La récente évolution de la Web Tax vise à élargir la taxation aux entreprises publiant des contenus en ligne, touchant ainsi même les plus petits acteurs du secteur. Cette décision suscite des inquiétudes quant à son impact sur la digitalisation et l’économie locale, soulevant des interrogations sur la viabilité des petites entreprises.
Dans le texte de la dernière Loi de Finances, un paragraphe a été inséré concernant la Web Tax, une loi destinée à frapper les grandes entreprises technologiques. Jusqu’à maintenant, la Web Tax était réservée aux sociétés multinationales offrant des services numériques avec des recettes supérieures à 750 millions d’euros. Avec la nouvelle version, la taxe serait étendue à toutes les entreprises publiant des contenus en ligne, y compris les petits journaux.
Entretien avec Brando Benifei
Député européen PD et rapporteur de l’Ai Act

Peut-être que le problème est que l’objectif n’est pas clair. Dans le texte de la Loi de Finances pour 2025, on trouve un paragraphe sur la Web Tax. Théoriquement, cette taxe vise à frapper les grandes entreprises technologiques: elle est destinée aux sociétés qui publient du contenu en ligne, mais ne concerne que celles avec un chiffre d’affaires mondial supérieur à 750 millions d’euros. Dans la version présentée avec le dernier budget, le ministère de l’Économie a retiré toutes les limites de chiffre d’affaires. Résultat? Si le texte passe tel quel, toute société publiant du contenu en ligne devra verser à l’État une taxe de 3% sur ses revenus.
On peut deviner que les premiers à en pâtir seront les journaux en ligne, quel que soit leur taille, qui seront ainsi comparés à des géants comme YouTube et Instagram. Effectivement, ces dernières semaines, diverses voix se sont élevées contre cette taxe, même au sein de la majorité. Nous en avons discuté avec Brando Benifei, député européen élu sur les listes du PD et rapporteur de l’Ai Act, la loi européenne visant à réguler l’utilisation et le développement de l’intelligence artificielle.
On parle depuis longtemps d’une Web Tax européenne. Quelle est la différence avec celle italienne?
La différence essentielle avec les propositions discutées en Europe est que la Web Tax conçue par le gouvernement touche toutes les réalités: sans distinction de chiffre d’affaires. Il n’y a plus de différence entre un petit journal en ligne et une grande entreprise technologique.
Quel sens a-t-il de retirer cette distinction?
Cela me paraît absurde. En Italie, nous devrions encourager le secteur des services numériques et soutenir les petites et moyennes entreprises qui tentent de travailler dans ce domaine. Ils cherchent à récupérer des fonds partout.
Quels sont les effets d’une telle taxe?
Elle décourage la numérisation de l’économie en Italie, un sujet sur lequel nous sommes déjà à la traîne. De plus, nous devons réfléchir à la manière dont ces mesures sont perçues par les États de l’Union européenne. Jusqu’à présent, nous nous efforçons d’agir de manière cohérente: comme c’est le cas pour le Digital Service Act.
Certains considèrent cette taxe comme une attaque directe contre les journaux. Cela n’aide certainement pas.
Je crois que dans ce cas, prédomine un esprit de rentabilité à court terme, sans prévoyance. Je ne vois pas un projet, mais une incapacité à comprendre l’impact d’une telle décision sur notre économie.
On parle depuis des années d’une Web Tax européenne, limitée aux grandes plateformes. Où en sommes-nous?
Les travaux à ce sujet sont au point mort. Dans les semaines à venir, le Parlement européen aura de nouvelles auditions avec les commissaires concernés, mais il est actuellement difficile de définir un calendrier clair.
Le choix des États-Unis d’élire Donald Trump comme président change-t-il quelque chose à ce sujet?
Il est difficile à dire, du moins pour le moment. Ce que je crains, c’est qu’avec Donald Trump président, chaque pays cherche à établir une relation privilégiée, sans passer par l’Union européenne. Surtout pour des questions concernant les impôts et les droits de douane. Si nous entrons dans ces dynamiques, où chacun agit séparément, l’avenir est assez clair: ce serait la fin du projet politique européen.
