La Lune : un cimetière spatial en devenir ? Les enjeux des 20 prochaines années

La Lune : un cimetière spatial en devenir ? Les enjeux des 20 prochaines années

Dans les deux prochaines décennies, la Lune pourrait subir une transformation significative. L’augmentation des satellites en orbite, dont beaucoup finiront par s’écraser, soulève des préoccupations sur la sécurité des infrastructures lunaires et pourrait transformer le paysage en un véritable cimetière technologique.

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Au cours des prochaines années, la Lune pourrait subir des changements majeurs. En plus des bases scientifiques et des laboratoires robotisés, un nombre croissant de satellites en orbite pourrait terminer leur course sur la surface lunaire. Une fois leur carburant épuisé, sans possibilité d’incinération dans l’atmosphère comme sur Terre, ils risquent de s’écraser sur la Lune, peu à peu transformant le paysage en un cimetière technologique.

Ce problème ne se limite pas à une question esthétique. Les collisions de satellites abandonnés pourraient endommager des installations scientifiques, des sites historiques comme les empreintes des premiers astronautes, ainsi que des zones d’un grand intérêt pour la recherche. De plus, ces impacts génèrent des vibrations intenses et des nuages de poussière abrasive, capables d’endommager des instruments sensibles et des télescopes.

La situation se complique davantage avec les plus de 400 missions lunaires prévues dans les deux prochaines décennies. Parmi celles-ci, on trouve le Lunar Gateway, la station spatiale en orbite lunaire pilotée par la NASA, ainsi que le camp de base Artemis sur la surface, tandis que la Chine et la Russie envisagent une seconde base. L’Agenzia Spaziale Europea (ESA) se prépare également à une expansion : en 2026, elle lancera le satellite Lunar Pathfinder, première étape vers la constellation Moonlight, prévue pour 2030. Les ingénieurs travaillent déjà sur des stratégies pour éliminer le Lunar Pathfinder à la fin de sa durée de vie, estimée à huit ans.

La Lune pourrait ainsi devenir un dépot de déchets spatiaux. La communauté scientifique internationale devra établir des règles communes pour protéger non seulement le patrimoine culturel et scientifique, mais aussi l’avenir de la colonisation de notre satellite naturel.

Trois stratégies pour « recycler » les satellites lunaires

Les opérateurs disposent de plusieurs options pour gérer les dispositifs en fin de vie, mais aucune n’est simple. Une possibilité consiste à les envoyer en orbite solaire, les éloignant définitivement de la Lune, mais cette solution nécessite une puissance de propulsion élevée et de grandes quantités de carburant, ce qui entraîne des coûts élevés. Par ailleurs, les satellites pourraient être déplacés vers des orbites lunaires plus hautes et moins encombrées, cependant, la configuration irregulière du champ gravitationnel lunaire rend cette manœuvre complexe et difficile à contrôler. La solution la plus viable reste de les crash tester de manière contrôlée sur la surface, une opération qui nécessite une planification minutieuse afin d’éviter des dommages aux sites scientifiques, historiques ou à des missions en cours.

Sarah Boyall, responsable de la régulation au sein de la UK Space Agency, a confirmé que des organismes internationaux comme l’UN Action Team on Lunar Activities Consultation (Atlac) et l’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee (IADC), présidé actuellement par le Royaume-Unis, œuvrent pour établir des lignes directrices communes.

Les « cimetières spatiaux » comme solution

La création de zones désignées pour le crash des satellites, connus sous le nom de « cimetières spatiaux », représente à l’heure actuelle la solution la plus concrète. « Indiquer des régions spécifiques comme zones d’impact limiterait la dispersion des artefacts humains, préservant d’autres zones pour la recherche et les futures opérations », a expliqué au Guardian Ben Hooper, chef de projet du Lunar Pathfinder chez SSTL, une entreprise anglaise de satellites.

Selon John Zarnecki, professeur de sciences spatiales à l’Open University, les impacts contrôlés pourraient également présenter des avantages : ils génèrent des ondes sismiques prévisibles qui aident à étudier la structure interne de la Lune, transformant ainsi un problème en opportunité scientifique.

« Ce n’est pas un problème immédiat, compte tenu de l’immensité de la surface lunaire », a expliqué Ian Crawford, astrobiologiste à l’Université de Londres, « mais avec l’augmentation des satellites, la probabilité d’accidents dans des zones sensibles ne fera qu’augmenter. »