Un nouveau chercheur a identifié un lien entre le gras abdominal et un risque accru de maladie d’Alzheimer. Les résultats soulignent l’importance de ce facteur de risque dans l’apparition précoce de la maladie, même avant l’apparition des premiers symptômes. Ces découvertes pourraient ouvrir la voie à des stratégies de prévention adaptées.
Une étude récente menée sur des personnes âgées de 40 à 60 ans a révélé que des concentrations plus élevées de graisse viscérale peuvent indiquer un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer. Cet indicateur peut être détecté plusieurs années avant les premiers symptômes.

Rien qu’en France, environ un million de personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer et il est prévu qu’avec l’augmentation de l’espérance de vie, ce nombre augmente dans les années à venir. On estime qu’en 2050, environ 2,3 millions de personnes seront touchées. Bien que un traitement définitif n’existe pas encore, la recherche a récemment permis de mieux comprendre les mécanismes derrière cette neurodégénérescence caractéristique de la maladie.
Dans le même temps, de nombreux facteurs de risque ont été identifiés comme contribuant à l’apparition de la maladie. Il est bien connu depuis longtemps que l’obésité fait partie des conditions susceptibles d’accélérer l’atrophie cérébrale, c’est-à-dire la diminution du tissu cérébral due à la mort progressive des neurones. Toutefois, une étude récente a apporté de nouvelles informations sur cette association. Plus précisément, la présence de graisse viscérale, ou graisse qui enveloppe les organes internes dans l’abdomen, peut être liée à un risque accru de développer la maladie jusqu’à 15 ans avant l’apparition des symptômes cognitifs.
L’étude sur la graisse viscérale
La graisse n’est pas homogène ; il existe différents types. La graisse viscérale se situe profondément sous les muscles et se forme autour des organes situés au centre du corps, tels que le foie, l’intestin et le cœur. Contrairement à la graisse sous-cutanée, plus visible, la graisse viscérale peut être présente même dans des personnes qui ne sont pas obèses. Les chercheurs de l’Université de Washington School of Medicine ont observé dans leur étude que des concentrations plus élevées de cette graisse chez des personnes d’âge moyen, encore cognitivement saines, étaient associées à une plus grande présence de bêta-amyloïde et de tau dans le cerveau, qui sont les deux protéines connues pour provoquer des dommages au cerveau entraînant une perte de fonctions cognitives.
La graisse viscérale, bien qu’elle soit cachée sous les muscles abdominaux, peut être mesurée par divers méthodes. En général, comme le décrit la Fondation Humanitas, elle est calculée en mesurant la circonférence de la taille : des valeurs supérieures à 94 cm chez les hommes et à 80 cm chez les femmes indiquent un risque cardio-métabolique moyen, tandis que des valeurs dépassant respectivement 102 cm chez les hommes et 88 cm chez les femmes constituent une zone de haut risque.
Les effets sur l’inflammation cérébrale
Grâce à des IRM, les chercheurs ont minutieusement étudié le cerveau et l’abdomen de 32 adultes âgés de 40 à 60 ans, avec un IMC (Indice de Masse Corporelle) moyen de 32. Ils ont pu observer comment des niveaux accrus de graisse viscérale et de graisse sous-cutanée étaient associés à une concentration plus élevée de bêta-amyloïde et de protéine tau. Toutefois, il est important de souligner que chez les participants ayant des concentrations plus élevées de graisse viscérale, les niveaux d’inflammation cérébrale étaient également supérieurs, même si cognitivement, ces personnes n’avaient pas encore développé de symptômes.
Au-delà de la simple association entre obésité et augmentation du risque de développer la maladie d’Alzheimer, cette étude met en évidence « un mécanisme clé – expliquent les chercheurs – par lequel la graisse cachée peut augmenter le risque de maladie d’Alzheimer« . De plus, étant donné qu’elle a été menée sur des personnes d’âge moyen, elle a permis d’identifier un nouveau paramètre qui pourrait être exploré des années avant la possible apparition de la maladie. Selon les résultats de cette étude, il serait donc possible, expliquent les chercheurs, de développer de nouvelles stratégies de prévention, comme des interventions diététiques pour prévenir l’obésité et réduire les niveaux de graisse viscérale.
