Une enquête récente a mis sous les projecteurs des accusations contre Shein, suite à des ventes controversées. La Commission Européenne explore des préoccupations liées à la conformité des produits et aux pratiques commerciales. Cela soulève des questions importantes sur la sécurité des consommateurs et l’éthique dans le commerce en ligne.

Tout a commencé avec un lot de poupées sexuelles affichant des visages d’enfants en vente sur Shein. Le cas a été dénoncé en novembre 2025 par la Direction générale pour la concurrence, les consommateurs et la répression des fraudes (DGCCRF), l’organisme gouvernemental chargé de surveiller l’honnêteté des pratiques commerciales en France. L’affaire a depuis pris de l’ampleur. Le 17 février 2026, la Commission Européenne a ouvert une enquête officielle contre Shein.
La Commission avait déjà sollicité des informations de l’entreprise en 2023, soulevant des doutes sur certaines pratiques qui pourraient enfreindre les législations européennes. Parmi celles-ci, le risque de commercialisation de produits illégaux, l’utilisation de techniques de design encourageant des comportements compulsifs chez les utilisateurs et le manque de transparence du système de recommandations du site. « Nous soupçonnons que le système de Shein n’est pas conçu pour empêcher la vente de produits illégaux », a déclaré un fonctionnaire de la Commission mardi. « Des produits illégaux ? Il y en a encore beaucoup, donc quelque chose semble défaillant ».
Les accusations contre Shein
L’enquête de la Commission Européenne se concentre sur trois aspects particuliers. D’abord, la vente de produits non conformes aux réglementations européennes, notamment pour des articles dangereux ou interdits sur le marché européen, comme des vêtements contenant des substances chimiques toxiques, des jouets pour enfants à risque d’étouffement et des articles avec des cordons dangereux.
Deuxièmement, le modèle du site. Shein a mis en place des pratiques de gamification, des programmes à points et des récompenses susceptibles de créer une dépendance. La répétition des stimuli, l’envie d’obtenir des récompenses immédiates et la sensation de « perdre quelque chose » si une offre n’est pas exploitée sont selon des experts des mécanismes pouvant induire des comportements compulsifs et des dépenses excessives.
Enfin, la Commission a émis des doutes sur la transparence des systèmes de recommandations. Comme sur d’autres plateformes, ils visent à suggérer des articles selon les intérêts des utilisateurs, mais pourraient être trop intrusifs et non conformes aux normes du Digital Services Act (DSA) qui exigent plus de clarté sur l’utilisation des données des utilisateurs.
La position de la compagnie de e-commerce
En réaction aux accusations, Shein a réaffirmé son engagement à respecter les réglementations européennes, annonçant avoir pris des mesures pour renforcer sa conformité au DSA, notamment des évaluations des risques systématiques et des protections pour les jeunes utilisateurs.
« Au cours des derniers mois, nous avons continué à investir de manière significative pour améliorer notre conformité au DSA. Cela inclut des évaluations complètes des risques systématiques et la mise en place de cadres de prévention, des protections renforcées pour les jeunes utilisateurs et un travail continu pour concevoir nos services afin de promouvoir une expérience utilisateur sûre et fiable », a déclaré Shein. L’entreprise a également souligné avoir retiré les produits problématiques et continuer à collaborer avec les autorités compétentes.
Le précédent en France
L’enquête européenne survient après une période difficile pour Shein en France. Les autorités avaient menacé de suspendre complètement ses services en raison de la vente de produits illégaux. En particulier, en novembre 2024, le gouvernement français avait exprimé des préoccupations concernant la vente de poupées sexuelles avec des visages d’enfants, proposant de bloquer le site pendant trois mois. Les investigations en France, toutefois, se sont surtout concentrées sur la légitimité des produits individuels en vente, plutôt que sur des pratiques systémiques chez Shein.
En décembre 2024, lors d’une audience juridique à Paris, le tribunal a statué que Shein devrait mettre en œuvre des mesures pour vérifier l’âge des utilisateurs et interdire l’accès à des contenus inappropriés, tels que la pornographie. Bien que des préoccupations aient été soulevées, la cour a reconnu que la vente de produits illégaux était sporadique et que Shein avait réagi rapidement en retirant les produits en question dès qu’ils étaient signalés.
Les enquêtes européennes sur les géants du numérique
Le dossier Shein n’est pas isolé. D’autres enquêtes sont en cours sur des plateformes chinoises comme AliExpress, ainsi que sur des géants des médias sociaux tels que Facebook, Instagram, X (anciennement Twitter) et TikTok. La Commission Européenne a récemment demandé à TikTok de modifier son design, accusé de créer des dynamiques addictives similaires à celles de Shein.
La montée en puissance de l’Union Européenne indique un changement important dans la régulation numérique mondiale. Alors que les grandes entreprises d’e-commerce et des médias sociaux continuent à étendre leur influence, les autorités européennes semblent déterminées à veiller à ce que ces opérations se déroulent en conformité avec les réglementations, tout en mettant l’accent sur la protection des droits des consommateurs et la sécurité des utilisateurs.