La récente décision de bloquer des adresses IP par la plateforme anti-piraterie Piracy Shield soulève des interrogations cruciales. Des erreurs répétées, comme le blocage de Google Drive, mettent en lumière les failles d’un système souvent perçu comme excessif au détriment des droits fondamentaux des utilisateurs. Que réserve l’avenir ?
Ce n’est pas la première fois que la plateforme a bloqué Google Drive le 19 octobre. L’affaire met en lumière toutes les faiblesses d’une plateforme qui a déjà été largement critiquée avant même de commencer à fonctionner.

Ça s’est encore reproduit. Le 9 décembre 2024, à 21h19, Piracy Shield, la plateforme anti-piraterie créée par AgCom pour protéger les matchs diffusés sur des plateformes illégales, a ordonné le blocage d’une adresse IP du pool du nœud milanais d’une CDN, rendant temporairement certains sites inaccessibles, y compris le site d’information DDay. Le directeur a expliqué que le problème n’a pas affecté l’adresse IP principale, « mais un second IP fourni automatiquement par la CDN utilisée par la rédaction ». De toute manière, l’adresse IP concernée ne diffusait pas illégalement, et pourtant elle a été bloquée.
Ce n’est pas la première fois, la plateforme avait déjà bloqué Google Drive le 19 octobre. Comme on peut le retracer sur le portail Piracy Shield Search, l’une des adresses IP bloquées était en effet liée à la plateforme créée par Google pour le partage de fichiers. Une erreur qui a également conduit à une interrogation parlementaire.
L’idée derrière la plateforme anti-piraterie était claire : fermer les adresses IP sur lesquelles des matchs non couverts par le droit d’auteur sont diffusés. L’affaire met en évidence toutes les failles d’une plateforme qui a déjà été largement critiquée avant même de commencer son action. Les premières erreurs semblent confirmer les doutes sur le système.
Pourquoi Piracy Shield bloque-t-il des adresses IP erronées
Comme l’a expliqué à Netcost-security.fr, Giulia Pastorella, députée et vice-présidente d’Azione : « Piracy Shield ne bloque pas seulement les sites pirates, mais finit également par obscurcir les situs légaux, et je crois que ce problème lié aux droits fondamentaux est très grave ». Elle a ensuite ajouté : « Combattre la piraterie est correct mais il faut trouver une proportion avec les droits fondamentaux des personnes. Une métaphore serait : il est très bien de mettre en prison quelqu’un qui commet un vol, mais il ne faut pas emprisonner non plus les passants qui se trouvaient là pour faire des courses ».
La plateforme a également été critiquée par Stefano Zanero, professeur d’ingénierie informatique au Politecnico di Milano et expert en cybersécurité : « Les adresses IP ne sont pas uniques, elles ne peuvent pas être bloquées de façon sélective uniquement pour les sites pirates, c’est pourquoi Piracy Shield doit être éteint, avant de causer plus de dégâts« , a-t-il expliqué à Netcost-security.fr. « Ceux qui diffusent illégalement, après le blocage, pourraient utiliser une autre adresse IP. Et ainsi, nous serions de retour au même point. »
L’affaire Google Drive
A partir de 20h00 le 19 octobre, ceux qui ont essayé d’accéder à Google Drive se sont retrouvés face à ce message : « L’accès au site suivant qui diffusait illicitement des contenus protégés par le droit d’auteur a été désactivé ». Le service a en effet été bloqué par un ticket chargé sur Piracy Shield.
Après l’incident, la commissaire d’Agcom Elisa Giomi a proposé la suspension de l’activité de la plateforme. Le commissaire AgCom, Antonello Giacomelli, a ajouté : « À mon avis, il était opportun de suspendre l’activité de la plateforme en attendant, comme décidé déjà en juillet, la nécessaire ré-ingénierie, ou quoi qu’il en soit, de trouver la technologie la plus avancée permettant à AgCom un contrôle non seulement formel des signalements. Une redéfinition des prérogatives, des outils, des responsabilités des différents acteurs publics et privés, ainsi qu’une révision des procédures, est nécessaire. »
Malgré les doutes, le Conseil d’AgCom, à la majorité, a rejeté la proposition de Giomi. Cependant, le dernier cas alimente tous les doutes sur la plateforme anti-piraterie qui ne fonctionne pas correctement.
