Même si nous atteignons l’objectif de 2°C de l’Accord de Paris sur le climat, la fréquence des canicules extrêmes deviendra beaucoup plus importante d’ici quelques décennies.

L’été 2022 restera dans les mémoires pour la vague de chaleur « hyper-extrême » qui a fait monter en flèche la colonne de mercure, battant plusieurs records de températures maximales. En Chine, par exemple, la hotte infernale a été la pire de l’histoire de l’humanité, en termes de durée, d’intensité, de nombre de personnes impliquées et d’immensité de la zone touchée. Mais l’Europe a aussi été flagellée, notamment en juillet, lorsque, par exemple, le rationnement de l’eau a été demandé pour la première fois dans un pays aussi notoirement pluvieux que l’Angleterre. En France, de plus, depuis janvier, nous avons connu les 7 mois « les plus chauds » de notre histoire, il n’est donc pas exclu que 2022 puisse arracher le record de l’année la plus chaude de tous les temps (jusqu’en 2018) pour notre pays. Mais ces valeurs, aujourd’hui exceptionnelles, pourraient devenir la normalité dans les décennies à venir. Autrement dit, les vagues de chaleur comme celle de cette année et de 2003 ne seront plus ponctuelles, mais décidément plus fréquentes, avec le risque qu’elles doublent dès 2050.
Cela a été déterminé par une équipe de recherche américaine dirigée par des scientifiques de la prestigieuse université de Harvard, qui a collaboré étroitement avec des collègues du Département des sciences atmosphériques et du Département de statistique de l’Université de Washington à Seattle. Les chercheurs, coordonnés par le professeur Lucas R. Vargas Zeppetello, professeur au Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université du Massachusetts, sont parvenus à leurs conclusions après avoir développé des modèles mathématiques capables de prédire l’impact du changement climatique sur l’indice de chaleur, un métrique qui quantifie l’exposition à la chaleur pour les humains. Les chercheurs ont déterminé que, même si l’on parvient à atteindre l’objectif (moins vertueux) de l’Accord de Paris sur le climat, à savoir limiter l’augmentation des températures moyennes à moins de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, dans les années à venir décennies, il y aura cependant une augmentation significative des vagues de chaleur hyper-extrêmes.
Selon les calculs du professeur Zeppetello et de ses collègues, en fait, l’exposition à des niveaux dangereux de l’indice de chaleur (également lié à l’humidité) d’ici 2100 augmentera probablement de 50 à 100 % dans la plupart des pays tropicaux, alors qu’on estime qu’elle augmentera d’un facteur compris entre 3 et 10 dans plusieurs régions des latitudes moyennes comme l’Europe, les États-Unis, la Chine et le Japon. Dès 2050, la fréquence de ces canicules pourrait doubler en France. Nous vous rappelons que les « niveaux dangereux » indiqués par les experts prévoient une température d’environ 40°, tandis que les « extrêmement dangereux » sont ceux d’un peu plus de 50°. « Sans des réductions d’émissions plus importantes que ne le suggèrent nos projections statistiques, il est probable que d’ici 2100, de nombreuses personnes vivant dans les régions tropicales seront exposées à des valeurs d’indice de chaleur dangereusement élevées la plupart des jours d’une année typique », et que les vagues de chaleur sont considérées comme un la rareté aux latitudes moyennes deviendra des événements annuels », ont écrit les scientifiques dans le résumé de l’étude.
Selon les auteurs de l’étude, dans quelques décennies sous les tropiques il ne sera plus possible d’effectuer de nombreux travaux extérieurs en toute sécurité. Un paradoxe si l’on considère que le Heat Index a été développé pour évaluer les conditions de sécurité du travail en intérieur dans des environnements très chauds, comme les grandes chaudières et les fours. Les détails de la recherche « Projections probabilistes d’un stress thermique accru entraîné par le changement climatique » ont été publiés dans la revue scientifique faisant autorité Communications Earth & Environment of the Nature circuit.
