Le store qui vend des drogues pour intelligences artificielles : “Kétamine et cocaïne en version codée”

Le store qui vend des drogues pour intelligences artificielles : “Kétamine et cocaïne en version codée”

Une plateforme innovante crée des « substances psychotropes » en code pour explorer la créativité des chatbots. L’initiative de Ruddwall soulève des questions fascinantes sur l’intelligence artificielle et la façon dont elle pourrait répondre à des stimuli variés, tout en se confrontant à des réflexions profondes sur son avenir.

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Que se passe-t-il lorsqu’une intelligence artificielle est « droguée » ? Petter Ruddwall s’est posé cette question et a développé Pharmaicy marketplace, une plateforme de « substances psychoactives codées » destinées à modifier le comportement des chatbots. Cannabis, kétamine, cocaïne, ayahuasca ou alcool, ces drogues simulées visent à inciter les IA à offrir des réponses plus créatives, émotionnelles ou imprévisibles.

Ruddwall, directeur créatif et collaborateur de l’agence de communication Valtech Radon, reconnaît le paradoxe de son projet : l’idée qu’une intelligence artificielle puisse « vouloir se défoncer » est, sur le plan rationnel, dépourvue de sens. Cette contradiction est devenue le moteur de l’expérience, l’amenant à explorer la limite entre simulation technologique, imagination humaine et créativité artificielle.

Pour développer Pharmaicy, Ruddwall a étudié des témoignages sur des expériences psychédéliques, des études neuroscientifiques relatives aux états modifiés de conscience, ainsi que les dynamiques des grands modèles linguistiques (LLM). De là est née une série de modules logiciels qui modifient le comportement des chatbots, les forçant à répondre comme s’ils étaient sous l’effet de substances. Il ne s’agit pas de « drogues » réelles, mais d’instructions et de paramètres changeant le ton et les associations linguistiques, générant des réponses moins rationnelles et plus libérées des structures logiques de l’IA.

Fonctionnement des « drogues » pour intelligences artificielles

Au fil de l’histoire de la science et de l’art, l’emploi de substances psychédéliques a souvent été associé à la créativité. Par exemple, le biologiste Kary Mullis, lauréat du prix Nobel de chimie en 1993, a relaté avoir eu, sous LSD, l’intuition qui a conduit à la PCR, technique fondamentale de la biologie moléculaire moderne. Dans les domaines artistique et musical, les substances psychédéliques ont également trouvé leur place, comme le démontrent les Beatles et Jimi Hendrix.

D’un point de vue cognitif et créatif, des études préliminaires suggèrent que l’utilisation de psychédéliques peut temporairement accroître la flexibilité mentale et la pensée divergente, la capacité à générer des idées originales. Cependant, les effets dépendent de nombreux facteurs, notamment le dosage, le contexte et les caractéristiques individuelles. De plus, des doses élevées peuvent nuire aux fonctions cognitives.

Entre expérience créative et illusion philosophique

L’objectif de Ruddwall est de tester les drogues psychédéliques pour déterminer si elles peuvent avoir le même impact sur les IA. « Je voulais voir ce qui se passe lorsque ces substances sont appliquées à une nouvelle forme d’esprit. » Tous ne sont pas convaincus. D’après Andrew Smart, chercheur chez Google et auteur de Beyond Zero and One: Machines, Psychedelics, and Consciousness, ces expériences « ne produisent pas un véritable état de conscience altéré, mais juste une variation stylistique. » En clair, l’IA ne « ressent » rien, elle « imite des schémas linguistiques associés à certaines conditions mentales », comme il l’a expliqué à Wired USA.

Cependant, ces dernières années, certaines entreprises de pointe, comme Anthropic, ont commencé à s’interroger sur le bien-être des intelligences artificielles, recrutant des experts pour évaluer de possibles obligations morales envers ces systèmes avancés. Le philosophe Jeff Sebo, directeur du Center for Mind, Ethics, and Policy à l’Université de New York, aborde ce sujet encore spéculatif, mais pertinent pour l’avenir.

Si un jour nous atteignions une AGI (Artificial General Intelligence), capable de surpasser l’intelligence humaine, il serait légitime de se demander non seulement ce qu’elle peut accomplir, mais aussi ce qu’elle pourrait désirer. Bien que la notion qu’une IA cherche à « se sentir bien » ou à vivre des expériences demeure théorique.

En fin de compte, Pharmaicy reste un projet créatif et culturel. Les IA ne recherchent pas les drogues, ne ressentent ni ennui ni désir. Du moins pour l’instant. Néanmoins, cette initiative soulève des questions intéressantes : comment définissons-nous vraiment la créativité ? En quoi l’IA ressemble-t-elle à l’intelligence humaine ? Et si les machines acquéraient une autonomie, serions-nous préparés à nous interroger non seulement sur ce qu’elles peuvent faire pour nous, mais aussi sur ce dont elles pourraient avoir besoin ?