Un nouvel examen approfondi de la géologie de la région du pont sur le détroit de Messine met en lumière la complexité sismique de cette zone. L’analyse révèle les forces en jeu et les défis liés à la construction de telles infrastructures dans une région à haut risque sismique.

En arrière-plan, une image du studio de l’INGV, au premier plan Mario Tozzi
Moins d’un mois après l’approbation par le Conseil des Ministres d’un décret visant à répondre aux préoccupations soulevées par la Cour des Comptes concernant le pont sur le détroit de Messine, un nouvel étude fournit une analyse détaillée de la « complexité géologique » de la région.
Ce travail, mené par l’Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia (INGV), le Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR) et plusieurs universités italiennes et européennes, apporte des précisions supplémentaires sur des éléments déjà évoqués par des géologues et experts, offrant ainsi une vision plus claire et complète de la structure géologique du détroit, indique l’INGV.
La situation sismique du détroit
La zone du détroit de Messine est depuis longtemps reconnue comme l’une des plus complexes du Méditerranée sur le plan géologique, ainsi que l’une des plus actives sur le plan systémique. Elle se situe à l’intersection de la plaque africaine et de la plaque eurasienne, qui se déplacent l’une vers l’autre. La plaque africaine pousse vers le nord, tandis que la plaque eurasienne « résiste et glisse au-dessus d’elle », précise l’INGV.
De plus, au sud-est, dans la mer Ionienne, se produit le phénomène de « subduction calabraise », où une section de la plaque ionique s’enfonce sous la Calabre. Ceci est le même phénomène qui, au fil de millions d’années, a généré des chaînes de montagnes, des failles et des dépressions marines, mais qui est encore aujourd’hui à l’origine de tremblements de terre potentiellement dévastateurs. Le débat sur la nécessité de construire un pont dans cette zone se poursuit depuis plus de cinquante ans, alimenté par des interrogations sur les aspects économiques et techniques.
Différents études avaient déjà confirmé qu’sous le détroit se trouve un complexe système de failles, c’est-à-dire des fractures dans la croûte terrestre où deux portions de roche se déplacent l’une par rapport à l’autre. Quand ces mouvements sont soudains, ils provoquent des tremblements de terre. Des chercheurs du monde entier tentent encore de déterminer quelle faille a causé le terrible tremblement de terre du 28 décembre 1908, qui a fait plus de 75 000 victimes.
Comment l’étude a été réalisée
Les chercheurs ont analysé une vaste quantité de données, sismologiques et marines, en s’intéressant à plus de 2 400 tremblements de terre survenus dans la région sur près de 30 ans, entre 1990 et 2019.
De leur étude, il ressort que l’activité sismique dans la région du détroit de Messine se concentre dans deux strates de la croûte terrestre, la première étant plus superficielle, à une profondeur de 6 à 20 kilomètres, et la seconde plus profonde, entre 40 et 80 kilomètres, influencée par la subduction calabraise. Dans ces deux niveaux se concentrent des forces géodynamiques différentes, extensives au niveau supérieur et compressives au niveau plus profond, qui contribuent ensemble à la déformation de la région.
« Un système complexe de failles interconnectées »
L’étude de l’INGV indique que la déformation dans le détroit résulte d' »un système complexe de failles interconnectées » qui se déplacent comme les pièces d’un puzzle. Une déformation encore active, comme le démontrent des phénomènes tels que des escarpements morphologiques ou des dislocations dans les sédiments récents. Ce constat est crucial, car « leur présence confirme que la croûte terrestre sous le détroit est loin d’être stable« .
Commentaire sur l’étude
Le géologue a réagi à l’étude via un post sur son compte Instagram : « L’INGV publie un nouvel examen de la sismotectonique de la région du détroit de Messine, mettant en évidence que les choses sont plus complexes qu’on ne le pensait. Beaucoup plus. Des systèmes de failles qui interagissent, des complications structurelles, de la tectonique active, des zones sismogéniques », a explicité le chercheur, qui a demandé de nouvelles études sur la région avant le début des travaux éventuels.
Il y a quelques mois déjà, il avait réitéré son opinion défavorable sur le projet du pont : « Il n’est pas judicieux de construire un pont reliant, en cas de séisme, deux cimetières », avait-il déclaré, insistant sur le fait qu’il serait bien plus utile d’orienter ces fonds vers la lutte contre le risque d’érosion et l’adaptation sismique de la zone plutôt que vers une infrastructure qui, en cas de tremblement de terre de magnitude 7, serait très probablement l’une des rares choses à rester debout.