L’inquiétante vidéo d’un gouffre de 1.000 mètres creusé dans le glacier de l’Apocalypse

Le trou dans le glacier de l'Apocalypse. Crédit : BAS/KOPRI/YouTube

Une mission scientifique à la découverte des mystérieuses profondeurs du glacier des Apocalypses a rencontré des difficultés, menant à une collecte de données limitée. Les recherches se concentrent sur l’impact du réchauffement climatique sur ce géant glaciaire, en raison de ses implications potentiellement catastrophiques pour l’élévation du niveau de la mer.

Le trou dans le glacier de l'Apocalypse. Crédit : BAS/KOPRI/YouTube

Le trou dans le glacier de l’Apocalypse. Crédit : BAS/KOPRI/YouTube

Dans la Terre de Marie Byrd, en Antarctique occidental, se trouve le glacier Thwaites, surnommé le glacier de l’Apocalypse à cause de l’élévation du niveau de la mer qu’il pourrait entraîner s’il devait fondre. Des chercheurs ont percé un trou de 1.000 mètres pour étudier ses profondeurs après y avoir installé des outils scientifiques. Malheureusement, cette mission s’est révélée inéfficace, entraînant la perte des instruments et une collecte partielle des données (celles-ci auraient dû s’enregistrer pendant 1 à 2 ans). À l’intérieur de ce profond orifice, d’un diamètre de seulement 30 centimètres, une caméra a enregistré le cœur du glacier. Le résultat est un film saisissant visible en tête de cet article, montrant des crevasses et des structures complexes au sein du “monstre”.

Selon les dernières estimations, ce colosse s’étend sur 192.000 kilomètres carrés – l’équivalent de la Grande-Bretagne – avec une épaisseur maximale de deux kilomètres ; s’il devait fondre complètement, il provoquerait un effondrement en cascade d’autres glaciers voisins – au même titre que celui de Pine Island – capable d’augmenter le niveau de la mer de 3,3 mètres. Ce glacier est surnommé de cette manière en raison de ce potentiel, car une telle élévation entraînerait une catastrophe mondiale, menaçant de faire disparaître de nombreuses îles, régions et villes côtières, y compris en Italie. Déjà, en raison des effets du réchauffement climatique, le Thwaites contribue à hauteur de 4 % à l’élévation annuelle observée par les scientifiques. Il est donc logique qu’il soit sous étroite surveillance des glaciologues, qui tentent d’en étudier l’intérieur depuis plusieurs années. L’eau de mer réchauffée par le changement climatique l’érode par le bas. Comprendre comment, à quelle vitesse et avec quelles dynamiques cela se produit permettra de prévoir les risques et la trajectoire de la fonte.

Pour cette nouvelle étude, les scientifiques ont projeté de créer un trou de 1.000 mètres et d’y faire descendre des instruments scientifiques. La mission a été dirigée par des chercheurs du British Antarctic Survey (BAS) et de la Corée du Sud (KOPRI), qui avaient tenté l’expérience en 2022. Cette fois encore, la mission a échoué (partiellement), les chercheurs n’ayant pas réussi à placer les instruments comme prévu, les perdant en raison des conditions extrêmes.

Le glacier de l’Apocalypse n’est pas un lieu paisible. Le glacier se déplace de 9 mètres par jour et les trous tendent à recongeler rapidement, nécessitant ainsi de les garder ouverts pour éviter que le déplacement ne cause des désalignements perturbant le travail. Pour percer ce trou de mille mètres dans ce géant, les scientifiques ont utilisé une forage spéciale utilisant de l’eau chaude à 80 °C, capable de percer la couverture glaciaire avec facilité. Ils ont réussi à réaliser ce long forage malgré plusieurs problèmes techniques, parvenant à faire descendre certains instruments et à collecter les premières données précieuses sur l’eau chaude en profondeur. Ce sont les premières mesures directes jamais prises concernant ce qui se passe sous le glacier de l’Apocalypse.

La plateforme de forage à eau chaude. Crédit : Pete Davis

La plateforme de forage à eau chaude. Crédit : Pete Davis

Malheureusement, lors de la descente des instruments qui devaient rester en place pendant quelques années et transmettre des données par satellite, la déformation du trou, à cause du mouvement du glacier ou du rapide recongèlement, a bloqué leur descente à un certain point de l’abîme, menant à leur perte pour toujours. Faute de temps pour percer un autre trou à cause des conditions défavorables, de l’eau chaude limitée et de la nécessité de repartir depuis l’Antarctique.

Le travail sur le terrain en Antarctique comporte toujours des risques. Il y a une très petite fenêtre de temps durant laquelle tout doit fonctionner parfaitement. Même si ce résultat est extrêmement décevant, les données que nous avons pu récupérer sont précieuses scientifiquement et orienteront les prochaines tentatives”, a déclaré un océanographe. “Cela n’est pas la fin. Les données montrent que c’est exactement l’endroit à étudier, malgré les difficultés. Ce que nous avons appris ici renforce la nécessité de revenir”, a ajouté un académicien. “L’échec est toujours une option quand on pousse les limites de l’exploration scientifique. Nous savons que la chaleur sous le glacier Thwaites entraîne une perte de glace. Ces observations représentent un pas en avant significatif, même si nous sommes déçus de ne pas avoir pu compléter l’ensemble de l’installation”, a conclu un autre chercheur.

Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine tentative. En attendant, nous pouvons observer les profondeurs de ce monstre de glace, l’une des principales menaces pour l’humanité. Une récente étude australienne a montré que le glacier de l’Apocalypse subissait des centaines de tremblements de terre, ce qui pourrait compromettre davantage sa stabilité.