La récente expérience des astronautes chinois sur la station Tiangong, qui ont dégusté des plats cuisinés, marque un tournant dans l’approche des repas en orbite. Avec l’innovation d’un four sans fumée, le programme spatial met l’accent sur le bien-être des astronautes, tout en testant des technologies alimentaires pour de futures missions.

À bord de la station spatiale chinoise Tiangong, six astronautes ont savouré des ailes de poulet mariné et des bisteques au poivre noir préparées au four. Historiquement, les repas spatiaux se limitaient à des aliments en tubes et à des plats déshydratés, mais une transformation s’opère. Cet événement, rapporté par l’agence Xinhua, illustre les progrès réalisés par le programme spatial chinois dans le domaine de l’habitabilité orbitale, qui a récemment gagné en importance par rapport aux accomplissements techniques. L’objectif est désormais d’assurer non seulement la survie, mais aussi le confort quotidien des astronautes.
Le dîner à base de poulet et de steak a été rendu possible grâce à un premier four spatial capable de fonctionner sans produire de fumées ni d’odeurs. Cette innovation repose sur un système de purification intégrée qui filtre les oxydes de carbone générés pendant la cuisson et les neutralise à l’intérieur de l’appareil. « C’est le premier de ce type au monde », a précisé Liu Weibo, chercheur au China Astronaut Research and Training Center. « Il peut effectuer jusqu’à 500 cycles de cuisson sans altérer la qualité de l’air à l’intérieur de la station ».
À propos du four Shenzhou-21
Contrairement aux fours terrestres, celui de Tiangong est entièrement hermétique et utilise la circulation de l’air chaud en absence de gravité pour cuire les aliments uniformément. Il a été conçu pour respecter les normes d’émission de la station, où même une faible dispersion de fumées ou de particules peut nuire aux systèmes de filtrage de l’atmosphère intérieure.
Lors de cette expérience, les astronautes ont préparé les ailes de poulet pendant 28 minutes, suivies du steak au poivre noir. Selon l’ingénieur de vol Wu Fei — le plus jeune astronaute chinois à avoir été envoyé dans l’espace — le résultat était « étonnamment similaire à ce qu’on obtiendrait avec un four domestique sur Terre ».
Du repas lyophilisé au confort orbital
Pendant des décennies, le « repas spatial » a été conçu principalement pour sa praticité. Cependant, les séjours prolongés en orbite — pouvant durer six mois ou plus — obligent les agences spatiales à réévaluer la façon dont les astronautes se nourrissent. La nourriture joue également un rôle psychologique essentiel, influençant l’humeur, la motivation et les performances.
Dans le cas chinois, l’objectif est double : améliorer le bien-être des astronautes en microgravité tout en testant des technologies alimentaires pour de futures missions lunaires et martiennes. Les astronautes chinois ont maintenant accès à un menu varié de 190 plats, allant des légumes frais et fruits secs à de la viande et des desserts. Une partie de ces ingrédients provient des cultures expérimentales cultivées à bord : depuis le début de la mission Shenzhou-16, environ 4,5 kg de légumes ont été récoltés, incluant salades, tomates cerises et patates douces.
Pour cultiver en orbite, les chercheurs recourent à des substrats recyclés, des engrais à libération contrôlée et des systèmes d’irrigation à micropores, qui fournissent eau et nutriments de manière constante, même en l’absence de gravité. Ce modèle d’agriculture spatiale pourrait également être appliqué sur Terre, dans des contextes extrêmes tels que des déserts ou des habitats isolés.
Nourriture, technologie et géopolitique spatiale
Derrière le geste apparemment simple de cuisiner un repas chaud, se dessine la stratégie à long terme de la Chine : consolider sa présence dans l’espace avec des infrastructures autonomes, technologiquement avancées et capables de garantir une autosuffisance prolongée. En d’autres termes, Tiangong ne se limite pas à un laboratoire scientifique, mais constitue un habitat orbital pour des missions de longue durée. À une époque où la NASA, SpaceX et l’ESA envisagent des implantations permanentes au-delà de l’orbite terrestre, la « cuisine spatiale » chinoise représente bien plus qu’un détail. C’est un indicateur de maturité technologique.
