Les musiciens sont progressivement exclus et marginalisés dans leur propre secteur à cause de l’intelligence artificielle, selon des chercheurs.
Une étude de l’Université Queen’s de Belfast alerte que les consommateurs et les artistes sont lésés, car il n’existe pas assez de contrôle sur cette technologie.
Le docteur Katherine Pittalis a analysé l’usage de l’IA sur les plateformes de streaming musical, les sites de vente de billets de concert et les contenus liés à la musique sur les réseaux sociaux.
Elle affirme que le cadre réglementaire britannique pour la musique accuse un retard considérable face à l’Union européenne et aux États-Unis. Ce retard concerne la transparence autour de l’usage malveillant des technologies de robots automatisés.
Ses travaux se penchent sur des phénomènes comme les « metric bots », qui peuvent gonfler artificiellement le nombre de likes et d’abonnés sur les réseaux sociaux, ainsi que sur les « musiciens artificiels ». Ce dernier concept combine la technologie du deepfake avec des robots pour créer un influenceur numérique.
L’étude indique que l’usage malveillant de la technologie gagne en sophistication. Les robots évoluent constamment pour contourner les règles fixées par les plateformes de réseaux sociaux, de streaming musical et de billetterie.
Les escroqueries en sont un exemple marquant, en particulier sur les places de marché secondaires. Sur ces sites, les billets pour les concerts très demandés sont revendus à des prix excessifs.
La recherche a identifié plusieurs cas où des consommateurs ont versé des sommes importantes pour des billets qui n’existaient finalement pas.
Elle a aussi constaté que les groupes informels d’achat et de vente, comme ceux que l’on peut créer sur Facebook, sont très peu régulés. Ils sont parfois même modérés par des robots.
Par ailleurs, l’étude a relevé des cas où des robots modèrent les sections de notes communautaires sur les réseaux sociaux. Ces fonctionnalités ont pourtant été créées spécifiquement pour lutter contre la désinformation et les fausses nouvelles.

Katherine Pittalis déclare que cette étude dresse un tableau plutôt sombre.
Elle explique que les plateformes de réseaux sociaux sont extrêmement secrètes sur l’utilisation des robots.
Une étude qu’elle a consultée a même révélé que la plateforme X, anciennement Twitter, compte aujourd’hui plus de robots qu’au moment où Elon Musk en a pris le contrôle et a promis de les éliminer.
D’après ses recherches, les robots qu’elle a découverts adoptent un comportement et interagissent avec les utilisateurs réels d’une manière plus authentique.
Même avec des protocoles et des mesures de sécurité en place, ces robots continuent de prospérer dans ces espaces en ligne. Ils faussent la perception des utilisateurs réels, qui peinent à distinguer le contenu authentique du contenu trompeur, lequel peut causer des préjudices.
Katherine Pittalis appelle l’industrie musicale britannique, les entreprises de réseaux sociaux et les décideurs politiques à renforcer d’urgence la cybersécurité. L’objectif est de mieux protéger les consommateurs et les artistes.
Elle estime que la situation est injuste. Les consommateurs et les musiciens authentiques sont évincés et marginalisés par l’industrie même qui est censée les soutenir.
Elle ajoute que cela peut sembler apocalyptique, mais la vérité est que les robots font des ravages. La législation britannique est à la traîne.
Elle ne prévoit pas les tendances futures et se contente de réagir aux événements passés.
Il faut selon elle une régulation qui anticipe l’avenir. Cela implique un meilleur contrôle sur la manière dont les réseaux sociaux et les autres plateformes en ligne gèrent les infractions et protègent la sécurité des utilisateurs face aux robots.
L’industrie doit prendre ce sujet au sérieux avant qu’il ne soit trop tard.
Pour un livre qui découle de cette recherche, Katherine Pittalis examine aussi l’utilisation de robots sociaux pour diffuser des informations malveillantes. Ces informations visent à nuire à la réputation d’un musicien, comme la diffusion d’images deepfake explicites de la pop star Taylor Swift sur les réseaux sociaux en 2024.
Elle va aussi étudier la musique générée par IA. Certains musiciens commencent à intégrer des aspects d’IA dans leur production, mais dans certains cas, des chansons entières sont créées intégralement par intelligence artificielle.
La demande pour un étiquetage transparent de ce type de musique grandit. La politique britannique sur ce point est encore en cours d’élaboration. La plateforme Spotify a annoncé la semaine dernière qu’à partir de la mi-septembre, des badges « Persona IA » apparaîtront sur les profils d’artistes générés par IA.
Cette recherche a été supervisée par le professeur Giancarlo Frosio de la Faculté de droit et le professeur Hans Vandierendonck de la Faculté d’EEECS de l’Université Queen’s.
Giancarlo Frosio déclare que cette recherche apporte une contribution originale et opportune à la compréhension de la façon dont l’automatisation malveillante reconfigure l’écosystème musical.
Son principal enseignement est que ce problème n’est pas uniquement lié aux plateformes ou à l’État. Une régulation efficace exige des obligations légales et des moyens d’application plus clairs. Elle nécessite aussi, au niveau des plateformes, une détection, une transparence et une responsabilité bien plus fortes.