Une vente record de ton barracuda a attiré l’attention au Japon, avec un tonnage impressionnant de 243 kg atteint lors d’une enchère. Cette tendance à l’enchère montre non seulement la qualité exceptionnelle mais aussi un retour en force du marché après les limitations récentes. Que cache réellement ce phénomène?

Thon vendu au marché aux poissons de Tokyo, au Japon
Lors de l’enchère traditionnelle du nouvel an au Japon, un thon de 243 kilogrammes, pêché dans les eaux d’Oma (préfecture d’Aomori), a été vendu pour un montant record de 510,3 millions de yens, équivalant à 2,8 millions d’euros. Ce montant dépasse largement le précédent record de 333,6 millions de yens (1,8 million d’euros au taux d’échange actuel), atteint en 2019, année où le célèbre marché aux poissons de Tokyo a déménagé de l’historique Tsukiji, dans le quartier de Chūō, à Toyosu, sur l’île artificielle de la baie de la capitale japonaise. Depuis, aucun nouveau record n’a été établi en raison de l’impact de la pandémie de COVID-19 ; toutefois, la vente de cette année souligne la bonne santé du marché et la confiance renouvelée dans le secteur de la restauration. Mais comment un thon peut-il atteindre de tels prix?
Il est important de préciser de quelle espèce de thon il s’agit. Certains médias abordent le thon rouge ou le thon à nageoires bleues (Thunnus thynnus), mais le premier thon vendu sur le marché aux poissons de Tokyo, réputé pour sa qualité et sa chance, est un poisson pêché en hiver au large d’Oma, région connue pour l’exceptionnelle qualité de ses spécimens. Le thon à nageoires bleues vit dans la Méditerranée et l’océan Atlantique, tandis qu’Oma se trouve au bord de la mer de Tsugaru, un détroit reliant la mer du Japon à l’océan Pacifique ; donc, le « thon rouge » vendu à Tokyo est en réalité un thon du Pacifique ou thon océanique (Thunnus orientalis), visuellement similaire à son homologue atlantique. Le thon pêché à Oma est communément appelé « thon rouge d’Oma », d’où la confusion potentielle avec d’autres espèces.
Le Japon importe de grandes quantités de thon des pays occidentaux, car sa chair est la base de nombreux plats de sushi et sashimi ; néanmoins, le thon rouge d’Oma est considéré comme le meilleur. Il est l’élément central des enchères record du début d’année. Sa qualité est jugée supérieure en raison de l’équilibre parfait de sa teneur en graisse, favorisé par les eaux froides d’hiver. Les grands spécimens gras et sans défaut, pêchés selon des méthodes traditionnelles pour préserver la chair, sont également rares, ce qui augmente leur valeur. D’autres critères comme la brillance, la texture, et l’odeur sont minutieusement évalués ; l’enchère de début d’année est également perçue comme un présage de bonne fortune, et le premier thon vendu est considéré comme un porte-bonheur, une raison qui accroît encore son statut.
Cependant, cela ne suffit pas à expliquer la forte augmentation des prix : un thon rouge de qualité peut atteindre des centaines d’euros par kilogramme, tandis que les meilleurs spécimens d’Oma peuvent se vendre jusqu’à 1 000 à 2 000 euros. Malgré cela, le coût du thon record de l’enchère s’élève à 11 500 euros le kilogramme. La raison de ces tarifs extravagant repose sur le marketing. Les entrepreneurs de restaurants de luxe qui vendent sushi et sashimi se livrent à une compétitivité acharnée, conscients de la visibilité mondiale qu’un tel événement génère (de plus en plus de touristes assistent à ces enchères). Remporter le premier thon de l’enchère de Nouvel An promet une couverture médiatique considérable, d’où l’importance des aspects symboliques et de la visibilité contribuant à sa valorisation. La société Kyomura, célèbre pour ses restaurants Sushizanmai, a remporté le thon de 243 kg vendu pour 2,8 millions d’euros et a déjà passé des commandes antérieures pour d’autres spécimens d’exception.
Malgré l’énorme somme investie, les clients ne verront pas de hausse de prix, et ils pourront déguster le thon le plus prisé de l’année au même tarif que le thon d’ordinaire. « Le premier thon de l’année porte chance. Nous voulons permettre au plus grand nombre de goûter à cette expérience et de se sentir revitalisé », a déclaré le président de Kyomura au média après avoir acquis le thon exceptionnel d’Oma.
