Un objet interstellaire a été découvert dans notre système solaire, marquant une avancée significative dans l’astrophysique. Cette comète nommée 3I/ATLAS offre une occasion unique d’analyser des corps célestes d’origine externe, permettant d’approfondir notre compréhension de la composition de l’univers.
Le système ATLAS de la NASA, installé au Chili, a détecté un objet interstellaire dans notre système solaire, le troisième jamais observé depuis que nous avons des instruments suffisamment sensibles pour les repérer. Il s’agit d’une comète, désignée sous le nom de 3I/ATLAS par les experts. L’astrophysicien Paolo De Bernardis partage avec Netcost-security.fr les caractéristiques et les risques associés à ces objets.

La cometa 3I/ATLAS. Credit: ATLAS/University of Hawaii/NASA
Début juillet 2025, un objet interstellaire, provenant d’un autre système stellaire, a été identifié dans le Système solaire, après un long voyage à travers l’espace profond. Il s’agit du troisième de ce type jamais identifié, après l’astéroïde 1I/’Oumuamua détecté en 2017 et la comète 2I/Borisov observée en 2019. Ce nouvel objet est également une comète, classée 3I/ATLAS et C/2025 N1 par l’Union Astronomique Internationale (IAU).

L’orbita de la comète 3I/ATLAS. Credit: NASA/JPL–Caltech
Actuellement, l’objet se situe au cœur de la constellation du Sagittaire, à environ un demi-milliard de kilomètres de la Terre. Son perielio (distance minimale au Soleil) sera atteint le 29 octobre, tandis que le perigeo (distance minimale à la Terre) se produira le 19 décembre, à environ 270 millions de kilomètres de notre planète. La situation est sans danger, sachant que le diamètre estimé de cette comète est d’environ 20 kilomètres, une taille impressionnante. Pour en savoir plus sur ce corps céleste, Netcost-security.fr a interrogé le professeur Paolo De Bernardis, astrophysicien à l’Université Sapienza de Rome. Voici ses éclaircissements.

La comète 3I/ATLAS observée par le Virtual Telescope Project. Credit: Gianluca Masi / VTP
Professeur De Bernardis, que savons-nous de cet objet et pourquoi est-il essentiel de l’étudier?
Nous savons qu’il est très rapide et sa trajectoire confirme qu’il ne provient pas du Système solaire. Notre système contient des nuages d’objets très éloignés de Neptune, comme la nube de Oort et la nube de Kuiper; il arrive que des objets en émergent, mais ils ont des vitesses relativement basses et suivent des trajectoires prévisibles. En revanche, cet objet se déplace à grande vitesse, et les calculs de sa trajectoire prouvent qu’il vient de l’extérieur. Il s’agit donc d’une comète interstellaire, car il a été observé récemment qu’il possède une chioma.
Son étude est importante, car mieux comprendre sa composition et sa nature nous permettrait d’acquérir des connaissances sur les objets en dehors de notre système. C’est une opportunité unique. Depuis l’avènement de mesures suffisamment sensibles pour les identifier, seuls trois ont été observés.
Les observations seront-elles faciles lors du perielio? Comment cela s’est-il déroulé avec la comète interstellaire 2I/Borisov?
Le perielio se produira entre l’orbite de la Terre et celle de Mars, mais malheureusement, l’étoile sera entre la Terre et l’objet, rendant son observation difficile à ce moment. Cependant, nous l’observons déjà et continuerons à le faire pendant son éloignement. Cet objet traversera rapidement notre système, et nous sommes donc dans l’urgence d’en tirer parti.
La comète 2I/Borisov, quant à elle, a été identifiée alors qu’elle s’éloignait déjà. Nous avons tout de même acquis certaines connaissances sur ces objets ; il ne faut pas s’attendre à des découvertes majeures. Les noyaux des comètes sont assez simples, donc il est intéressant de voir si 3I/ATLAS présente une composition différente de celles du Système solaire, mais cela n’a pas encore été confirmé. De grandes surprises ne sont pas assurées.

La comète 3I/ATLAS capturée par la Station Astronomique de Loiano d’Inaf Oas : Credit: Albino Carbognani et Manuel Barbetta
Les premières images du nouvel Observatoire Vera Rubin ont récemment été publiées. A-t-il également identifié de nombreux nouveaux astéroïdes et nous permettra-t-il de repérer davantage d’objets interstellaires?
Vera Rubin est effectivement un outil exceptionnel, donc probablement, il aidera à en observer davantage. Il faut cependant garder à l’esprit que, pour identifier ces objets, des observations répétées dans un laps de temps court dans une même zone du ciel avec une précision suffisante sont nécessaires pour discerner ce qui est en mouvement ou stationnaire par rapport aux étoiles. En quelques heures, Vera Rubin a trouvé plus de 2 000 objets, incluant des astéroïdes proches de la Terre, des troïens de Jupiter et des transneptuniens. Cette variété est impressionnante, mais aucun d’entre eux n’est interstellaire.
Il est important de comprendre que l’approche d’un objet déjà sous l’influence gravitationnelle du Soleil diffère de celle d’un objet venant de très loin. Même la plus proche des étoiles est à 4 années-lumière, ce qui rend les distances énormes. Ainsi, la probabilité que des objets « échappés » de leur système solaire atteignent notre tapis de sol est très faible. Malgré nos systèmes de détection comme ATLAS, qui a donné son nom au nouvel objet, nous n’avons trouvé que trois objets interstellaires en quelques années.
Une comète interstellaire est-elle plus dangereuse qu’une provenant de la nube de Oort ? Et qu’en est-il des temps de réponse potentiels ?
Le projet ATLAS a plusieurs performances en fonction de la taille de l’objet. Les grands objets peuvent être détectés à une plus grande distance, tandis que les plus petits le sont quand ils sont plus proches. Ce système a été conçu pour émettre des alertes en temps raisonnables selon les dimensions de l’objet : plusieurs mois pour les plus gros et quelques jours pour les plus petits. Ce suivi est crucial, peu importe l’origine de l’objet. Cependant, la menace dépend du produit de la masse et de la vitesse, et les objets interstellaires sont souvent plus rapides.
3I/ATLAS mesure environ vingt kilomètres de diamètre, soit le double de l’astéroïde responsable de l’extinction des dinosaures non aviens.
Chacun peut se souvenir de Armageddon en songeant à ce sujet.
Malheureusement, les systèmes de défense planétaires actuels sont insuffisants. La NASA a réussi à dévier un petit astéroïde par impact cinétique, mais cela serait inutile avec un objet de cette taille.
Exactement. Cet essai, DART, a surtout servi de démonstration, prouvant qu’il est possible d’agir. Mais nous ne sommes pas encore préparés à faire face à des objets de cette envergure.
