La course pour le retour d’astronautes sur la Lune prend un tournant inattendu, avec la Chine faisant des avancées significatives par rapport aux retards de la NASA. Des équipes de scientifiques chinois identifient des sites prometteurs pour l’alunissage, tandis que le programme Artemis de la NASA fait face à une incertitude croissante.

La course pour ramener des astronautes sur la Lune a pris un tournant que peu de personnes auraient prévu il y a cinq ans. Alors que la NASA accumule les retards dans son programme Artemis et révise en permanence les systèmes de sécurité de sa fusée SLS, la Chine avance avec une feuille de route présentant déjà des coordonnées précises pour le régolithe lunaire.
Une équipe de scientifiques dirigée par Jun Huang de l’Université de Géosciences de Chine à Wuhan a récemment publié dans Nature Astronomy une étude révélant deux sites candidats pour le premier alunissage habité du pays. Les zones sélectionnées se situent dans Sinus Aestuum et Rimae Bode, deux régions visibles de la Lune, proches du centre du disque lunaire tel qu’il apparaît de la Terre.
Le choix n’est pas arbitrari. Les deux enclaves combinent un terrain relativement plat avec un intérêt géologique important : dépôts de matières volcaniques, formations de basalte jeune et preuves d’activité magmatique susceptibles d’éclairer l’histoire thermique de notre satellite. Pour les responsables du programme spatial chinois, la valeur scientifique du site d’atterrissage est aussi importante que la sécurité opérationnelle.
Le calendrier qui met la NASA sous pression
Selon l’étude publiée dans Nature Astronomy, le plan de Pékin prévoit d’envoyer une mission habitée sur la Lune avant 2030. La fenêtre la plus probable se situe entre 2028 et 2030, en fonction de la maturité de la fusée super lourde Larga Marcha 10 et de la nouvelle capsule Mengzhou, conçue pour transporter jusqu’à trois astronautes.
Jim Head, géologue planétaire à l’Université Brown et l’un des co-auteurs de l’étude, a fait remarquer que les sites proposés offrent des conditions idéales pour une première mission : pentes douces, bonne illumination solaire et ligne de vue directement en communication avec la Terre. Head collabore avec le programme spatial chinois depuis plus de dix ans et connaît bien le sérieux avec lequel Pékin réalise ses missions d’exploration planétaire.
Dans cette approche méthodique, le programme Artemis de la NASA fait face à son plus grand degré d’incertitude. La mission Artemis II, qui devait envoyer des astronautes en orbite autour de la Lune en 2024, a été retardée à plusieurs reprises en raison de problèmes avec le bouclier thermique de la capsule Orion et du fusée SLS. Les dernières vérifications de sécurité indiquent que le vol ne se produira pas avant la mi-2026, et la date de l’alunissage habité reste à confirmer.
Science face à la géopolitique
La proposition de Huang et de son équipe va au-delà de l’identification de deux points sur une carte. L’étude comprend analyses topographiques, études de composition minérale et simulations d’illumination permettant d’évaluer chaque site avec des critères quantifiables. Les chercheurs ont croisé des données de la sonde Chang’e 2, de l’orbiteur indien Chandrayaan-1 et de l’Orbiteur de Reconnaissance Lunaire de la NASA pour construire un modèle tridimensionnel des deux zones.
Cette combinaison de sources internationales souligne une contradiction : tandis que les agences spatiales rivalisent pour planter leur drapeau, les scientifiques en charge des missions partagent leurs données sans hésitation. Head a clairement exprimé que le travail commun entre géologues américains et chinois prouve que la science lunaire dépasse la rivalité politique.
Cependant, le contexte géopolitique pèse lourdement. Washington a renforcé les restrictions sur les ambitions spatiales de Pékin depuis l’adoption de l’amendement Wolf en 2011, qui interdit à la NASA de collaborer avec des organismes chinois sans autorisation du Congrès. Cette barrière n’a cependant pas freiné Pékin, qui a construit sa propre station spatiale, réalisé le premier alunissage sur la face cachée de la Lune avec Chang’e 4 et ramené des échantillons du pôle sud lunaire avec Chang’e 6.
Parallèlement, les disputes techniques entre la NASA et SpaceX au sujet du module d’atterrissage lunaire ajoutent une autre couche d’incertitude pour les États-Unis. L’agence négocie encore le niveau de contrôle manuel que les astronautes auront lors de la descente, un détail soulignant à quel point la mission est encore loin d’être prête pour le décollage.
La lutte pour la Lune n’est plus une simple question de prestige. Celui qui atteindra d’abord les régions polaires aura un accès privilégié aux dépôts de glace d’eau, une ressource essentielle pour toute base permanente. La Chine étudie déjà ces sites ; la NASA cherche encore la date de son prochain vol habité.
