiques à accepter certaines affirmations sans vérification. Cette prise de conscience peut nous rendre plus vigilants face aux pièges, pour mieux les éviter.

Deuxièmement, il faut traiter la réponse d’un chatbot comme un point de départ, et non comme une fin. Lorsqu’un chatbot répond, c’est là que votre compréhension doit commencer, et non s’arrêter. Demandez les sources et veillez à les consulter. Examinez le sujet sous différents angles et auprès de sources qui s’opposent.

La plupart du temps, la vérité réside dans ce que nous assemblons à partir de points de vue différents, et non dans la ligne unique qu’un chatbot nous tend.