Une découverte surprenante a été faite à bord du navire Blue Heron, où une étrange substance noire, baptisée ShipGoo001, révèle une communauté microbienne inédite. Cette recherche soulève des questions sur les écosystèmes invisibles que peuvent abriter des espaces clos et artificiels.

Tout commence par une tache noire et collante qui s’écoule du gouvernail d’un bateau, plus précisément le Blue Heron de l’Université du Minnesota Duluth. Le navire venait de revenir d’une longue mission dans les Grands Lacs, lorsque l’équipage a remarqué une étrange substance sombre.
“Cela ressemblait à du goudron, et il n’y avait aucune raison qu’il soit là,” a commenté un technicien de bord et chercheur. “J’ai donc prélevé un peu dans une tasse et l’ai apporté au laboratoire. Par curiosité.”
Au microscope, le matériau s’est révélé rempli de vie. La tache noire, nommée ShipGoo001, abrite en fait une communauté microbienne complexe qui s’est développée dans un environnement sans oxygène, scellé à l’intérieur du métal du gouvernail. Parmi ces microrganismes, certains n’avaient jamais été observés auparavant.
Le mystérieux “ShipGoo001”
Certains traits d’ADN du “goo” évoquent des microrganismes trouvés dans des environnements extrêmes et pollués : des sédiments d’hydrocarbures au Canada, des substances visqueuses au fond du Méditerranée, et des côtes contaminées en Californie et en Allemagne. D’autres, en revanche, n’ont pas de correspondances connues : ils sont nouveaux.
“Cette substance représente un microcosme né de conditions extrêmes, pourtant similaires aux environnements que nous créons nous-mêmes : structures métalliques, zones fermées, espaces inhospitaliers,” a expliqué un microbiologiste du Large Lakes Observatory.
“Nous ne nous attendons pas à trouver de la vie dans cette partie d’un navire, c’est un espace clos, statique, non exposé à l’environnement marin. Pourtant, c’est devenu un habitat. Cela nous fait réfléchir à combien d’autres endroits – invisibles et artificiels – pourraient cacher des écosystèmes inconnus.”
D’où vient la boue noire
Le Blue Heron a été acquis il y a presque trente ans, et il est possible que le composé ait commencé à se former à cette époque, peut-être à partir d’un ancien lubrifiant laissé dans le gouvernail.
Un microbiologiste (de l’Université de Boston), non impliqué dans la découverte, a proposé une autre hypothèse : la substance pourrait avoir été transportée par la “neige marine”, des agglomérats de matière organique qui coulent lentement dans l’eau, emportant avec eux des communautés microbiennes.
“Ce qui est le plus intéressant, c’est que quelqu’un a eu la curiosité de se demander : ‘qu’est-ce que cette matière?’” a déclaré le chercheur. “Cela démontre l’importance de cultiver la curiosité, même en dehors du laboratoire.”
Nouvelles découvertes et applications : l’avenir du “ShipGoo001”
Les chercheurs préparent une publication scientifique sur le séquençage complet de l’ADN microbien présent dans ce composé. L’objectif est de partager les données avec la communauté scientifique internationale pour élargir la recherche.
Selon les résultats qui émergeront des études, ce matériau pourrait offrir des applications pratiques intéressantes. Les organismes méthanogènes présents pourraient, par exemple, représenter une ressource précieuse pour le développement de biocarburants. En attendant, les chercheurs surveillent attentivement la présence de cette substance à bord du Blue Heron ainsi que sur d’autres navires, afin de collecter de nouveaux échantillons et approfondir les analyses.
