Un volcan dormeur en Iran, le Taftan, montre des signes inquiétants de réveil avec un potentiel d’éruption explosive. Les scientifiques alertent sur l’importance d’un suivi accru, car des anomalies récentes soulèvent des questions sur son activité. L’enjeu nécessite une attention particulière pour prévenir tout risque futur.

Le volcan Taftan
Un volcan dormant ou « zombie« , ayant montré une faible activité au cours du dernier siècle, commence à donner des signes de réveil avec un risque potentiel d’éruption explosive. Les scientifiques constatent qu’il n’y a pas eu d’éruptions documentées depuis 700 000 ans et suggèrent une amélioration significative du suivi, car la menace semble sous-estimée. Ce volcan, le Taftan, situé dans le sud-est de l’Iran, est un stratovolcan comportant deux sommets principaux – Narkuh et Madehkuh – et culminant à environ 4 000 mètres. Il fait partie d’une chaîne volcanique appelée “Makran”, qui se trouve entre l’Iran et le Pakistan, aux côtés des volcans Bazman et Koh-i-Sultan. Sa formation remonte à des dizaines de millions d’années, résultant de l’interaction entre la plaque euro-asiatique et la plaque arabe.
Le Taftan a montré des signes d’activité comme des émissions de fumée et une éventuelle petite coulée de lave en 1993, non documentée ; cependant, selon l’étude “Geology and geochemical evaluation of Taftan Volcano, Sistan and Baluchestan Province, southeast of Iran”, il n’y a pas d’indications d’éruptions réelles sur une période assez longue, soit environ 700 000 ans. Il est possible que des émissions de sulfure de soufre – observées dans des conditions rares à haute température – aient été confondues avec du magma, de même que certains phénomènes nuageux avec des fumaroles atypiques. L’incertitude persiste quant à l’activité éruptive du Taftan, en raison d’un suivi insuffisant ; c’est pourquoi les auteurs d’une nouvelle étude préconisent une “stratégie globale de réduction du risque volcanique”.
Des signaux indiquant une possible éruption explosive ont été relevés entre 2023 et 2024, lorsque des mesures effectuées depuis l’espace grâce au radar interférométrique à synthèse d’ouverture (InSAR) et à des modèles géodésiques ont mis en évidence une déformation significative du sommet du Taftan. Les chercheurs ont observé des pics de vitesse dans le gonflement atteignant 11 centimètres par an, ainsi que des ralentissements associés à des émissions de gaz, comme un profond souffle. Ce mécanisme soulève des inquiétudes, car aucun détonateur n’a été observé en relation avec des précipitations ou des tremblements de terre, ce qui incite les spécialistes à penser que quelque chose mijote dans les chambres magmatiques du volcan “zombie”. L’étude a été réalisée par une équipe de recherche internationale dirigée par des scientifiques espagnols de la Station Vulcanologique des Canaries – Département des Sciences de la Vie et de la Terre, Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique (IPNA-CSIC), qui ont collaboré étroitement avec leurs collègues du Département des Sciences de la Terre de l’Université de Hong Kong et de l’Institut für Geologische Wissenschaften de l’Université de Berlin.

Fumaroles de soufre sur le volcan Taftan
Les chercheurs proposent deux scénarios distincts pour la récente instabilité du Taftan. Le premier est une altération hydrothermale dynamique, entraînant des changements de perméabilité, un stockage de gaz en surface et une pressurisation, suivis de l’ouverture de voies de dégazage. Le second scénario évoque une intrusion magmatique profonde provoquant la libération de gaz et une augmentation de la pression au sein du système hydrothermal. “L’absence de subsidence après l’instabilité suggère que des conditions de haute pression hydrothermale perdurent au sommet, augmentant les risques associés”, ont précisé les chercheurs dans le résumé de l’étude, soulignant des phénomènes qui pourraient mener à une éruption explosive. Cette montée en pression se serait produite à quelques centaines de mètres de profondeur sous la surface du volcan dormant.
Actuellement, aucun risque d’éruption imminente n’est signalé, mais la menace volcanique ne doit pas être négligée et nécessite un suivi attentif. À proximité du volcan, situé dans la province de Sistan et Baluchestan, se trouvent plusieurs villages ruraux : Ziyarat, par exemple, se situe à ses pieds et constitue une destination importante pour des raisons religieuses. De là, plusieurs sentiers permettent d’accéder à la montagne. La ville la plus proche, Khash, est distante de 50 kilomètres. Les détails de la nouvelle recherche “Spontaneous Transient Summit Uplift at Taftan Volcano (Makran Subduction Arc) Imaged Using an InSAR Common-Mode Filtering Method”, concernant les risques du Taftan, ont été publiés dans Geophysical Research Letters.
