À partir de demain, accéder aux sites pour adultes sera plus compliqué : trois enjeux liés à la vérification de l’âge

À partir de demain, accéder aux sites pour adultes sera plus compliqué : trois enjeux liés à la vérification de l'âge

À partir de demain, les utilisateurs des sites pour adultes seront confrontés à un processus de vérification de l’âge, imposé par l’Agcom. Ce système soulève des questions concernant la protection des données et la possibilité d’éventuelles contournements, tout en tentant d’aborder des problématiques plus profondes liées à la culture.

Image

À partir de demain, ceux qui accéderont à un site pour adultes se verront présenter une nouvelle fenêtre demandant leur consentement pour être redirigés vers une plateforme de vérification de l’âge. En effet, le 12 novembre marque l’entrée en vigueur du nouveau système de vérification de l’âge pour tous les sites figurant sur la liste de l’Agcom. Parmi eux, Pornhub, Youporn, Redtube, ainsi que des plateformes comme OnlyFans, non exclusivement dédiées au contenu érotique. Ce processus sera conféré à une entité tierce, garantissant le double anonymat, et l’utilisation de Spid ne sera pas incluse, comme l’a confirmé le commissaire de l’Agcom, Massimiliano Capitanio, à Netcost-security.fr.

Cette mesure pose plusieurs questions. Tout d’abord, un problème de confidentialité et de protection des données, car la vérification de l’âge nécessite de partager des informations sensibles. Il existe aussi des moyens d’évasion. Chaque fois qu’un blocage est établi, on trouve des façons de le contourner (et il y en a), ou des alternatives. Dans ce cas, cela renvoie à des sites pour adultes moins régulés et plus risqués. Enfin, il est crucial d’aborder le véritable cœur du problème, qui reste culturel, indépendamment de chaque solution technique – qu’elle soit positive ou négative. Examinons cela de plus près.

Le « double anonymat » entre confidentialité et risques pour les données

Le nouveau système de vérification de l’âge, introduit par l’Agcom, repose sur un processus à plusieurs étapes. En effet, la confirmation de la majorité ne sera pas gérée directement par le site visité, mais par des organismes tiers indépendants et certifiés, tels que des fournisseurs d’identité numérique ou des entités qui ont déjà validé l’identité d’un utilisateur dans d’autres contextes. Ce modèle, appelé “double anonymat”, assure que le site ne connaisse pas l’identité de l’utilisateur, tandis que l’entité de vérification n’aura pas connaissance du site visité.

Cependant, des doutes persistent sur la confidentialité et la sécurité des données personnelles. Les informations recueillies peuvent être stockées ou partagées avec des tiers, augmentant le risque de vol d’identité, de violations de bases de données et de profilages non désirés. De plus, il existe une appréhension que la navigation puisse être surveillée, compromettant la discrétion des comportements sexuels et le droit à l’anonymat en ligne, éléments fondamentaux de la liberté numérique.

Comme l’a précisé l’Electronic Frontier Foundation : « Plus un site web collecte d’informations, plus celles-ci ont de chances de se retrouver entre les mains d’agences de marketing ou de malfaiteurs. Cela entraînerait inévitablement davantage de violations de données. »

VPN et moyens d’évasion dans la vérification de l’âge

Il y a également le problème classique : les échappatoires. Les contrôles établis peuvent être facilement contournés. La méthode la plus immédiate chez nous reste l’utilisation d’un VPN, qui masque la nationalité de l’utilisateur et contrevient aux blocages basés sur la géolocalisation. De fait, plusieurs services VPN en ligne promeuvent des méthodes pour contourner la vérification d’âge sur les sites pour adultes.

Le fournisseur du service VPN a cependant accès aux données de navigation. Il est donc essentiel de recourir uniquement à des fournisseurs reconnus et fiables, capables de garantir la transparence et la sécurité dans la gestion des données. Sinon, le risque est de transmettre une grande quantité d’informations sensibles — des habitudes de navigation aux données personnelles — à des personnes mal intentionnées. Ce danger est bien réel. Google a récemment partagé un conseil mettant en garde les utilisateurs contre de faux VPN, susceptibles de masquer des logiciels malveillants capables de voler des données sensibles telles que l’historique, les messages, les informations financières et les portefeuilles de cryptomonnaies. Il est conseillé de ne télécharger que des applications provenant de sources officielles et de prêter attention aux permissions demandées.

Le défi culturel derrière la vérification de l’âge en ligne

La finalité de la vérification de l’âge sur les sites pour adultes est de protéger les mineurs de l’accès à des contenus sexuellement explicites. En parallèle, cela vise à garantir que les plateformes respectent les lois nationales et européennes sur la protection des mineurs, comme la législation italienne et le Digital Services Act de l’UE. Les intentions sont louables, mais le problème est d’une bien plus grande envergure et surtout culturel.

Il est certain qu’il sera possible de contourner la vérification de l’âge. La véritable défi est de faire évoluer les comportements, les attentes et les responsabilités collectives. Il ne suffit pas d’imposer des filtres plus sophistiqués si les parents, les établissements scolaires et les communautés n’abordent pas ouvertement l’éducation sexuelle, la sensibilisation numérique et les limitations d’accès aux contenus. Des programmes de prévention et d’alphabétisation numérique pour les jeunes, des outils concrets de support pour les familles, des campagnes publiques détaillant les risques et les alternatives, ainsi que des politiques encourageant la collaboration entre plateformes et opérateurs sont nécessaires. En l’absence de ce changement culturel, les mesures techniques risquent de n’être qu’un paliatif : faciles à contourner et incapables d’attaquer les racines du problème.