La secrétaire d’État à la Technologie, Liz Kendall, a dévoilé un plan de restrictions sur les réseaux sociaux pour les adolescents. Les jeunes de 16 et 17 ans seront soumis à un couvre-feu numérique entre minuit et 6 heures du matin. Les paramètres par défaut bloqueront l’accès pendant cette tranche horaire. Le défilement infini et les flux algorithmiques, qui maintiennent les utilisateurs accrochés, seront automatiquement désactivés. L’utilisation des chatbots d’intelligence artificielle sera interrompue par des pauses obligatoires.
Mais quels sont les effets de ce défilement permanent sur le cerveau ? Des experts expliquent pourquoi il est si difficile de s’en détacher.
Système de récompense
Matteo Parissi, psychologue légiste agréé et responsable du service psychologie à l’hôpital Cygnet de Harrow, indique que le cortex préfrontal est le siège du contrôle de l’inhibition. Il précise : « Pour la plupart des gens, cette zone du cerveau n’atteint sa maturité qu’au milieu de la vingtaine. Les adolescents sont donc plus vulnérables face à l’arrêt du défilement infini. »

Les interactions sur les réseaux sociaux provoquent une libération de dopamine. Parissi explique : « La dopamine est un messager chimique essentiel au fonctionnement du système de récompense. Elle nous motive et nous procure du plaisir. Les adolescents sont souvent activés par la récompense sociale des « j’aime », qui représente un retour des pairs et entretient ce cycle de dopamine. »
L’effet machine à sous
Parissi compare le mécanisme du défilement infini à celui des machines à sous. « Le cerveau ignore quand le prochain contenu gratifiant apparaîtra. Chaque balayage de l’écran offre une possibilité de récompense. L’anticipation de cette récompense importe davantage que la récompense elle-même, ce qui explique la persistance du comportement. »

Il ajoute : « Quand on fait défiler Instagram et que le contenu est médiocre, on continue à scroller parce que le système de récompense est détourné par ce mécanisme. » Contrairement à un livre, il n’existe pas de point d’arrêt naturel sur les réseaux sociaux.
Création de voies neuronales ancrées
Sarah Warley, neuropsychologue et fondatrice d’une plateforme numérique qui propose une méthodologie biologique aux familles, explique : « Si vous stimulez certains schémas de pensée, le cerveau se reconfigure. Si l’algorithme vous nourrit de négativité, votre cerveau s’adapte et vous devenez plus négatif. Les voies neuronales stimulées se renforcent, tandis que les autres s’éteignent. »
Impacts sur la concentration
Warley souligne que les jeunes générations peinent de plus en plus à maintenir leur attention sur une longue durée. « Le cerveau fonctionne comme un muscle. Si on ne lui donne que des poussées rapides de dopamine par le défilement, il n’apprend pas à soutenir une concentration prolongée. »

« Si vous n’utilisez pas cette capacité à vous concentrer longtemps, elle ne se développe pas », ajoute-t-elle.
Augmentation du stress et de l’anxiété
Warley rappelle que l’être humain a évolué pour scruter constamment son environnement à la recherche de menaces. « Le « doomscrolling » vous expose à une multitude de sujets d’inquiétude. Votre corps ne fait pas la différence entre une menace réelle et virtuelle. Il se met en état d’alerte, ce qui déclenche une sécrétion élevée de cortisol et d’adrénaline. Vous vous sentez prêt à un événement négatif. »
Elle précise que le stress est utile par à-coups, mais s’il devient permanent à cause de ce que vous consommez, il épuise émotionnellement. « Vous devenez plus anxieux et votre vision du monde devient plus négative. »
Voici quelques conseils pour surmonter cette habitude.
Reconnaître que les progrès ne se feront pas du jour au lendemain
Warley insiste : « Il ne faut pas s’attendre à un changement radical. On ne passe pas d’un comportement addictif à des habitudes saines en une nuit. Mais on peut y arriver progressivement, en réduisant peu à peu. »
Commencer par de petits pas
« Si vous passez des heures à défiler chaque jour, réduisez de dix minutes par jour dans un premier temps, puis augmentez progressivement jusqu’à quinze, puis trente minutes », suggère Warley.
Éviter le téléphone au réveil
Parissi recommande : « Beaucoup de gens consultent leurs notifications et commencent à défiler dès le réveil. Au lieu de court-circuiter le réveil biologique progressif, il vaut mieux s’exposer à la lumière naturelle. Il est préférable de monter en activité jusqu’à midi plutôt que d’ouvrir un monde de vidéos infinies immédiatement. »
Prévoir des activités familiales
« Pensez à des activités amusantes en famille, comme un jeu de société, pour remplacer le temps de défilement », conseille Warley.
Sortir dans la nature
« Une promenade en nature est extrêmement efficace pour réduire le stress et le taux de cortisol », recommande Warley.
