Les téléphones interdits par les principales puissances mondiales… uniquement pour des raisons de sécurité ?

Les téléphones interdits par les principales puissances mondiales… uniquement pour des raisons de sécurité ?

La gestion des décisions stratégiques dans l’industrie technologique révèle des intérêts bien plus complexes que de simples préoccupations sécuritaires. En analysant divers cas internationaux, on comprend que les choix effectués se fondent souvent sur des équilibres économiques dirigés par les industries locales.

Une situation similaire se présente avec les États-Unis et d’autres grandes puissances sur des questions qui semblent liées à la sécurité nationale. Cependant, lorsque chaque cas est examiné avec nuance, il apparaît que des intérêts commerciaux sous-tendent souvent ces précautions. Comme c’est souvent le cas, les décisions favorisent presque toujours l’industrie nationale.

C’est pourquoi, bien que bon nombre de ces choix stratégiques soient présentés comme des mesures techniques, la réalité montre qu’il est souvent plus question de dynamique économique que de risques réels.

Il suffit de comparer ce qui se passe en Israël, aux États-Unis, au Royaume-Unis, en Allemagne, en France ou en Corée du Sud pour mieux saisir le fonctionnement des politiques dans l’industrie des télécommunications.

Banderas de Europa
Banderas de Europa / Photo de
Guillaume Périgois sur Unsplash

La justification de la sécurité

Le discours officiel d’Israël, par exemple, pour se passer d’Android vise à renforcer le contrôle des mises à jour, à réduire les attaques de manipulation et à limiter les applications pouvant compromettre la localisation des troupes.

Il est vrai que les agences de renseignement mettent en garde depuis un moment sur le fait que les téléphones portables sont un moyen courant d’obtenir des informations sensibles, poussant l’armée israélienne à restreindre l’utilisation d’Android dans des zones à risque.

Cette mesure a du sens sur le plan opérationnel, mais il est aussi évident que restreindre le nombre de dispositifs ou, plus précisément, de systèmes d’exploitation facilite les contrôles internes et aide à maintenir la sécurité sous contrôle.

Aux États-Unis, l’approche est différente, mais le résultat est similaire. Le Pentagone n’autorise plus la vente de Huawei et ZTE dans les bases militaires depuis 2017, les considérant comme un risque “inacceptable”. Une attitude qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie politique et commerciale de Washington contre l’industrie chinoise, renforcée par des mises en garde des agences de renseignement.

Officiellement, les restrictions sont justifiées par des peurs de portes dérobées ou d’espionnage, mais en pratique, cela a permis d’exclure deux fabricants qui suscitent les plus de tensions sur la scène commerciale mondiale.

Donald Trump avec le sourire
Donald Trump pose fier. / Photo : rawpixel.com.

L’Europe n’échappe pas à ces dynamiques. Tant le Royaume-Unis, l’Allemagne que la France ont des règles non écrites déconseillant l’utilisation de téléphones fabriqués en Chine dans certaines situations. Cependant, cela ne se traduit pas par des prohibitions formelles, mais plutôt par quelques limitations.

Au final, les pays européens adoptent généralement une position d’équilibre, tentant de ne pas nuire à leur relation avec la Chine tout en contrôlant les technologies utilisées dans les environnements sensibles, une stratégie typiquement continentale de ne pas s’engager pour maintenir le maximum d’alliances possibles.

Certaines nations comme la Corée du Sud ont cependant directement interdit les iPhones dans leur armée. Ce qui est intéressant, c’est que la sécurité ne semble pas être la raison principale. L’explication officielle évoque le besoin de bloquer toute possibilité d’enregistrement, une fonction que l’iPhone ne peut pas désactiver totalement à partir d’applications tierces.

L’importance du contexte

Lorsqu’un pays interdit certains dispositifs, il faut comprendre le marché dans lequel il évolue.

Par exemple, Apple et l’iPhone dominent le marché américain, il est donc normal que les États-Unis et leurs alliés leur accordent la priorité face à des modèles étrangers, que ce soit pour des raisons de sécurité ou la position dominante sur le marché.

À l’inverse, Samsung domine le marché coréen et est un pilier industriel du pays. Le fait que l’armée autorise Android tout en interdisant l’iPhone indique une décision plus proche de la protection de l’industrie locale que d’une menace réelle.

En analysant tous ces cas, un schéma évident se dessine. Les puissances n’interdisent pas les téléphones par caprice, mais leurs motivations ne se limitent pas uniquement à la sécurité.