Une analyse approfondie de la réglementation Ecodesign révèle des failles qui permettent aux fabricants de mobiles d’éviter les mises à jour, tant qu’ils respectent une condition technique déroutante. Des promesses de support s’avèrent finalement être des illusions par rapport aux attentes initiales de durabilité et de sécurité.
Une analyse approfondie de la réglementation Ecodesign révèle que la loi a des lacunes permettant aux fabricants de ne jamais mettre à jour leurs mobiles, tant qu’ils respectent une condition technique absurde.

Lors de l’annonce de la réglementation Ecodesign par l’Union Européenne en 2025, beaucoup ont applaudi cette avancée. Enfin, les fabricants de smartphones seraient contraints par la loi d’offrir un minimum de 5 ans de mises à jour de sécurité et du système d’exploitation. L’obsolescence programmée par logiciel semblait ainsi reléguée au passé. Ou du moins, c’est ce que nous pensions.
La vérité, comme souvent avec la bureaucratie, est plus décevante. Un examen minutieux du texte légal, validé par les autorités finlandaises, a mis en lumière qu’il contient une faille immense. Une faille qui transforme ce qui aurait dû être une garantie pour le consommateur en simple suggestion que les fabricants peuvent ignorer légalement.
La clé réside dans le mot « si »
Le problème se trouve dans l’Annexe 2, sous-section 1.2, point 6, paragraphe a de la réglementation. Le texte stipule littéralement : « les fabricants… devront, si ils fournissent des mises à jour de sécurité, correctives ou fonctionnelles… s’assurer que ces mises à jour soient disponibles sans coût. »
Ce conditionnel (« si ») change tout. La loi ne contraint pas à développer des mises à jour. Elle ne contraint qu’à ce que, si le fabricant choisit de créer une mise à jour, cette dernière doit rester disponible au téléchargement pendant 5 ans.
Que signifie cela en pratique ? Un constructeur peut sortir un téléphone aujourd’hui avec Android 15, publier un petit patch de sécurité le mois suivant, puis ne jamais toucher à nouveau au logiciel. Juridiquement, il respecterait la réglementation tant que ce seul patch reste accessible en téléchargement jusqu’en 2031.
Motorola a été le premier à s’en apercevoir
Alors que des marques comme Google, Samsung ou OnePlus ont choisi de suivre une voie éthique en élargissant leurs politiques de support à 7 ou 5 années effectives, d’autres ont exploité cette faille avec l’aide de leurs avocats. Motorola, propriété de Lenovo, semble avoir été la plus rapide à tirer parti de ce vide légal, comme nous l’avions déjà signalé.
La société vient de lancer les nouveaux Moto G17 et G17 Power avec Android 15 (déjà une version obsolète en 2026) et une promesse de mises à jour frôlant l’absurde : aucune mise à jour de version d’Android garantie et seulement deux années de patchs de sécurité. Et le pire, c’est que, selon l’interprétation stricte de la loi européenne, c’est tout à fait légal.
L’Agence de Sécurité et de Produits Chimiques de Finlande (Tukes) a confirmé cette interprétation : « Notre interprétation des exigences d’Ecodesign est qu’ils ne sont pas obligés de produire de nouvelles mises à jour. » L’Europe souhaitait protéger nos smartphones, mais a finalement rédigé une loi permettant aux fabricants de faire, littéralement, ce qu’ils veulent.
