Le projet d’euro numérique a franchi une étape cruciale avec l’annonce de la fin de sa phase préparatoire. Les premières expérimentations pourraient démarrer dès 2027, alors que le lancement officiel est prévu pour 2029, visant à assurer la souveraineté monétaire face aux géants américains.

A un moment donné, avoir un euro numérique est devenu particulièrement important. Au cours des derniers mois, l’Union européenne a accéléré ses travaux; le 30 octobre, elle a annoncé que la phase préparatoire était officiellement achevée. Si tout se déroule comme prévu, les premières opérations expérimentales pourraient commencer dès la seconde moitié de 2027, et le lancement officiel, par contre, est prévu pour 2029.
Depuis des années, on évoque l’euro numérique, une version électronique de la monnaie unique, complémentaire aux espèces et aux cartes. Émis directement par la BCE, ce projet prend une nouvelle ampleur, surtout avec Donald Trump qui, de l’autre côté de l’Atlantique, pousse en faveur des stablecoins liés au dollar. L’objectif est de préserver la souveraineté monétaire européenne dans un monde où les paiements électroniques se substituent rapidement à la monnaie liquide.
La BCE craint que, sans une monnaie numérique propre, l’Union européenne ne finisse par dépendre excessivement de géants américains comme Mastercard et Visa ou, pire encore, de grandes entreprises technologiques comme Apple, Meta ou X (anciennement Twitter), prêtes à entrer dans le secteur des paiements. Dans ce contexte, l’euro numérique représente à la fois un projet économique et une réponse géopolitique, visant à protéger l’autonomie financière européenne.
Fonctionnement et différences
L’euro numérique constitue une forme de “monnaie virtuelle” ayant le même valeur légale que l’euro physique. Contrairement aux paiements numériques actuels, il n’exigerait pas nécessairement l’intermédiation des banques commerciales. Chaque citoyen pourrait gérer son argent dans un portefeuille numérique administré par la BCE, accessible via smartphone.
Un euro numérique dans le portefeuille aurait la même valeur légale qu’une pièce réelle dans un portefeuille physique. Actuellement, l’argent déposé en banque n’est en réalité qu’une promesse : la plupart est utilisé pour financer prêts et investissements, et seule une fraction existe véritablement en espèces. Avec l’euro numérique, chaque unité serait effectivement « bloquée » sur un compte garanti par la BCE, donc protégée contre d’éventuels faillites bancaires ou crises de liquidité.
Sur le plan technique, les paiements seraient directs et instantanés : il suffirait de transférer des euros numériques d’un portefeuille à un autre, sans passer par des réseaux tels que Visa ou Mastercard. Cependant, l’infrastructure nécessitera la collaboration des banques et des opérateurs financiers pour la distribution et la gestion des fonds.
Un débat animé à Bruxelles : vie privée et plafond maximum
Cependant, le projet divise profondément gouvernements et parlementaires européens. De nombreux députés, surtout parmi les conservateurs, craignent que l’euro numérique n’ouvre la porte à des formes de surveillance étatique ou ne mette en péril le système bancaire traditionnel.
Parmi les opposants les plus influents, se trouve le député espagnol Fernando Navarrete, ancien banquier central chargé de négocier le cadre juridique de l’euro numérique au sein du Parlement. Navarrete a qualifié l’euro numérique de “mesure extrême” et de “menace nucléaire” pour le secteur bancaire, affirmant que la priorité devrait être de faire progresser les paiements transfrontaliers existants, plutôt que de créer une nouvelle infrastructure publique.
Certaines nations, telles que l’Allemagne et les Pays-Bas, demandent des garanties maximales pour la vie privée des citoyens et veulent s’assurer que les paiements numériques ne deviennent pas traçables par l’État. La Belgique, de son côté, a établi une condition claire : elle soutiendra le projet seulement si l’euro numérique pourra être utilisé également hors ligne, tout comme la monnaie liquide.
Un autre point crucial concernera les limites individuelles : combien d’euros numériques chaque citoyen pourra-t-il détenir ? Les gouvernements souhaitent définir un plafond afin d’éviter des fuites de capitaux des comptes bancaires, craignant un effet domino sur le système crédit.
Le contexte mondial : le défi des monnaies numériques
La course aux monnaies numériques n’est pas uniquement européenne. Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump a relancé le débat en adoptant le Genius Act, une loi visant à encourager le développement des stablecoins, des cryptomonnaies dont la valeur est associée à des monnaies traditionnelles telles que le dollar. Contrairement au Bitcoin, soumis à de fortes fluctuations, les stablecoins offrent une stabilité et attirent un intérêt croissant de la part des institutions financières et des consommateurs.
Cette tendance a poussé la BCE à agir plus rapidement : si les paiements mondiaux commençaient à se déplacer vers des stablecoins liés au dollar, l’euro risquerait de perdre en influence en tant que monnaie de référence internationale. L’euro numérique représente donc bien plus qu’une simple question technique : c’est un défi pour l’avenir de l’indépendance économique européenne.
