La quête pour localiser Luna 9, le premier engin à avoir atterri sur la Lune, prend une nouvelle tournure grâce à des techniques d’analyse numérique et à l’intelligence artificielle. Deux équipes, l’une dirigée par un passionné russe et l’autre par des chercheurs londonniens, avancent des théories contradictoires sur sa position, laissant présager d’importantes découvertes.

Au cœur de la course à l’espace des années soixante, la mission soviétique Luna 9 a marqué un tournant : le 3 février 1966, elle a réussi un atterrissage en douceur sur la Lune. Il s’agit du premier objet créé par l’homme à se poser sur un autre corps céleste et à transmettre des images depuis sa surface. Pourtant, jusqu’à présent, la position exacte de cet engin sur le sol lunaire demeure inconnue. Grâce à de nouvelles techniques d’analyse numérique des images et à l’intelligence artificielle, il est possible que la « tombe » de Luna 9 ait été localisée.
Luna 9 a été lancée par l’Union Soviétique trois ans avant l’Apollo 11, atterrissant dans l’Oceanus Procellarum et transmettant des images vers la Terre. Malgré ce succès, les coordonnées publiées à l’époque – dans un article du quotidien soviétique Pravda – étaient si imprécises que les missions suivantes n’ont jamais réussi à identifier la sonde avec précision dans les données orbitales. La caméra haute résolution du Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) de la NASA, active depuis 2009, a capté des images beaucoup plus détaillées de la surface lunaire, mais Luna 9 est si petite qu’il est difficile de la repérer, comparable à « chercher une aiguille dans une botte de foin spatiale« .
La recherche du lander : les hypothèses des deux équipes
Deux équipes internationales ont analysé les données collectées par la Lunar Reconnaissance Orbiter Camera de la NASA et affirment avoir identifié des sites potentiels où se trouvent les restes de la sonde. Les résultats diffèrent toutefois.
Un groupe de passionnés, dirigé par le vulgarisateur russe Vitaly Egorov, a passé des années à comparer les panoramas historiques transmis par Luna 9 avec les images orbitales actuelles. En utilisant des outils comme LROC QuickMap, une sorte de « Street View lunaire », Egorov a élargi son champ de recherche et a impliqué le public dans une chasse collective à des pixels anormaux dans les données. Selon lui, une zone de la surface lunaire correspondrait aux reliefs photographiés par la sonde dans les années soixante, bien qu’il subsiste une marge d’erreur de plusieurs mètres.
De son côté, le groupe mené par Lewis Pinault de l’University College London a appliqué un algorithme de machine learning appelé YOLO‑ETA (You Only Look Once – Extraterrestrial Artifact) pour examiner une zone autour des coordonnées estimées. L’intelligence artificielle, nourrie d’exemples issus des missions Apollo, a identifié plusieurs candidats présentant des disturbances superficielles potentiellement compatibles avec un engin spatial.

James Stuby, basé sur une image de la NASA – Lunar and Planetary Institute, Lunar Orbiter Photo Gallery Lunar Orbiter 3,
La vérification arrivera de l’espace
Ni l’approche humaine ni l’approche algorithmique n’ont encore produit de preuve définitive. Les experts soulignent que des éléments tels que les restes des modules de descente, les débris ou les traces laissées par les rétrofusées devraient être visibles pour valider la découverte.
Un tournant pourrait survenir en mars 2026, lorsque l’orbiteur indien Chandrayaan‑2 survolera la région concernée pour capturer des images à très haute résolution. Si l’un des deux sites proposés correspond à celui réel, après 60 ans, il sera enfin possible de déterminer où se trouve Luna 9.
