Des tests sérologiques réalisés chez des éleveurs de vaches laitières aux États-Unis ont révélé des cas cachés du virus H5N1 de grippe aviaire, soulevant des inquiétudes quant à un risque épidémiologique potentiel. Malgré une transmission limitée, ces cas sous-jacents pourraient annoncer des conséquences alarmantes pour la santé humaine.
Des tests sérologiques effectués sur des éleveurs de vaches laitières aux États-Unis ont mis en lumière des cas cachés de positivité au virus de la grippe aviaire hautement pathogène A (H5N1) HPAI. Certains d’entre eux avaient développé des symptômes. Quels sont les risques.

Le virus de la grippe aviaire A(H5N1) à haute pathogénicité (HPAI) se propage parmi les travailleurs de l’industrie laitière aux États-Unis, provoquant des infections « cachées » qui représentent un risque épidémiologique potentiel et significatif. Ces cas sous-surin sont étroitement liés aux premières infections enregistrées dans les élevages de bovins laitiers américains depuis avril de cette année, un événement préoccupant pour les chercheurs. Comme l’a expliqué à Netcost-security.fr la professeure Ilaria Capua, les virologues pensaient que ces animaux n’étaient pas exposés à ce pathogène. Manifestement, le virus, qui circule massivement parmi de nombreuses espèces à cause d’une épidémie mondiale débutée fin 2021, doit avoir acquis des mutations le rendant capable de sauter entre les espèces et de se propager aussi chez les bovins. Le risque majeur est que le virus H5N1 puisse faire de même chez l’homme, même s’il n’est actuellement pas considéré comme capable de nous transmettre. La découverte de nouveaux cas, cachés ou non, constitue pourtant une alerte pour les scientifiques ; à un moment donné, le virus pourrait acquérir la capacité d’infecter efficacement les cellules humaines et engendrer une transmission interhumaine. À ce stade, selon les experts, il y aurait un risque significatif de pandémie.
Outre les cas sporadiques de grippe aviaire déjà identifiés par les systèmes de surveillance, plusieurs autres « cachés » ont été détectés au Colorado et au Michigan grâce à une série de tests sérologiques réalisés dans le cadre d’un programme de suivi des Centres pour la Prévention et le Contrôle des Maladies (CDC). Entre juin et août de cette année, des échantillons de sang ont été prélevés sur 115 travailleurs de l’industrie laitière ; les tests sérologiques, qui recherchent les anticorps neutralisants (immunoglobulines) générés par la réponse immunitaire à l’exposition aux pathogènes, ont révélé huit travailleurs positifs au virus de la grippe aviaire HPAI A(H5), soit 7 % du total. Les analyses ont été effectuées par des chercheurs du Centre national pour l’immunisation et les maladies respiratoires des CDC, en collaboration avec le Département de la Santé et des Services humains du Michigan, le Département de la Santé publique et de l’Environnement du Colorado et d’autres instituts des CDC.
Soumis à un test médical par l’équipe dirigée par la docteure Alexandra M. Mellis, quatre des travailleurs positifs ont confirmé avoir eu des sintômes après avoir été en contact avec des vaches laitières reconnues comme contaminées par le virus. Parmi les symptômes les plus courants figurent conjonctivite, fièvre, toux, écoulement nasal et d’autres manifestations typiques des syndromes grippaux et para-grippaux. Heureusement, il s’agissait de cas cliniques légers et temporaires. La découverte de ces cas cachés suggère deux choses : tout d’abord que le virus de la grippe aviaire circule chez l’homme plus que nous ne le pensons ; ensuite, que jusqu’à présent, au moins les infections liées aux bovins entraînent une sintomatologie légère. Cependant, d’autres cas de contamination par le virus H5N1 se sont révélés mortels, par exemple au Cambodge.
Dans l’éventualité où le virus deviendrait capable de nous infecter, les experts prévoient une pandémie bien pire que celle de COVID-19. La mortalité du virus de la grippe aviaire H5N1 pourrait atteindre jusqu’à 50 % et, détail plus inquiétant, pour de nombreux experts, cette pandémie ne serait pas une question de si, mais de quand, comme l’a indiqué l’ancien directeur des Centres pour la Prévention et le Contrôle des Maladies (CDC) des États-Unis, Robert Redfield. Bien que le risque pour la population générale soit encore considéré comme faible, les infections cachées détectées soulignent l’“urgence d’un suivi actif des travailleurs exposés et de tests pour détecter et traiter les infections par HPAI A(H5), y compris chez les personnes présentant des symptômes très légers”, expliquent les CDC. “Ces efforts devraient être accompagnés de l’éducation des travailleurs agricoles sur les risques d’infection et les mesures de prévention”, a conclu l’agence américaine. Récemment, le premier cas humain a également été enregistré au Canada, impliquant un adolescent hospitalisé.
