Les experts psychiatriques ont diagnostiqué l’alessitimie chez Alessandro Impagnatiello, reconnu coupable du meurtre de Giulia Tramontano. Cette condition affecte la capacité de ressentir et de reconnaître ses émotions, influençant le comportement. Découvrez comment cette condition complexe se manifeste et ses implications dans des affaires judiciaires récentes.
Les experts mandatés par la Cour d’Assises pour réaliser l’expertise psychiatrique sur Alessandro Impagnatiello, coupable avoué du meurtre de Giulia Tramontano, ont diagnostiqué chez l’homme une alessitimie, la même condition qu’Alessia Pifferi. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une pathologie psychique, l’alessitimie peut altérer la capacité de ressentir et de reconnaître ses propres émotions, avec des conséquences sur le comportement.

À gauche Alessia Pifferi, à droite Alessandro Impagnatiello
Le terme « alessitimie » vient du grec et indique littéralement « manque de mots pour exprimer des émotions ». Il s’agit en effet d’une condition psychologique particulière qui implique une faible capacité à reconnaître les émotions, tant les siennes que celles des autres, entraînant des problèmes d’autorégulation affective.
Cette condition a été diagnostiquée chez Alessandro Impagnatiello, un homme de 31 ans emprisonné pour avoir tué sa petite amie Giulia Tramontano, enceinte de sept mois, à Sanago le 27 mai 2023, comme il l’a lui-même avoué. Le même trouble a été diagnostiqué chez Alessia Pifferi, la femme condamnée à la réclusion à perpétuité en première instance pour le meurtre de sa fille de 18 mois, Diana Pifferi, survenu en juillet 2022 à Milan. Cependant, tous deux ont été jugés capables de discernement par l’expertise psychiatrique.
Qu’est-ce que l’alessitimie ?
Comme l’explique le site de la Fondation Humanitas, plus qu’une pathologie à part entière, l’alessitimie est une condition ou un trait qui peut se manifester dans divers troubles psychologiques et psychiatriques ou maladies d’une autre nature. Le terme a été inventé au démarrage des années 70 par les psychothérapeutes Peter Emanuel Sifneos et John Nemiah pour désigner certains traits souvent observés chez les personnes souffrant de troubles psychosomatiques, qui, selon cette théorie, étant incapables de reconnaître et donc de traiter leurs émotions, les manifestent sous forme de symptômes physiques.
À propos de l’affaire Pifferi, la psychologue clinique et criminologue Debora Gatto avait expliqué à Netcost-security.fr que « la personne alessitimique peut être définie comme l’analfabète émotionnel classique« . En effet, avant l’intuition de Sifneos et Nemiah, cette condition psychologique était simplement connue sous le nom d’« analfabétisme émotionnel ».
Les symptômes de l’alessitimie
Bien que l’attention scientifique sur cette condition soit relativement récente, ces dernières années, elle a fait l’objet de diverses études, notamment en raison de l’impact que l’alessitimie peut avoir dans le traitement des troubles psychiatriques auxquels elle est associée.
La conscience émotionnelle – comme l’indique une étude sur Science Direct – est ce qui permet aux êtres humains de « différencier, réguler et répondre à leurs émotions ». L’alessitimie compromet précisément cette capacité, provoquant « des déficits fonctionnels soulignant l’importance de la conscience émotionnelle pour façonner le fonctionnement humain normal« .
Une étude approfondie de la Fondation Humanitas explique qu’au-delà de la désrégulation affective, pour laquelle la personne alessitimique ne parvient pas à gérer ses réactions face à ses émotions, cette condition peut se manifester par une réduction plus ou moins importante de l’empathie, c’est-à-dire la capacité de comprendre autrui en se mettant à sa place.
Un autre signe d’alessitimie peut être une forte difficulté à conceptualiser ou à verbaliser ses émotions: les personnes qui en souffrent peuvent être incapables non seulement de parler des émotions, mais même de réfléchir ou de raisonner à leur sujet. Cela entraîne souvent une difficulté à distinctionner les émotions des sensations physiques et donc à reconnaître les premières. Dans la plupart des cas, la personne souffrant d’alessitimie en est même inconsciente.
Comment traiter l’alessitimie
L’alessitimie peut se manifester en conjonction avec diverses maladies physiques, telles que des troubles gastro-intestinaux, de l’hypertension et des maladies coronariennes, ou divers troubles psychologiques, y compris les troubles d’anxiété, les troubles alimentaires comme l’anorexie et la boulimie, ainsi que la dépression ou les troubles de l’humeur. Une forme d’alessitimie associée à des traumatismes crâniens a également été documentée.
Le traitement de ce déficit émotionnel est donc souvent associé aux stratégies mises en œuvre pour traiter le trouble psychophysique correspondant, par le biais d’une psychothérapie ciblée. Toutefois, il existe des thérapies spécifiques en psychologie pour traiter l’alessitimie, telles que la thérapie cognitivo-comportementale et d’autres techniques, qui peuvent aider le patient à acquérir une meilleure connaissance et prise de conscience de ses émotions. Bien entendu, chaque cas étant unique, c’est au professionnel, psychologue ou psychiatre, de déterminer l’approche la plus adaptée à chaque patient.
