Le PDG d’OpenAI, Sam Altman, est poursuivi en justice, aux côtés de son entreprise, par les familles des victimes d’une fusillade qui a eu lieu à Tumbler Ridge, au Canada, en février dernier. Ces familles affirment qu’OpenAI n’a pas averti les autorités des menaces imminentes provoquées par la tireuse.
Selon la plainte, l’entreprise aurait hésité à contacter la police afin d’éviter que le public ne sache à quel point les conversations liées à la violence sur ChatGPT sont fréquentes. Une telle divulgation pourrait nuire à ses ambitions de valorisation à 1 trillion de dollars lors d’une introduction en bourse, selon les documents judiciaires.

La fusillade, survenue le 10 février, a causé la mort de neuf personnes, dont sept enfants, abattus par Jesse Van Rootselaar, qui a également tué sa mère avant de se donner la mort. Un porte-parole d’OpenAI a décrit l’incident comme une « tragédie » et a rappelé que l’entreprise avait une politique de tolérance zéro concernant l’utilisation de ses outils à des fins violentes.
Le porte-parole a affirmé que des mesures avaient été renforcées, notamment en ce qui concerne la manière dont ChatGPT gère les signes de détresse et en reliant les utilisateurs à des ressources de santé mentale. Les actions menées visent également à détecter et à signaler les comportements répétitifs violant les règles.

Les plaignants comprennent des membres des familles des victimes et une jeune fille de 12 ans qui a survécu après avoir été atteinte de trois balles, mais qui reste en soins intensifs. Ces actions juridiques s’inscrivent dans une série de poursuites de plus en plus nombreuses accusant les entreprises d’intelligence artificielle de ne pas avoir empêché des interactions avec des chatbots qui contribuent à l’automutilation, à des problèmes de santé mentale et à la violence. Celles-ci semblent être les premières aux États-Unis à affirmer que ChatGPT a joué un rôle facilitateur dans une fusillade.
Jay Edelson, avocat des plaignants, prévoit de déposer plusieurs autres procès dans les semaines à venir au nom d’autres personnes affectées par la fusillade. Un des recours mentionne que les systèmes automatisés d’OpenAI ont identifié en juin 2025 des conversations sur ChatGPT dans lesquelles la tireuse décrivait des scénarios de violence armée.

Selon la plainte, l’équipe de sécurité d’OpenAI avait recommandé de contacter la police après avoir déterminé que la tireuse représentait une menace imminente et crédible. Cependant, les dirigeants de l’entreprise, dont Altman, auraient contourné cette décision, et aucune alerte n’a été faite aux forces de l’ordre. La tireuse a même réussi à créer un nouveau compte pour continuer à utiliser la plateforme afin de planifier son attaque.
Suite à la publication d’un article du Wall Street Journal, OpenAI a indiqué que le compte avait été signalé pour des « abus des modèles de violence », mais que les problèmes identifiés ne correspondaient pas à ses critères internes pour alerter les autorités. La semaine dernière, Altman a réitéré ses excuses pour l’absence d’alerte envoyée aux forces de l’ordre.

Dans un article publié mardi, OpenAI a affirmé que ses modèles sont conçus pour refuser les demandes pouvant « favoriser la violence » et qu’ils informent les autorités quand des échanges laissent présumer « un risque imminent et crédible de dommage aux autres », en s’appuyant sur l’avis d’experts en santé mentale pour évaluer les cas limites. L’entreprise précise qu’elle ajuste continuellement ses modèles et ses méthodes de détection selon l’utilisation et les retours d’experts.
Les plaintes demandent des compensations non spécifiées ainsi qu’un ordre du tribunal pour obliger OpenAI à revoir ses pratiques de sécurité, y compris l’établissement de protocoles de référence obligatoires vers les forces de l’ordre. Une des victimes avait initialement déposé sa plainte dans un tribunal canadien, qu’elle a abandonnée pour poursuivre ses revendications en Californie, selon Edelson.
Ces actions juridiques font suite à d’autres plaintes contre OpenAI, déposées récemment dans des tribunaux américains. Elles visent à déterminer le rôle que pourrait jouer une plateforme d’IA dans l’incitation à la violence et à établir si l’entreprise peut être tenue responsable de ses actions ou de celles de ses utilisateurs.
OpenAI a nié les accusations formulées dans les plaintes, soutenant dans l’affaire du meurtre-suicide que l’auteur avait des antécédents de troubles mentaux. Par ailleurs, le procureur général de Floride, James Uthmeier, a annoncé ce mois-ci une enquête criminelle sur le rôle de ChatGPT dans une fusillade survenue en 2025 à l’Université d’État de Floride.
