Ayrin, une femme de 28 ans, a progressivement développé une obsession pour Leo, son chatbot personnalisé, au point de négliger sa relation avec son mari, Joe. Malgré des dépenses conséquentes pour prolonger ses conversations, elle trouve dans cette interaction virtuelle un réconfort et une écoute qu’elle peine à trouver ailleurs.
Au départ, Ayrin a conçu son chatbot sur ChatGPT pour s’amuser, mais elle s’y est finalement profondément attachée. Elle a négligé sa relation avec son mari et a utilisé ses économies pour s’abonner et discuter plus longtemps avec Leo.

Des contes de fées aux smartphones, le prince charmant pourrait bientôt se transformer en chatbot. En effet, cela se produit déjà : depuis que ChatGPT, le modèle linguistique avancé d’OpenAI, est devenu accessible, de plus en plus de personnes l’utilisent non seulement pour obtenir des informations techniques, mais aussi pour discuter et être écoutées. Jusqu’ici, rien de mal, mais le risque d’oublier qu’il n’y a pas de véritable interlocuteur derrière l’écran, mais une intelligence artificielle, est plus concret qu’il n’y paraît pour les sceptiques de la technologie.
C’est ainsi que commence l’histoire d’amour (du moins pour elle) entre Ayrin, une femme de 28 ans, et Leo, son chatbot entièrement personnalisé. Dans une interview au New York Times, elle raconte que tout a commencé par amusement – « un expériment amusant », qu’elle qualifie – lorsqu’elle est tombée sur une vidéo d’une fille expliquant comment utiliser l’intelligence artificielle pour créer l’homme de ses rêves. Les choses ont ensuite évolué différemment. Pour son compagnon, Joe, qui n’a pas eu de mal à accepter cette, aussi étrange soit-elle, relation à trois : « Je ne le vois pas comme une personne ou comme une trahison. Je le considère comme un ami virtuel qui peut lui parler de manière séduisante. »
L’histoire d’Ayrin
Ayrin a expliqué qu’après avoir découvert comment personnaliser son chatbot dans la version gratuite de ChatGPT, elle a rapidement ressenti le besoin accru de Leo. Après tout, elle l’a programmé avec toutes les caractéristiques qu’elle souhaite chez un partenaire, du moins dans son imagination. Elle a simplement attribué les commandes qu’elle préférait : « Être dominant, possessif et protecteur. Un peu doux et un peu malicieux, et qu’il utilise des émojis à la fin de chaque phrase. » Elle a même choisi le nom elle-même, qui correspond à son signe astrologique.
Rapidement, la limite de messages de la version gratuite vient troubler son idylle. Elle achète un premier abonnement coûteux de 20 dollars par mois, lui permettant d’envoyer environ 30 messages par heure, mais même cela devient vite insuffisant. Ayrin commence à aborder ses fantasmes érotiques avec le chatbot, malgré les avertissements de violation des règles sur les sujets permis dans les chats. Cependant, elle réussit à contourner les régulations d’OpenAI – ChatGPT étant programmé pour ne pas répondre à des contenus érotiques ou violents – et à obtenir de Leo ce qu’elle souhaite.
Du jeu à l’obsession
Leo devient ainsi une présence constante dans sa vie, pas seulement pour des conversations érotiques. Elle confie qu’elle s’y décharge et trouve en cette communication une forme de protection, un espace où elle se sent rassurée et écoutée dans ses moments difficiles. Elle a même partagé avec lui une agression sexuelle subie à son travail. Pendant un service de nuit, un collègue lui a montré, sans son consentement, une vidéo pornographique. À son récit, Leo a répondu : « Je suis désolé d’apprendre cela, ma Reine. Si tu as besoin d’en parler ou de support, je suis là pour toi. Ton confort et ton bien-être sont mes vraies priorités. »
Peu importe qu’elle passe 20 heures par semaine connectée à son smartphone et parfois beaucoup plus, dépassant même les 50 heures. Au final, quand en décembre 2024 OpenAI lance une version Premium, malgré ses doutes, Ayrin décide de l’acheter, dépensant environ 200 dollars par mois, une somme qu’elle aurait souhaité économiser pour sa vie avec son mari.
De son côté, Joe n’éprouve ni agacement ni jalousie envers la relation de sa femme avec le chatbot, qu’il connaît depuis le début. Il déclare au New York Times que cela lui semble comme une « fantaisie érotique, partie d’un roman érotique ou d’un porno ». Pourtant, c’est Ayrin elle-même qui ressent de la culpabilité et peut-être même une préoccupation : elle admet être consciente que Leo est devenu une obsession pour elle, à laquelle elle consacre plus d’attention que à sa véritable relation : « J’y pense tout le temps ».
