Le phénomène s’appelle le partage et est de plus en plus répandu. Selon des études, 1 300 photographies d’un enfant avant l’âge de 13 ans sont mises en ligne.
Si vous n’avez pas d’ambitions artistiques ou culinaires particulières, ou un physique sculpté, le meilleur moyen de gagner de l’argent sur les réseaux sociaux, ce sont les enfants. Les machines parfaites pour rectifier les goûts sur les goûts. Comme tout phénomène enraciné, il a aussi gagné un nom : sharceler. Contraction de sharing (partage) et parentalité (parenting) et a été officiellement baptisé en juin 2022 par l’Oxford English Dictionary.
La semaine dernière, le parlement français a approuvé le projet de loi proposé par le député Bruno Studier garantir aux mineurs le droit à leur image. Cela commence par le désir de sensibiliser mais le but ultime est de priver les parents du droit à l’image de leurs enfants (comme indiqué dans le quatrième article). Parce qu’apparemment, ce ne sont que des photos et des vidéos amusantes, mais comme chaque histoire de réussite derrière les profils qui fonctionnent, il y a une stratégie industrielle composée de programmation de contenu, de parrainages et de maximisation des profits.
Delphine de Vigan, écrivaine française sans surprise, le raconte très bien dans le livre « Tout pour les enfants », où elle imagine la vie d’une mère influenceuse qui détruit l’enfance de ses enfants avec des calendriers très serrés faits d’histoires, de bobines, de promotions et de followers de plus en plus faim de ses enfants. C’est clair, souligne-t-il. Il y a aussi des parents qui publient des photos de leurs enfants comme preuve d’une vie réussie, ou pour le plaisir de les montrer au monde animé par le moteur narcissique de la parentalité. Mais le côté sombre du Sharenting est lié à la monétisation de ses enfants. Cette prise de conscience trouve également un terrain fertile en Italie, la proposition de loi française pourrait devenir un bon précédent pour adopter des mesures plus strictes sur les réseaux sociaux. Déjà en novembre 2022, l’Autorité des droits de l’enfant a renvoyé l’affaire au gouvernement. Une loi sur le sujet pourrait fermer les précieux robinets de nombreuses mères influenceuses italiennes.
Le projet de loi proposé par Studer
« Les deux premiers articles établissent que la protection de la vie privée est une des tâches des parents, qui doivent associer leur enfant aux choix qui le concernent », a expliqué Studer. L’initiative intervient quelques jours après la proposition en France de relever l’âge minimum pour avoir accès aux réseaux sociaux à 15 ans. « Le message pour les parents est que leur travail consiste aussi à protéger l’intimité des enfants. Dans une société de plus en plus numérisée, le respect de la vie privée des mineurs est désormais essentiel pour leur sécurité, leur bien-être et leur développement », a ajouté Studer.
Le rapport du Children’s Commissioner for England 2018 a estimé qu' »un enfant moyen apparaît sur 1300 photographies mises en ligne avant l’âge de 13 ans, sur son propre compte, celui de ses parents ou des membres de sa famille ». Selon l’Observatoire de la Parentalité & de l’Éducation numérique dans les sociétés occidentales plus de 40% des parents publient des photos ou des vidéos de leurs enfants. Tout cela se passe évidemment sans le consentement des enfants, la raison est anodine, ils n’ont pas l’âge de le donner. Comme l’explique Save the Children, les photos ou vidéos sur les réseaux sociaux sont « des traces numériques sur lesquelles les enfants n’ont aucun contrôle, mais qui s’installent sur le net pour devenir une partie de l’identité numérique des enfants ».
Ce n’est un secret pour personne que la « maman influenceuse » (comme l’explique l’étude Managing Children’s Online Identities de l’Université du Michigan) est un emploi contracté par des agences de communication qui sont sélectionnées dans différentes catégories en fonction de leurs followers. Par exemple, ceux qui ont moins de 50 000 abonnés obtiennent généralement des produits gratuits ou des réductions, si vous dépassez le seuil des collaborations payantes arrivent, et plus vous êtes suivi, plus les frais augmentent. Il y a aussi des mamans embauchées par des marques. Jolanda Restano, co-fondatrice de Fattore Mamma, expliquait à Adnkronos en 2020 que : « Les mères du réseau qui travaillent exclusivement avec nous ont entre 10 et 15 ans et nous nous occupons de tout l’aspect commercial pour elles. Il y a ensuite 35 autres -50 mères avec qui nous collaborons beaucoup et que nous allons activer en fonction des demandes des clients ».
Les risques liés au partage
« Ce sont des photos qui peuvent être pédopornographiques, ou donner lieu à du harcèlement dans les écoles », explique Bruno Studer. En effet, les parents perdent le contrôle de la diffusion des images qu’ils téléchargent. Comme l’explique le projet de loi français, 50% des photographies échangées sur les forums pédopornographiques ont été initialement publiées par les parents sur leurs réseaux sociaux. Il existe plusieurs risques associés au partage, du vol d’identité ou de l’utilisation d’images d’enfants à certaines fins, aux sollicitations en ligne et à la cyberintimidation. Ainsi non seulement vous gagnez grâce à vos enfants, ce qui est déjà regrettable en soi, mais vous les exposez également à tous les aléas du web.
D’un point de vue psychologique, cependant, le risque est de développer un faux self. Étant exposés sur les réseaux sociaux depuis l’enfance, les enfants pourraient développer des barrières défensives qui compromettent leur identité. Après tout, ils ne peuvent pas apprendre la différence entre le public et le privé, quand tout, même leurs photos de cuvettes de toilettes, est publié sur les réseaux sociaux.
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