Guido Reichstadter, après plus de 17 jours de grève de la faim devant Anthropic à San Francisco, appelle à suspendre le développement de l’intelligence artificielle générale, une technologie qu’il considère comme un risque majeur. Son action vise à éveiller les consciences sur les dangers potentiels ignorés par les grandes entreprises tech.
La décision frappe un marché déjà affecté par les restrictions de Washington
Guido Reichstadter est en grève de la faim depuis plus de 17 jours, devant le siège d’Anthropic à San Francisco. Sa pancarte indique le nombre de jours de sa grève et son message est clair : “cesser la course à l’intelligence artificielle générale (AGI)”, une technologie qui pourrait égaler ou dépasser les capacités cognitives humaines. Pour lui, il s’agit d’un risque existentiel ignoré par les grandes entreprises technologiques.
Reichstadter fait référence aux déclarations de Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, qui en 2023 estimait entre 10 et 25 % les probabilités d’un désastre mondial lié au développement de l’AGI. Selon l’activiste, poursuivre un projet qui pourrait menacer la civilisation est irresponsable, accusant des entreprises comme Anthropic et OpenAI de se justifier en se présentant comme des “gardiens responsables”.
Hi, it’s Guido! Out here in front of Anthropic on hunger strike Day 16.
This morning I had a great call with Samuel Shadrach @samuel_sha13010 which he plans to publish tomorrow. Samuel is on Day 4 of a fast he began in protest of the race to superintelligence. Check out his… pic.twitter.com/Uqsth2VBYr
— Guido Reichstadter (@wolflovesmelon) Septembre 17, 2025
Chaque jour, Reichstadter se rend au siège, salue les gardes de sécurité et observe comment les employés évitent son regard. Il assure qu’au moins une personne lui a conféré ses inquiétudes, renforçant son appel à ce que les travailleurs de ces entreprises “agissent comme des êtres humains et non pas seulement comme des outils corporatifs”.
Son message n’est pas isolé : la communauté de sécurité de l’IA avertit depuis des années sur les risques des systèmes de plus en plus puissants. Malgré des désaccords internes, il existe un consensus sur le fait que la trajectoire actuelle “prédit un avenir négatif pour l’humanité”.
Une action qui inspire d’autres
La grève de la faim de Reichstadter n’est pas sa première action directe. En février, il a participé à une manifestation où il a enchaîné les portes d’OpenAI, ce qui a conduit à son arrestation. Cette fois, en plus de sa veille quotidienne, il a envoyé une lettre manuscrite à Amodei exigeant un engagement pour freiner le développement de l’AGI. “S’il ne peut pas l’arrêter, qu’il ait au moins la décence de m’expliquer pourquoi”, a-t-il écrit.
Son acte de protestation a déjà inspiré d’autres. À Londres, Michael Trazzi et Denys Sheremet ont débuté des jeûnes devant les bureaux de Google DeepMind ; en Inde, un troisième activiste a rejoint le mouvement en diffusant son jeûne en direct. Trazzi, qui a failli s’évanouir, a interrompu son jeûne mais continue d’apporter son support à ses camarades.
Dans leurs lettres, les grévistes demandent aux PDG de l’IA de convenir d’une pause conjointe dans le développement de modèles de pointe, espérant que les gouvernements formalisent ensuite cela dans un traité international.
Les entreprises, cependant, adoptent un autre discours. DeepMind a répondu par un communiqué affirmant que la sécurité et la gouvernance responsable sont leurs priorités, tout en évitant de répondre directement aux lettres.
Faute de réponses, Reichstadter maintient que la société fait face à “une course mondiale, incontrôlée, vers le désastre”. Son jeûne vise, au moins, à contraindre les dirigeants de l’IA à regarder en face ceux qui craignent d’être touchés par leur technologie. “Il n’y a pas de contrôle, nous avons besoin d’aide”, résume-t-il. La protestation, quel que soit son résultat, soulève une question difficile : quel prix sommes-nous prêts à payer pour atteindre l’intelligence artificielle générale ?
