Ce que l’on ressent vraiment en pliant un iPhone pour la première fois

Je ne peux pas affirmer que j’ai un jour souhaité plier mon téléphone en deux. Peut-être une fois ou deux, face à une notification particulièrement exaspérante, mais pas de façon habituelle, à chaque utilisation.

C’était toujours ma réaction face aux téléphones pliables proposés par différentes entreprises ces dernières années, et désormais par Apple, avec le nouvel iPhone Duo. En un mot : pourquoi ?

Certes, la technologie nécessaire pour fabriquer ces appareils est extrêmement impressionnante. La première fois que l’on voit un écran se courber au milieu pour se replier, on peut avoir l’impression de rencontrer un magicien, tant nos conceptions fondamentales de la physique et de la technologie semblent bouleversées.

Mais cette prouesse technique ne paraissait pas correspondre à l’expérience d’usage. En pratique, ces téléphones pliables ressemblaient à deux téléphones collés l’un à l’autre, l’un deux fois plus grand que l’autre. On obtenait alors une version imparfaite des deux, avec la crainte constante de voir apparaître un pli, une cassure ou une rupture.

Puis on plie réellement l’iPhone Duo, comme je viens de le faire après l’événement de lancement d’Apple en Californie. Et soudain, tout paraît logique.

L'iPhone Duo, en main

L’iPhone Duo, en main (Andrew Griffin/The Independent)

D’abord, l’action d’ouvrir et de fermer l’appareil est tout simplement très agréable. Lors de sa présentation, Apple a beaucoup insisté sur le défi d’ingénierie complexe que représente la création d’une charnière à la fois robuste et d’une manipulation aisée. En pratique, cela signifie que l’on peut simplement rabattre le téléphone jusqu’à ce que ses deux moitiés se rencontrent et s’assemblent magnétiquement avec un son satisfaisant.

Cette impression peut sembler superficielle, et la nouveauté du plaisir ludique à ouvrir et fermer l’appareil s’estompera sans doute. Mais la sensation qui sous-tend cette expérience est concrète : on peut manipuler l’appareil sans y penser et sans inquiétude, loin du sentiment que chaque fermeture pourrait être la dernière sur d’autres modèles où la charnière semble fragile.

De même, lorsqu’il est éteint ou vu de loin, le design fermé de l’iPhone Duo peut paraître un peu étrange : pourquoi cette forme de grand D, asymétrique et si différente de tous les iPhone précédents ? En l’utilisant, on oublie très vite cette particularité car le logiciel épouse ces deux coins qui finissent par disparaître à l’oeil.

De la même manière, l’écran intérieur peut sembler un peu plus sombre à distance que celui d’un iPhone classique. Il ne l’est pas ; il bénéficie d’une finition mate qui réduit les reflets. Globalement, l’iPhone Duo est un appareil qu’il faut vraiment tenir en main pour le comprendre, ce qui est une bonne chose étant donné qu’il est si agréable au toucher.

L'iPhone Duo posé sur une table, partiellement ouvert.

(NET/NET)

Une fois l’appareil ouvert, l’écran déplié est magnifique. Aucun pli n’est visible. Si l’on ignorait sa capacité à se plier, on ne devinerait jamais que l’iPhone Duo n’est pas simplement un nouvel iPad Mini.

L’expérience logicielle est tout aussi fluide, sans couture ni discontinuité. Lors de la présentation du téléphone, Apple a rendu l’utilisation du grand écran un peu complexe, probablement pour mettre en valeur les différentes fonctionnalités qu’il permet. En réalité, cependant, il n’est pas nécessaire d’y penser.

Par exemple, la fonction centrale qui permet d’utiliser deux applications côte à côte peut paraître alambiquée lorsqu’on observe quelqu’un manipuler l’iPhone Duo, comme si elle exigeait des gestes précis et une organisation spécifique. Mais quand vos doigts sont réellement sur l’écran et que vous avez répété l’opération quelques fois, cela devient intuitif en quelques secondes.

Les applications exploitent aussi très bien le grand affichage, même lorsqu’elles sont utilisées seules. Beaucoup ont déjà été repensées pour tirer parti de l’espace supplémentaire, et on oublie qu’elles étaient différentes auparavant.

Cette intégration logicielle s’étend même au processus d’ouverture et de fermeture du téléphone. Apple a accompli un travail remarquable pour que le téléphone comprenne quand il s’ouvre et reflète le contenu du petit écran sur le grand, au point que l’on oublie presque qu’il ne s’agit pas de la même surface.

Il se produit aussi de nombreuses choses surprenantes entre l’état ouvert et fermé. On peut par exemple poser le téléphone debout comme une petite tente, son écran extérieur tourné vers soi, ou le plier à la manière d’un mini ordinateur portable. Le téléphone détecte ces positions et s’adapte en conséquence, sans que l’utilisateur n’ait à y réfléchir longuement.

Au total, l’expérience matérielle et logicielle est si profondément intégrée que le caractère pliable du téléphone cesse très vite de sembler étrange. Après quelques minutes d’utilisation, cela paraissait presque naturel, et j’avais déjà envie d’en posséder un.

Une question plus vaste plane bien sûr sur l’iPhone Duo, la même qu’avant : pourquoi ? Non pas pourquoi fabriquer un téléphone pliable, mais pourquoi en acheter un ? A-t-on vraiment besoin de tout cet écran supplémentaire, de la capacité à utiliser deux applications simultanément, et de toutes les autres fonctionnalités, surtout lorsque le prix démarre à 1999 dollars, ou l’équivalent en euros ?

Il est difficile d’en juger après quelques minutes d’utilisation dans l’environnement totalement artificiel de la zone de démonstration d’Apple. Les deuxième, troisième et quatrième impressions sont plus importantes que les premières, surtout pour un objet qui coûte si cher.

Mais ces premières impressions sont, elles, véritablement marquantes. Je ne sais toujours pas pourquoi je voudrais plier mon iPhone, mais je sais désormais que je le veux très fort.