Un faux vidéo diffusé sur les réseaux sociaux a réussi à tromper des millions de personnes, persuadées qu’un coup d’État se déroulait en France. Cet incident a suscité des questionnements importants sur l’influence des plateformes numériques et l’intelligence artificielle dans la manipulation de l’opinion publique.

Un vidéo truquée réalisée grâce à l’intelligence artificielle et publiée sur les réseaux sociaux comme une actualité de dernière minute, a convaincu des millions de personnes qu’un coup d’État se déroulait en France. L’information a même atteint le président Emmanuel Macron, qui en a été averti par un autre dirigeant d’un État africain, inquiet de la situation. Cet épisode soulève de sérieuses questions sur le pouvoir des plateformes numériques et l’impact de l’IA sur la manipulation de l’opinion publique.
Le vidéo annonçant un coup d’État inexistant
Le film qui a provoqué ce court moment de panique se présentait comme un reportage urgent d’une chaîne fictive appelée « Live 24 ». Une journaliste en direct de Paris affirmait qu’un coup d’État était orchestré par un colonel anonyme, évoquant même la potentielle destitution de Macron. En arrière-plan, on pouvait voir une Tour Eiffel illuminée, des lumières bleues de police, un hélicoptère en vol, des militaires, et une petite foule rassemblée derrière l’envoyée. Bien que certains indices trahissent son origine artificielle – la lumière irréaliste sur la journaliste, la foule trop immobile, les couleurs trop vives – le vidéo a commencé à circuler d’abord sur TikTok, puis sur Facebook, où il est devenu viral, atteignant plus de 12 millions de vues.
Comme mentionné précédemment, l’ampleur de cette désinformation a été tout particulièrement mise en lumière dimanche, lorsque Macron a reçu un message d’un autre chef d’État africain. « Cher président, que se passe-t-il dans votre pays ? Je suis très inquiet », a-t-il écrit, en joignant le lien vers la vidéo. Lors d’un forum organisé par le quotidien La Provence à Marseille, Macron a raconté cet incident avec un certain étonnement, expliquant que la nouvelle l’avait à l’origine amusé. Mais cette bonne humeur n’a pas duré.
Un adolescent derrière le faux
La situation est devenue encore plus absurde lorsque l’identité de l’auteur a été révélée. Quelques jours après la diffusion du vidéo, il a été découvert que le créateur était un jeune de 17 ans du Burkina Faso, qui a appris à utiliser l’IA en suivant des cours en ligne. Comme rapporté par France 24, ce qui semblait être une stratégie pour attaquer un pays occidental s’est en réalité avéré être un simple stratagème visant à accumuler des vues et gagner de l’argent grâce à la publicité, tout en promouvant des cours sur la monétisation de contenus générés par intelligence artificielle.
Le conflit avec Meta
L’Élysée a immédiatement demandé la suppression du contenu, signalant la vidéo à Meta, la société mère de Facebook. Toutefois, la plateforme a jugé que le film ne violait pas ses conditions d’utilisation. Pendant des jours, le vidéo est resté en ligne, accompagné d’une vague étiquette précisant que le contenu « pourrait avoir été créé ou modifié numériquement ».
Macron a exprimé son irritation. « Ces personnes se moquent de nous », a-t-il déclaré. « Ils ne se soucient pas de la qualité du débat public, ne respectent pas la souveraineté démocratique et mettent en danger notre sécurité ». Le président a reconnu son impuissance face aux géants technologiques, soulignant qu’un chef d’État ne peut même pas obtenir une intervention rapide et efficace. Finalement, le vidéo a été supprimé non pas par Meta, mais par l’auteur lui-même, après que la controverse a éclaté en France. Le gain pour ce jeune créateur de faux ? Environ sept euros.
Un cas symbolique du pouvoir des plateformes
Cette affaire met en évidence à quel point les réseaux sociaux sont devenus des acteurs centraux de l’information moderne. Bien qu’ils affirment ne pas sélectionner ni valider les contenus qu’ils hébergent, leurs algorithmes déterminent quelles nouvelles peuvent être diffusées mondialement et lesquelles restent invisibles. Une responsabilité considérable que les plateformes continuent de refuser de reconnaître.
De plus, avec le vent politique qui souffle en faveur d’un populisme rampant, les géants d’internet abandonnent progressivement leur rôle de « contrôleurs », qu’ils avaient autrefois en raison des critiques opposées, accusés de faire preuve d’une intransigeance excessif et maladroite. Mark Zuckerberg lui-même a annoncé début 2025 l’élimination des vérificateurs de faits et une forte réduction de la censure sur Meta. Une décision motivée par un malentendu du principe de « liberté d’expression », réaffirmé lors de la tension avec la présidence française.
Désinformation incontrôlée et menace pour la démocratie
Malgré le retard dans la suppression du vidéo, ce cas de faux coup d’État confirme les doutes (et inquiétudes) concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur les dynamiques façonnant nos systèmes politiques et sociétaux. Dans un monde où un adolescent peut provoquer des réactions diplomatiques en quelques clics, il est légitime de se demander si nos démocraties fragiles, fondées sur l’orientation du peuple, possèdent vraiment les anticorps nécessaires pour se défendre contre les effets toxiques de ces nouvelles formes de désinformation.
Surtout en l’absence d’une éducation numérique adéquate, les contenus mensongers mais crédibles peuvent fausser l’opinion publique, nourrir des sentiments anti-scientifiques, provoquer des paniques et même influencer les relations internationales et les scénarios économiques. Combien de milliards auraient été perdus si les marchés avaient cru, ne serait-ce qu’une heure, à la chute de la République française ? Que pourrait déclencher un deep fake de Zelensky insultant le très susceptible Trump ?
Le cas du faux coup d’État en France a malheureusement démontré que la désinformation n’a plus besoin de grandes structures ou de mise en scène complexes. Un ordinateur, un logiciel d’IA et une plateforme prête à fermer les yeux suffisent pour faire passer un mensonge pour la vérité. Dans ce vide de responsabilité, le droit à une information correcte et vérifiée risque d’être compressé, tandis que la confiance dans les processus démocratiques s’affaiblit. Ce n’est pas seulement une question technologique, mais politique et culturelle. Tant que les plateformes continueront à se présenter comme de simples contenants neutres, tout en agissant comme des amplificateurs globaux de contenu, des épisodes comme celui-ci ne resteront pas des exceptions mais deviendront des prévisions de futurs de plus en plus difficiles à gérer.
