Pourquoi les politiciens ont eu raison d’ouvrir TikTok (mais devenir un mème ne leur rapportera pas la moitié d’un vote)

Pourquoi Les Politiciens Ont Eu Raison D'ouvrir Tiktok (mais Devenir

Le pionnier était Matteo Salvini. En novembre 2019, alors que la Bête dévorait encore des followers à un rythme effréné, le secrétaire de la Ligue a été le premier responsable politique italien à ouvrir un compte sur TikTok. À l’époque, la plate-forme était complètement différente : on pouvait encore voir l’empreinte sur Musical.ly, l’âge des utilisateurs et des créateurs était tous dans la tranche des adolescents et surtout la plupart des contenus étaient vraiment des ballets, de l’audio enregistré en synchronisation labiale et des recettes sporadiques. . Après Salvini est venue Giorgia Meloni, mais ce n’est que depuis quelques semaines que TikTok est devenu le nouveau terrain où se joue la campagne électorale.

Les stratégies que les politiciens ont utilisées jusqu’à présent sont différentes. Mais comme nous l’avons déjà écrit, beaucoup ont un point commun : s’adresser au public de TikTok comme s’ils étaient face à un public composé uniquement de jeunes un peu plus que d’adolescents intéressés uniquement par les ballets et les chansons. La prémisse faite par Carlo Calenda dans sa première vidéo était : « Je ne sais pas me maquiller et quand je danse, je ressemble à un ours ivre ». Peut-être que TikTok était comme ça début 2019 mais ces trois dernières années la plateforme a beaucoup changé, elle s’est lancée vers un public plus adulte et ses créateurs ont diversifié les contenus.

Berlusconi et Renzi, deux mèmes qui se savent

L’atterrissage qui fait le plus de bruit est celui de Silvio Berlusconi. Sa vidéo de présentation au public de TikTok n’est pas exactement celle historique de sa descente sur les terrains mais elle s’est quand même très bien passée. 24 heures après le lancement du compte, le leader de Forza Italia a obtenu 342 mille followers et 645 mille likes. Un succès. Moins si vous regardez les vues. Première vidéo 5,5 millions de vues. D’après la vidéo 2,5 millions de vues. Le troisième 274 000 vues.

Les trois vidéos sont différentes, partant d’une plus institutionnelle et abordant les coulisses d’une interview de Paolo Del Debbio. Tout le monde joue sur le même thème. Berlusconi ne parle pas de propositions, il n’explique pas le programme Forza Italia mais concentre tout sur son image, sur le fait qu’il est devenu un mème et qu’il sait qu’il l’est. En effet, sur trois vidéos le leader de Forza Italia en joue une pour l’une de ses blagues les plus historiques. A vrai dire, il a aussi mal vieilli depuis qu’il a Vladimir Poutine pour protagoniste.

Même parcours pour Matteo Renzi. Première vidéo avec près d’un million de vues, deuxième de 147 000 et dernière de moins de 3 000. La stratégie est similaire à celle de Berlusconi mais fonctionne moins bien. Les vidéos sont toutes tournées strictement à la main, avec un certain niveau d’oscillation pas vraiment agréable à regarder. Sous une musique énergique et entraînante et des images et des mots qui apparaissent à l’écran. Et Renzi lui-même cite alors l’un des mèmes les plus célèbres faits à son sujet, le légendaire « shsh ». Pour Berlusconi comme pour Renzi, plus les vidéos parlent de propositions, moins elles sont vues.

Meloni et Salvini, presque comme sur Instagram

La stratégie de Meloni et Salvini sur TikTok n’est pas très différente de celle des autres réseaux sociaux. Des vidéos frontales dans lesquelles on répond aux internautes, des extraits d’interviews et de rassemblements, des vidéos d’actualité prises pour souligner des points de la campagne électorale (notamment ceux sur la sécurité). Salvini compte sur une grosse production de vidéos qui lui ont permis d’atteindre 545 000 followers, Meloni ne semble pas investir trop de temps sur sa chaîne et s’arrête à 108 000 followers.

Conte et ses « Eye boys »

En revanche, celui qui a le mieux compris le fonctionnement de la plateforme est Giuseppe Conte, ou en tout cas l’équipe qui le suit sur les réseaux sociaux. Les vidéos qui donnent le plus de résultats au leader des M5 commencent toutes de la même manière : regarder la caméra et « Eye guys » puis se met à expliquer ses propositions ou à attaquer celles des autres. Le tout sans trop jouer sur les memes, sans se moquer d’être sur TikTok. C’est vrai, Conte est sur la plateforme depuis avril dernier et a eu plus de temps pour s’introduire mais maintenant il semble avoir compris comment le faire.

Un PD sans visage

Enrico Letta est le leader qui est le seul des leaders des grands partis qui n’a pas son nom dans le symbole électoral mais qui est aussi le seul qui n’a pas de compte sur TikTok. La stratégie est claire et a d’ailleurs déjà été réitérée : présenter le Parti démocrate comme un projet communautaire et cacher le parti derrière son chef. Pour l’instant, le dénouement de cette stratégie sur TikTok n’est pas franchement enthousiasmant : la voix du Parti démocrate est totalement absente. Le seul compte officiel du Parti démocrate enregistré contient quelques vidéos, dont une avec Alessandro Zan, et quelques milliers de followers. Le dem Matteo Orfini plaisante sur Twitter : « Votez pour moi car je n’utiliserai pas TikTok dans la campagne électorale ».

La légèreté de la viralité

Malgré tout, les politiciens qui ont ouvert TikTok ces derniers jours peuvent regarder leurs chiffres satisfaits. Mais cette plateforme est différente de ce à quoi ils sont habitués. Instagram, Twitter et Facebook permettent une plus grande fidélité. Une fois que des centaines de milliers de followers se sont accumulés, on peut espérer les atteindre même après un certain temps. Sur TikTok, vous grandissez aussi vite que vous pouvez vous effondrer. Pour ceux qui suivent les événements de la plateforme, le cas paradigmatique est celui de Donato dei Monti Lattari.

Ici ce qui fait la différence c’est le contenu unique. La vidéo qui peut séduire l’algorithme et apporter le visage de son créateur sur le smartphone de millions d’utilisateurs. Le moyen le plus rapide d’y parvenir est de devenir des mèmes, de devenir vos propres caricatures comme l’ont fait Berlusconi et Renzi. L’opération porte immédiatement des chiffres, c’est clair. Mais si ces chiffres se transformaient en votes, nous trouverions beaucoup plus d’influenceurs sur les listes des prochaines élections. Voteriez-vous un jour pour un président Donato ?

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