Australie : l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans montre ses limites
Plus de 80 % des enfants australiens continuent d’utiliser des plateformes comme Instagram, TikTok ou Snapchat trois mois après l’entrée en vigueur de l’interdiction historique des réseaux sociaux. C’est ce que révèle un nouveau rapport de la Commission de sécurité en ligne. Ce document constitue la première étape d’une évaluation sur deux ans. Il confirme que la mesure ne se déroule pas comme prévu.
Le rapport s’appuie sur 803 enfants âgés de 10 à 15 ans et leurs parents. Il compare les données recueillies juste avant l’interdiction (décembre 2025) et trois mois plus tard (mars-avril 2026). L’objectif n’est pas de mesurer l’efficacité à long terme, mais de vérifier les changements immédiats.
Le nombre d’enfants possédant un compte est passé d’environ 52 % à 42 %. Pourtant, l’utilisation continue des réseaux sociaux reste préoccupante. Le rapport note que « les réductions de l’utilisation des plateformes restreintes et de la possession de comptes sont limitées en ampleur ».
La raison principale est une « mise en œuvre inefficace des mesures de vérification de l’âge par les plateformes ». Plus de la moitié des enfants interrogés indiquent que les plateformes ne leur ont même pas demandé de confirmer leur âge. 18 % signalent que les plateformes ont estimé leur âge au-dessus de 16 ans de manière incorrecte. 37 % déclarent avoir simplement indiqué un âge de 16 ans ou plus sur leur compte pour conserver l’accès.
Avant l’interdiction, 85,9 % des enfants utilisaient au moins une plateforme sociale. Ce chiffre n’est tombé qu’à 81,5 % après trois mois. Le rapport explique que la barrière pour continuer à accéder aux comptes reste faible, sans que les enfants aient besoin de contournements complexes.
Des « signaux précoces » montrent que certains enfants migrent vers d’autres plateformes comme Reddit ou Pinterest. Le rapport détecte aussi une « conséquence involontaire » : la proportion de parents qui ignorent que leur enfant utilise les réseaux sociaux a augmenté de 10 %. Et contrairement aux espoirs du Premier ministre Anthony Albanese de voir plus d’enfants jouer dehors, le rapport constate « peu ou pas de changement » dans leurs activités hors ligne.
Ces résultats ne surprennent pas. Les médias rapportent régulièrement que les enfants conservent leurs comptes et contournent les contrôles d’âge. Les conclusions renforcent un précédent rapport de mars qui alertait sur la non-conformité des plateformes. D’autres études montrent aussi que les enfants continuent d’accéder aux réseaux sociaux.
Le gouvernement veut « doubler la mise » sur la conformité en augmentant les pénalités et en élargissant les pouvoirs de collecte d’informations de la Commission. La publication de ce rapport exerce une pression pour que les autorités enquêtent sur les infractions et imposent des amendes. Plus tôt cette semaine, les entreprises qui vendent des logiciels de vérification de l’âge ont réclamé un « audit indépendant obligatoire » de chaque plateforme concernée.
L’Association des fournisseurs de vérification de l’âge estime que les entreprises de réseaux sociaux pourraient préférer payer des amendes plutôt que de respecter la loi. Même si les plateformes se conforment et empêchent les moins de 16 ans d’avoir un compte, les enfants peuvent toujours accéder aux réseaux en mode déconnecté. Le rapport montre que cette méthode d’accès persiste.
Tous ces constats devraient démontrer aux autres pays que les restrictions fondées sur l’âge ne constituent pas une solution rapide. Le gouvernement s’est engagé à introduire une loi sur le devoir de diligence numérique cette année. Cette législation tiendrait les entreprises technologiques pour responsables et offrirait des protections aux Australiens de tous âges. Pour protéger les enfants des contenus nuisibles et des algorithmes, cette loi doit arriver au plus vite.
