Une inquiétante fuite d’air sur le module russe de la Station Spatiale Internationale soulève des préoccupations contradictoires entre Roscosmos et la NASA. Bien que les Russes minimisent le risque, l’agence américaine évoque un potentiel danger catastrophique. Quel est véritablement l’état de la sécurité de cette plateforme orbitale? La réponse pourrait être surprenante.
Le module russe de la Station Spatiale Internationale (ISS) présente une fuite qui entraîne une perte d’environ 1,7 kilogramme d’air par jour. Les autorités russes affirment qu’il n’y a pas de problème de sécurité, mais la NASA exprime des inquiétudes, évoquant le risque d’une « défaillance catastrophique ». Quel est réellement le danger?

Roscosmos affirme qu’il n’y a « pas de problèmes », mais…
En 2019, un des modules de l’ISS a connu une fuite à l’intérieur d’un tunnel de transfert, le PrK, qui sépare une porte d’accouplement du reste du module. Les astronautes ont mis en place des mesures temporaires pour sceller le PrK lorsqu’il n’est pas utilisé. Mais quelle est la gravité de la situation? Roscosmos se dit confiante, tandis que la NASA alerte sur la « possibilité d’une défaillance catastrophique ».
Le 13 novembre 2024, la NASA a tenu une réunion pour discuter de la sécurité de l’ISS. Bob Cabana, ancien astronaute et président du Comité Consultatif de l’ISS, a évoqué des discussions entre la NASA et Roscosmos de septembre 2024 concernant cette fuite.
Cabana a indiqué qu’il n’y a pas de consensus entre la NASA et Roscosmos concernant la gravité du problème. Tandis que l’équipe russe continue de rechercher et de colmater les fuites, elle ne pense pas qu’une défaillance catastrophique du PrK soit plausible. De son côté, la NASA souligne ses préoccupations envers l’intégrité structurelle du PrK et les risques de défaillance.
Rapporte Jeff Foust.

Le module de service Zvezda de l’ISS, avec deux modules russes connectés à sa section avant. Photo : NASA
Gestion des risques sur la station spatiale
Le 26 septembre 2024, la NASA a publié un rapport sur sa gestion des risques liés à l’ISS, prévoyant de maintenir la station opérationnelle jusqu’en 2030, avec une désorbitation en 2031.
Nasa et Roscosmos continuent de collaborer pour résoudre les problèmes structurels du tunnel de transfert du module de service russe. Les fissures et les fuites d’air représentent des risques majeurs pour la sécurité, et les deux agences s’efforcent d’enquêter sur et de réduire ces défaillances; elles partagent des échantillons de métal, des soudures et des rapports d’enquête de Roscosmos pour identifier les causes et surveiller la station pour détecter de nouvelles fuites.
En février 2024, la NASA a observé une augmentation du taux de fuites. En mai et juin 2024, les responsables du programme de l’ISS et de Roscosmos se sont réunis pour discuter des inquiétudes croissantes. Par la suite, le programme a élevé le niveau de risque de la fuite dans le tunnel de transfert à son maximum. La NASA a déclaré que Roscosmos est sûr de pouvoir surveiller et fermer la trappe du module de service avant que le taux de fuite n’atteigne un niveau insoutenable, mais aucun accord n’a été trouvé sur le seuil à partir duquel ce taux devient insoutenable.
Bien que la cause exacte de la fuite soit encore indéterminée, les deux agences concentrent leurs enquêtes sur les soudures internes et externes. En juin 2024, aucune autre fuite n’a été détectée dans la station.
Indique le rapport.

Voici une carte des segments de la station spatiale par agence. La localisation du PrK est indiquée en rouge. Image via NASA.
Un désaccord concernant la fuite sur la Station Spatiale Internationale
Actuellement, aucune des agences spatiales ne parvient à déterminer la cause de la fuite. Selon Foust, les ingénieurs russes estiment que les fissures sont principalement dues à une « fatigue cyclique élevée » provoquée par de microvibrations. En revanche, la NASA pense que plusieurs facteurs entrent en jeu, incluant la pression et la tension mécanique, les contraintes résiduelles, les propriétés des matériaux du module et les expositions environnementales.
Les Russes affirment que les opérations en cours sont sûres, bien qu’ils ne puissent pas le prouver, tandis que les Américains doutent de cette sécurité sans en avoir la preuve. En conséquence, les agences spatiales ont décidé de faire appel à des experts externes pour identifier la cause du problème et déterminer la meilleure solution.