Qu’est-ce que le Letrozole, le médicament au cœur du premier scandale de dopage aux Olympiades de Milan-Cortina

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Rebecca Passler, athlète de biathlon, a été testée positive au letrozole, un médicament anticancéreux interdit par l’Agenzia Mondiale Antidoping. Bien que connu pour traiter certains cancers, son utilisation dans le sport soulève des préoccupations quant à l’équilibre hormonal et aux performances athlétiques.

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Quelques jours avant le début des Jeux Olympiques d’hiver à Milan Cortina, Rebecca Passler, une athlète du biathlon, a été contrôlée positive à un test antidopage. Des traces de letrozole ont été trouvées dans son sang, une substance peu connue du grand public mais bien reconnue par les organismes de contrôle. Ce médicament anticancéreux fait partie des inhibiteurs de l’aromatase. Ce n’est pas un produit spécifiquement conçu pour le sport, mais un médicament utilisé en oncologie pour traiter des cancers du sein. C’est pourquoi il est classé parmi les « substances spécifiques » interdites par l’Agenzia Mondiale Antidoping (WADA), qui prohibe son usage à tout moment, en compétition comme hors compétition.

Utilité du letrozole en médecine

En médecine, le letrozole est principalement prescrit pour le traitement du cancer du sein chez les femmes en post-ménopause. Il est utilisé à la fois dans les phases initiales de la maladie, comme thérapie adjuvante après une chirurgie ou une radiothérapie, et dans les cas avancés ou métastatiques. Selon une étude de 2011, il serait légèrement plus efficace que le tamoxifène (un autre médicament antiestrogène) pour réduire les récidives. Dans certaines situations spécifiques, il est également employé avant la chirurgie, lorsque la chimiothérapie n’est pas envisageable. Comme le rappelle l’Agenzia Italiana del Farmaco AIFA, le letrozole peut stimuler l’ovulation, raison pour laquelle il est utilisé dans des thérapies de médecine reproductive, bien que de manière limitée et contrôlée.

Fonctionnement : le rôle des hormones

Pour comprendre pourquoi le letrozole revêt une importance en dehors de la médecine, il est essentiel d’examiner son mode d’action. Ce médicament agit sur un équilibre hormonal délicat, régulé par un enzyme appelé aromatase. Cet enzyme transforme une partie du testosterone (l’hormone généralement associée aux caractéristiques masculines, mais présente également chez les femmes) en oestrogènes, les hormones sexuelles féminines.

Le letrozole bloque l’aromatase et interrompt cette transformation. En d’autres termes, il empêche la conversion du testosterone en oestrogènes. Cela a deux conséquences. D’une part, les niveaux d’oestrogènes diminuent, d’autre part le testosterone tend à augmenter, car il n’est plus métabolisé comme auparavant.

Dans le traitement oncologique, cet effet est bénéfique, car de nombreux cancers du sein sont hormonodépendants, c’est-à-dire qu’ils se développent grâce aux oestrogènes : diminuer leur concentration permet de ralentir ou bloquer la progression de la maladie. En revanche, utilisé sur un organisme sain, ce mécanisme crée un déséquilibre hormonal artificiel. L’organisme est poussé vers une condition anormale avec des niveaux de testosterone plus élevés que la normale. Cet accroissement indirect de l’hormone rend le letrozole attrayant (et problématique) dans le sport, où le testosterone est étroitement lié à la force, la récupération musculaire et l’adaptation à l’effort.

Pourquoi le letrozole est-il considéré comme dopant

Dans le milieu sportif, le letrozole est classé comme un agent hormonal interdit. Bien qu’il ne soit pas un stéroïde anabolisant, il peut augmenter indirectement le testosterone, entraînant des effets potentiellement favorables sur la force musculaire, le récupération et la composition corporelle. En d’autres termes, il peut fournir un avantage compétitif lors des épreuves d’endurance.

De plus, les inhibiteurs de l’aromatase sont parfois utilisés comme « substances masquantes », en combinaison avec des stéroïdes pour en atténuer les effets secondaires et maintenir des niveaux de testosterone élevés. Pour la WADA, ces médicaments remplissent au moins deux des critères qui justifient une interdiction : amélioration de la performance et risques pour la santé, en plus de contrevenir à l’esprit du sport.

Risques et conséquences sportives

La modification artificielle de l’équilibre hormonal n’est pas sans conséquences. Parmi les effets indésirables possibles figurent des problèmes cardiovasculaires, une diminution de la densité osseuse, des troubles métaboliques et des déséquilibres endocriniens à long terme.

Du point de vue des contrôles, le letrozole est facilement détectable lors des analyses antidopage, et aucune tolérance n’est accordée. Même des traces minimes peuvent déterminer une positivité.

Les sanctions encourues sont sévères : suspension immédiate, possible disqualification jusqu’à quatre ans, annulation des résultats et, bien sûr, exclusion des compétitions majeures. En Italie, un antécédent remonte à 2018, lorsque la joueuse de tennis Sara Errani a été testée positive au letrozole. Elle avait justifié sa situation en parlant d’une contamination accidentelle par sa mère lors de la préparation d’un bouillon, mais a tout de même été sanctionnée par une disqualification de 10 mois.