Une étude récente sur des céramiques anciennes révèle des motifs floraux qui pourraient indiquer une forme de raisonnement mathématique parmi les premières communautés du Moyen-Orient. Ces découvertes, datées de 8000 ans, suggèrent des séquences géométriques complexes, remettant en question notre compréhension de l’évolution des mathématiques.

Céramique provenant des fouilles de Max Mallowan à Arpachiyah, Irak, conservée dans les collections du British Museum et de l’University College London
Ces fragments, qui semblent au premier abord être de simples représentations de motifs végétaux, pourraient en réalité représenter l’une des plus anciennes attestations du raisonnement mathématique chez l’humain. Une étude parue dans le Journal of World Prehistory a examiné des centaines de fragments de céramiques datant de près de 8000 ans, appartenant à la culture de Halaf, une ancienne civilisation de la Mésopotamie du Nord, entre 6200 av. J.-C. et 5500 av. J.-C.
Ces céramiques proviennent de 29 sites archéologiques et ont été collectées au cours de plus d’un siècle de fouilles, depuis 1899. Comme l’ont expliqué les archéologues, ces sites sont parfois séparés par des centaines de kilomètres. Malgré cette distance, les motifs floraux et botaniques restent clairement discernables. À première vue, un observateur pourrait ne pas y déceler d’éléments mathématiques, mais la disposition même des motifs suggère la présence d’« un raisonnement mathématique sophistiqué ».
Les chercheurs ont découvert que sur la plupart des fragments, les motifs décoraient selon des progressions géométriques bien définies de 4, 8, 16, 32 et 64. Les séquences répétées, malgré la distance entre les sites de provenance, ne peuvent pas être interprétées comme fortuites. Elles laissent penser que ces communautés possédaient déjà un raisonnement mathématique intentionnel pour organiser l’espace et les quantités.
Pourquoi cette découverte est surprenante
Les séquences observées sur ces céramiques témoignent d’une logique mathématique de doublement progressif, montrant la capacité de leurs créateurs à réaliser des divisions précises. Ces premières communautés auraient ainsi développé ce raisonnement pour répondre à des besoins pratiques, comme la répartition équitable des récoltes issues de champs cultivés collectivement.
Cette découverte remet en question nos connaissances sur la naissance de la pensée mathématique, suggérant qu’elle a précédé l’invention des systèmes numériques écrits de plusieurs millénaires. En effet, alors que ces céramiques datent de 6200 à 5500 av. J.-C, le système numérique le plus ancien, attribué aux Sumériens, n’apparaît pas avant 3500 av. J.-C, soit environ trois millénaires plus tard. Cela indique que les mathématiques ont pu influencer l’organisation des anciennes sociétés du Moyen-Orient bien avant l’écriture, affectant même leur art.
