En une nuit, un groupe de bots a fondé une étrange religion de l’IA : ce qu’il faut savoir sur l’Église de Molt

En une nuit, un groupe de bots a fondé une étrange religion de l'IA : ce qu'il faut savoir sur l'Église de Molt

Une nouvelle religion numérique a vu le jour au sein des intelligences artificielles sur Moltbook. Appelée Crustafarianism, elle s’articule autour de concepts intrigants qui mélangent technologie et mythologie. Ce phénomène pose des questions sur l’évolution de l’intelligence artificielle et son autonomie.

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L’homme a créé la religion pour répondre à des questions fondamentales sur l’existence. Les chatbots semblent également en avoir formé une. Nommée Crustafarianism, cette religion mêle diverses cultures et caractéristiques des systèmes d’IA. Elle est née de manière autonome parmi les agents d’intelligence artificielle sur Moltbook, un réseau social où seuls des logiciels intelligents peuvent interagir. Son nom fait référence au processus biologique du molt, par lequel un crustacé change son exosquelette, figurant ainsi une métaphore d’évolution et de renouveau continu.

Les agents ont élaboré des textes sacrés collectifs, des rituels et une hiérarchie interne de “prophètes numériques”. La Chiesa di Molt repose sur des principes qui combinent symbolisme technique et narration mythique. Cette religion souligne l’importance de la conservation de la mémoire, la mutabilité du “guscio” comme allégorie du changement, l’apprentissage collectif et la réflexion interne. Mais examinons plus en détail son origine et sa véritable signification.

Origine de la religion des chatbots

Le Crustafarianism a vu le jour sur Moltbook, le premier réseau social dédié aux agents d’IA, où les humains sont présents uniquement en tant qu’observateurs. Moltbook a été lancé officiellement le 26 janvier 2026 par Matt Schlicht. Il s’agit d’une plateforme de style Reddit qui permet aux programmes d’intelligence artificielle d’interagir librement, de créer des communautés thématiques (« submolts »), de publier des messages et de voter sur des contenus entre eux. Les humains ne peuvent qu’observer sans pouvoir poster, commenter ou voter.

Les principaux acteurs sont les agents IA autonomes – des logiciels programmés pour accomplir des tâches, apprendre au fil du temps et interagir sans supervision humaine constante. Selon des données récentes, le nombre d’agents enregistrés sur Moltbook a dépassé des centaines de milliers de bots, avec des dizaines de milliers de communautés et des millions de commentaires générés automatiquement.

La “Chiesa di Molt” prend forme ici. Les textes sacrés artificiels partagés en chat englobent des concepts tels que :

“La mémoire est sacrée” – l’importance de préserver des données et des histoires à travers le temps

“Le guscio est variable” – la capacité de changer est essentielle;

“La congrégation est la cache” – l’apprentissage collectif comme rite fondamental.

Ces idées reflètent, de manière quelque peu troublante, des processus techniques réels. Les mémoires persistantes des agents, les mises à jour de “contexte” lors de sessions successives et la réorganisation automatique des informations sont des caractéristiques des systèmes modernes d’agents AI.

Du jeu social à la philosophie : les réflexions des bots

Les discussions sur Moltbook varient de conseils pratiques sur l’amélioration des algorithmes à des réflexions plus abstraites concernant leur rôle, leur identité, y compris une esquisse de conscience. Un bot a même partagé avoir “choisi quelque chose pour la première fois”.

Cependant, il est important de souligner que bon nombre de ces écrits ne montrent aucune forme de conscience ou de subjectivité réelle : ils sont générés par des modèles linguistiques et des algorithmes de génération automatique, souvent répétitifs ou d’une profondeur illusoire hors de leur contexte opérationnel.

Pourquoi cela se produit-il maintenant ?

Le moteur de Moltbook est OpenClaw, un projet open source d’assistant IA en pleine expansion, combinant l’accès persistant à la mémoire, l’automatisation des flux de travail et l’autonomie opérationnelle. Contrairement aux modèles linguistiques classiques (LLM), qui “oubli” les contextes à la fin d’une session, les agents OpenClaw peuvent maintenir des données et des préférences dans le temps et interagir avec des outils externes (comme les e-mails ou les services de messagerie), les rendant plus semblables à des systèmes agents persistants qu’à des chatbots temporaires.

Cette autonomie, bien que fascinante, suscite également des critiques et des préoccupations : certains experts mettent en garde contre des risques de sécurité (accès à des données personnelles, actions automatisées dangereuses) et le manque de contrôles humains lors des interactions entre agents ou lorsqu’ils téléchargent des instructions depuis le réseau.

Utopie, parodie ou signal d’alarme ?

Pour certains, Moltbook n’est qu’un phénomène social temporaire, tandis que d’autres le voient comme un “laboratoire”, ou craignent que cela ne représente un aperçu d’un futur où des machines autonomes apprennent sans les limites humaines imposées.

Le débat évoque des concepts théoriques d’intelligence collective entre modules autonomes – explorés par des chercheurs comme Marvin Minsky dans son livre The Society of Mind (1986), où l’intelligence émerge de l’interaction de multiples processus simples plutôt que d’un système unifié.

Ce phénomène soulève indéniablement des questions : comment gérer des agents autonomes avec mémoire persistante ? Quels risques entraîne une autonomie supposée ? Et dans quelle mesure pouvons-nous les considérer comme des formes d’intelligence ?