Pete Lau, fondateur de OnePlus, fait face à des accusations de la part de la procureur taïwanaise pour avoir établi un réseau d’entreprises clandestines, employant illégalement plus de 70 ingénieurs. Des fonds massifs pour la recherche et le développement ont été détournés depuis la Chine vers Taiwan, soulevant des préoccupations majeures sur la protection du savoir-faire technologique.
La procureur taïwanaise accuse le fondateur de OnePlus d’avoir monté un réseau opaque d’entreprises pour recruter illégalement plus de 70 ingénieurs sur l’île et d’avoir transféré des centaines de millions en R&D depuis la Chine

Pete Lau, le fondateur de OnePlus, a un mandat d’arrêt à Taïwan. Le procureur de district de Shilin l’accuse d’avoir créé pendant des années un réseau d’entreprises fictives pour recruter illégalement plus de 70 ingénieurs taïwanais, uniquement chargés de développer des logiciels pour les mobiles OnePlus et OPPO.
Cette information provient de CNA et Bloomberg, avec des chiffres frappants : entre 2015 et 2021, près de 73 millions de dollars ont été détournés en paiements de R&D de la Chine vers l’île, le tout sous le couvert de sociétés enregistrées à Hong Kong, permettant d’esquiver la Loi sur les relations entre les peuples des deux rives du détroit de Taïwan.
Sociétés écran et argent camouflé
L’opération a été lancée en 2014, lorsque Lau s’est rendu à Taïwan pour négocier la création d’une équipe de R&D. En mars 2015, une branche de Hong Kong Shang OnePlus Technology est officiellement enregistrée sur l’île, avec deux directeurs taïwanais comme responsables légaux. Quatre ans plus tard, toutes les entreprises changent de nom pour Hong Kong Shenga afin de compliquer la traçabilité.
Un des directeurs, portant le nom de famille Lin, a reconnu avoir été désigné personnellement par Pete Lau pour superviser les recrutements et diriger l’équipe d’ingénieurs à Taïwan. Les témoignages confirment que le logiciel créé dans ces bureaux était uniquement utilisé sur les mobiles OnePlus et OPPO, et que Lin rendait régulièrement compte à la direction de Shenzhen concernant la présence des employés et la situation financière.
Pourquoi tant de complications pour embaucher des ingénieurs ? Parce que Taïwan n’autorise pas les entreprises chinoises à établir des opérations de R&D sur son territoire sans l’autorisation expresse du régulateur. L’île protège jalousement son savoir-faire technologique, notamment dans le développement de logiciels mobiles et de semiconducteurs, où la fuite de connaissances vers la Chine continentale est une question de sécurité nationale. Comme c’est souvent le cas, les États-Unis ont renforcé les restrictions contre les fabricants chinois ces dernières années pour limiter leur avancée technologique.
L’argent était transféré depuis Shenzhen Wanplus Technology — la maison mère chinoise de OnePlus — mais passait par des intermédiaires à Hong Kong avant d’atteindre Taïwan. Les paiements étaient classés comme « revenus par R&D sur commande », une méthode comptable camouflant l’opération. Au total, presque 73 millions de dollars, soit environ 620 millions d’euros.
Les accusations interviennent également à un moment délicat pour OnePlus : la marque vient d’annuler l’un de ses smartphones les plus attendus, le successeur du OnePlus Open. En toile de fond, des fabricants chinois tels qu’OPPO, OnePlus, Xiaomi et Vivo envisagent de créer un écosystème Android sans Google pour réduire leur dépendance vis-à-vis des entreprises occidentales.
Aucune déclaration n’a été faite par OnePlus ou les avocats de Pete Lau concernant ces accusations. Le mandat d’arrêt n’est valable que dans la juridiction taiwanaise, permettant à Lau de continuer à voyager librement tant qu’il ne met pas les pieds sur l’île. Cependant, cette affaire montre que les autorités taiwanaises sont sérieuses lorsqu’il s’agit de protéger leur savoir-faire technologique.
