Le glacier Thwaites, en danger critique, fond à une vitesse alarmante, menaçant de plonger le monde dans une catastrophe sans précédent. Ce phénomène, appelé “glacier de l’Apocalypse”, pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le niveau des mers et la survie de nombreuses régions côtières.
Le glacier Thwaites est en grave détresse et sa fonte s’accélère à un rythme préoccupant. Sa disparition complète est considérée comme très probable et l’impact serait catastrophique pour l’humanité entière : non sans raison, il a été surnommé “glacier de l’Apocalypse”. Quels sont les risques et combien de temps reste-t-il avant sa possible disparition.

Le glacier Thwaites. Crédit : Rob Larter/BAS/PA
La fonte des glaces est identifiée parmi les principales menaces du changement climatique et il existe un glacier en particulier qui préoccupe les experts : le Thwaites, situé au cœur de l’Antarctique occidental. Ce géant, large d’environ 120 kilomètres et épais de plus de 2 000 mètres à ses points les plus élevés, est extrêmement fragile et continue de fondre à un rythme inquiétant. Il n’est donc pas surprenant qu’on l’ait surnommé le peu rassurant “glacier de l’Apocalypse”, en raison de l’impact catastrophique qu’il provoquerait s’il venait à fondre entièrement. L’élévation du niveau de la mer qu’il engendrerait serait telle qu’elle ravagerait et submergerait des régions entières et des métropoles côtières dans le monde entier, effaçant au passage de nombreux atolls et îles des océans, en particulier dans le Pacifique.

Selon les experts, le retrait brusque du Thwaites a commencé dans les années 40 du siècle dernier, vraisemblablement à la suite d’un phénomène climatique naturel et cyclique particulièrement intense connu sous le nom d’El Niño, qui peut réchauffer considérablement les océans. Au cours des 30 dernières années, on a observé une nouvelle accélération rapide de la fonte, en parallèle avec l’augmentation des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre à la base de la crise climatique. Il n’est donc pas surprenant qu’à l’heure actuelle, avec d’autres corps glacés situés dans ce que les scientifiques appellent l’anse de la mer d’Amundsen, le glacier de l’Apocalypse soit responsable de 8 pour cent du taux d’élévation de la mer, soit 4,6 millimètres. L’impact futur pourrait être bien plus dramatique.
Les glaciologues américains et britanniques ont commencé à étudier en profondeur les dynamiques de fonte du Thwaites à partir de 2018, après avoir fondé la Collaboration internationale sur le glacier Thwaites (ITGC) dirigée par des experts du British Antarctic Survey (BAS). En septembre 2024, ils se sont réunis à Cambridge pour analyser les dernières recherches menées sur le glacier, dont les résultats révèlent un scénario de plus en plus sombre et préoccupant. On estime en effet que le glacier de l’Apocalypse et une grande partie de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental pourraient disparaître d’ici le 23ème siècle, c’est-à-dire dans les 200 ans à venir. Les conséquences seraient catastrophiques. Si seul le Thwaites devait disparaître, l’élévation du niveau de la mer serait de 65 centimètres, suffisant pour inonder et provoquer d’énormes problèmes aux côtes de vastes régions de terres émergées. Imaginez un niveau de mer supérieur à 65 cm : quels effets cela pourrait-il avoir sur Venise, New York et Rotterdam, pour citer quelques-unes des villes les plus exposées au risque, ou sur des nations entières comme les Maldives et celles des régions côtières du Sud-Est asiatique.

Le plus grand problème réside dans le fait que le Thwaites est intimement lié à la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental ; sa perte, selon les experts, déclencherait un effet domino catastrophique sur les autres glaciers, entraînant une élévation du niveau de la mer de 3,3 mètres. Cela suffirait à effacer de vastes zones des cartes géographiques, déclenchant des migrations de masse sans précédent et d’éventuelles guerres mondiales pour les territoires et les ressources. Un tableau apocalyptique, qui correspond bien au nom choisi pour le glacier. Selon une enquête récente, un impact dévastateur pourrait se manifester déjà dans une vingtaine d’années.
Ces dernières années, les chercheurs, en analysant le Thwaites avec de petits sous-marins comme l’Icefin et par voie aérienne, ont déterminé que l’eau de mer chaude pénètre profondément dans le glacier depuis le bas, à travers des réseaux de tunnels et de fissures qui s’étendent à l’intérieur jusqu’à 10 kilomètres. Cela catalyse le réchauffement de la glace et la fonte déjà soutenue par des températures anormales. Pour compliquer le tout, le glacier repose sur un terrain incliné, favorisant le taux de fusion et exposant également la calotte arrière qui avance au processus.

En vol au-dessus du glacier de l’Apocalypse. Crédit : Carl Robinson, BAS
“Le Thwaites se retire depuis plus de 80 ans, s’accélérant considérablement au cours des 30 dernières années, et nos découvertes indiquent qu’il est destiné à se retirer davantage et plus rapidement”, a déclaré dans un communiqué de presse le docteur Rob Larter, qui coordonne l’ITGC au BAS. “Il existe un consensus selon lequel le retrait du glacier Thwaites s’accélérera au cours du siècle prochain. Cependant, il existe également des inquiétudes que d’autres processus révélés par des études récentes, qui n’ont pas encore été suffisamment étudiés pour être intégrés dans des modèles à grande échelle, pourraient provoquer une accélération anticipée du retrait”, a ajouté l’expert. Les scientifiques sont conscients qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour comprendre exactement comment la situation évoluera ; ce qui est certain, c’est que le glacier de l’Apocalypse demeure l’une des menaces les plus significatives pour l’ensemble de l’humanité, tout en se trouvant dans un endroit si éloigné.
