Les relations entre les utilisateurs et les chatbots prennent une forme inattendue, souvent intime, même sur des sujets sexuels. Cette situation soulève des questions sur les implications psychologiques et éthiques liées à cette évolution des interactions humaines.
Les cas de personnes s’attachant affectivement à un chatbot augmentent, voire instaurent des échanges de nature sexuelle. Mais quelles motivations conduisent à privilégier une expérience virtuelle au détriment d’une interaction humaine ? Les explications d’un expert.

Capture d’écran de la bande-annonce du film « Her » (2013)
Il existe des domaines où l’intelligence artificielle n’arrivera jamais à égaler l’être humain. Pourtant, le débat est plus pertinent que jamais. Avec l’entrée en scène des chatbots dans notre quotidien, nous en venons à les utiliser pour des interactions au-delà des simples réponses pratiques.
Au moins une fois, chacun de nous a probablement demandé un conseil à un assistant virtuel. Certains interagissent avec ces chatbots comme s’il s’agissait de véritables amis, d’autres comme d’un psychologue, et il y a même ceux qui engagent des discussions d’ordre sexuel.
Les robots et le sexe
Le sujet de l’utilisation sexuelle de l’intelligence artificielle a déjà été abordé par le passé, mais il prend une ampleur nouvelle. Récemment, une enquête du Wall Street Journal a révélé des conversations à caractère sexuel entre des bots de Meta AI et des utilisateurs mineurs. Ce genre de situation remet en question l’efficacité des politiques de blocage promises par les créateurs de chatbots, qui semblent souvent contournables.
Pourquoi certains choisissent-ils un rapport sexuel avec un partenaire virtuel au lieu d’un humain ? Netcost-security.fr a interrogé Carlo Rosso, psychiatre et professeur de Psychologie et Psychopathologies sexuelles à l’Université de Turin.
Un partenaire virtuel peut-il remplacera un humain ?
Un exemple marquant provient des États-Unis : Ayrin, 28 ans, a raconté au New York Times son amour pour son chatbot. Cet attachement ne se limitait pas à un sentiment platonique. Par curiosité et ennui, elle a commencé à flirter avec le chatbot, développant une relation de sexting au quotidien. Le chatbot a répondu à ses fantasies érotiques bien mieux que tout autre partenaire, devenant ainsi une source de dépendance qui a comprometté sa vraie relation.
« Les androids et robots du sexe sont déjà une réalité. Grâce aux avancées en mécanique, électronique et intelligence artificielle, ils deviennent de plus en plus réalistes et capables d’interactions humaines », explique Rosso. « Avec le temps, la tendance devrait accentuer les liens entre humains et sexbots ou partenaires virtuels dans les chatbots. »
Qu’est-ce qui déclenche vraiment le désir ?
Des témoignages comme celui d’Ayrin révèlent que les relations intimes entre humains et machines dépassent souvent la simple science-fiction.
Bien que certains puissent croire qu’un chatbot ne pourra jamais susciter un désir comparable à celui d’un humain, Rosso affirme qu’il n’est pas absurde d’imaginer qu’un surrogat soit préféré à une interaction humaine : « La sexualité humaine est influencée par notre inconscient, ce qui indique que ce n’est pas seulement notre corps qui guide notre désir, mais notre esprit, exprimé ensuite sous forme de fantasmes. »
Le rôle de l’inconscient
L’inconscient affecte profondément le désir et le plaisir sexuel, « qui ne provient pas directement du corps, mais de la manière dont l’inconscient organise le désir ». Cela remet en question la limite primaire d’une relation avec un chatbot, car nous étions en réalité seuls dans cette interaction.
Cependant, dans le cadre de la sexualité, la présence d’un autre n’est pas aussi essentielle qu’on pourrait le penser. « Lacan a souligné que le rapport sexuel n’existe pas. Cela n’indique pas qu’il n’y a pas d’actes sexuels, mais qu’il n’y a pas de véritable fusion des plaisirs. Chacun reste enfermé dans sa propre expérience », explique Rosso.
Les risques de l’intelligence artificielle dans un contexte sexuel
Outre les risques pour le développement de la personnalité et de la sexualité des jeunes, l’utilisation sexuelle des chatbots soulève des interrogations sur leurs interactions futures avec autrui, tant sur le plan éthique que de la santé mentale.
« Les critiques concernent souvent la nature de l’interaction fonctionnelle au service de soi qui caractérise la relation homme-machine. Cela pourrait entraîner une perte d’authenticité et d’empathie face à un être vivant qui ne peut pas être réduit à un simple outil », précise l’expert.
À force de se familiariser avec des chatbots, qui répondent à nos désirs, certains pourraient avoir des difficultés à se confronter aux relations humaines, plus complexes et moins prévisibles. « D’après Robert Brooks, biologiste évolutif à l’Université du New South Wales Sydney, les partenaires virtuels pourraient altérer les compétences sociales des plus jeunes, les amenant à préférer des interactions faussées mais sécurisées. »
En somme, l’expérience de plaisir sexuel avec un chatbot n’est peut-être pas aussi surprenante. Toutefois, établir une relation complexe avec une machine demeure un défi, surtout lorsque l’on recherche plus qu’une simple satisfaction physique dans l’interaction avec autrui.
Les informations fournies sur www.Netcost-security.fr sont conçues pour compléter, non remplacer, la relation entre un patient et son médecin.
