Après une défaite judiciaire historique aux États-Unis, Google doit faire face à un procès au Royaume-Uni de près de 9 milliards d’euros. Le litige souligne son emprise sur les marchés des moteurs de recherche et des navigateurs, jugée anticoncurrentielle par les régulateurs des deux côtés de l’Atlantique.
Le Tribunal d’appel de la concurrence du Royaume-Uni (CAT) a rejeté la demande de Google visant à faire annuler une action en justice de 7 milliards £ (8,8 milliards €) intentée par des consommateurs contre ses activités de recherche et de publicité. Cette décision ajoute un nouveau cas à la lutte réglementaire mondiale de Google.
L’avocate des droits des consommateurs, Nikki Stopford, a lancé cette action au nom de tous les résidents britanniques de plus de 16 ans ayant acheté des biens auprès d’entreprises utilisant les services publicitaires de Google entre le 1er janvier 2011 et le 7 septembre 2023. Le procès affirme que l’emprise de l’entreprise sur les marchés de recherche et de publicité en ligne lui a permis d’augmenter les prix des publicités, coût que les entreprises ont répercuté sur les consommateurs. L’action par défaut inclut automatiquement tous les clients concernés.

De plus, le procès s’oppose à la pratique de Google consistant à obliger les fabricants d’appareils Android à préinstaller son navigateur Chrome et à faire de Google leur moteur de recherche par défaut. Il condamne également les milliards de paiements que l’entreprise verse à Apple pour que iOS soit configuré par défaut sur la recherche Google.
Le cas devant le CAT, que Google a contesté en septembre, repose en partie sur une décision de 2018 dans laquelle la Commission européenne a condamné la société à €4,34 milliards (4,5 milliards €) pour des politiques similaires. Cela fait également suite à la déclaration récente d’un juge américain affirmant que Google constitue un monopole illégal.
Dans une décision susceptible de bouleverser le paysage technologique, le Département de la Justice a recommandé que l’entreprise vende Chrome, cède ses données internes sous licence, mette fin à ses accords de revenus de moteur de recherche avec les fabricants et offre aux éditeurs des clauses de désabonnement pour la formation de ses modèles d’IA. Si Google perd son appel et que le DOJ juge que les remèdes sont insuffisants, l’agence pourrait contraindre le géant technologique à vendre Android également.
Google et Apple ont également récemment suscité la colère de l’Autorité britannique de la concurrence et des marchés. Le régulateur a critiqué l’accord de partage des revenus entre les deux entreprises, la domination de Safari et Chrome sur le marché des navigateurs mobiles et les règles d’Apple limitant le développement des navigateurs sur iOS.
Des experts et des plaignants soutiennent que la position unique de Google menace le web ouvert et crée des barrières insurmontables pour de plus petits concurrents tels que DuckDuckGo, Bing et Firefox. Selon StatCounter, Google détient 80 % du marché des moteurs de recherche et 60 % du secteur des navigateurs web.
