Un débat complexe émerge autour de la participation des femmes trans aux compétitions sportives, illustré récemment par une image trompeuse diffusée sur les réseaux sociaux. Cet article explore la polémique et le rôle des fausses informations, notamment en lien avec le cas de Lia Thomas, une nageuse trans. Une lecture nécessaire pour comprendre les enjeux contemporains.
L’ancien sénateur de la Ligue a partagé sur X l’image d’une fille en maillot de bain avec écrit sur le pubis « Not a Dude! », « Pas un mec! ». L’image est un faux et fait référence à un débat qui dure depuis des années sur le rôle des femmes dans le sport qui ont suivi un parcours de transition de genre. Ce débat concerne surtout la natation et a commencé avec le cas de l’athlète Lia Thomas.

Les images circulent beaucoup sur les réseaux sociaux. Le sujet est le même : il y a des nageuses qui portent un maillot de bain entier avec écrit sur le pubis : « Not a Dude! ». En d’autres termes : « Pas un mec ! ». La photo, avec de nombreux compliments, a également été publiée par Simone Pillon, ancien sénateur élu en 2018 sous les listes de la Ligue. De la narration en cours sur les réseaux sociaux, il semble que ce slogan fasse partie d’une campagne spontanée contre la participation aux compétitions féminines d’athlètes ayant suivi un parcours de transition de genre. Ce n’est pas vrai, tout simplement parce que la photo n’est pas authentique.
La fille en maillot orange de « Not a Dude! »
Les photos qui sont liées à cette campagne ne sont pas originales. Ce sont des photos d’athlètes qui ont été modifiées, même de manière assez élémentaire. Ici, il n’est même pas nécessaire d’avoir recours à l’intelligence artificielle. Tout programme de retouche photo suffit, et le texte est simplement appliqué sur le maillot de bain. Les témoignages sont variés. L’image montre une fille dans une piscine avec un maillot orange. Commençons par la photo partagée par Pillon. Comme l’a documenté David Puente, journaliste d’Open, il existe des images de la même fille avec le même maillot dans la même piscine, sans aucun texte.
Le sénateur Pillon n’a pas seulement partagé l’image mais a également décidé de l’associer aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : « Plusieurs nageuses olympiques ont porté le maillot avec un texte stratégiquement placé pour indiquer que ‘Not a dude’, elles ne sont pas des mecs. Bellles, compétentes et ironiques. J’apprécie beaucoup. De nos jours, cela devrait être rendu obligatoire, peut-être éclairé par des LED. Qu’en pensez-vous ? »
À ceux qui lui font remarquer qu’il s’agit d’une fausse information, Pillon répond avec un tweet de l’utilisateur @politico_web. À ce sujet, nous aimerions vous en dire plus, mais cet compte semble avoir été supprimé. La photo de Pillon a également été partagée par d’autres pages. En faisant une recherche plus approfondie, nous pouvons également la trouver sur Facebook, par exemple sur la page No #Mes ou sur des comptes individuels. Souvent avec des milliers d’interactions. Finalement, Pillon a dû se rendre à l’évidence : « Il s’avère finalement qu’il s’agissait vraiment d’un ajout avec Photoshop. Dommage. »
La campagne fake “Not a Dude!”
Les traces de cette fake news commencent bien avant cette édition des Jeux Olympiques. Dans la section Fact Check de l’AFP, nous trouvons une analyse de mars 2024 où d’autres images similaires à celle partagée par Pillon sont rapportées. Ici, on voit spécifiquement une photo d’un groupe de filles en maillot datant même de 2018. Là encore, le texte « Not a Dude! » a été appliqué après.
Toute cette campagne de fake news ne naît pas de nulle part mais provient d’un débat engagé ces dernières années sur le sport et les femmes ayant suivi un parcours de transition de genre. Un débat qui concerne surtout la natation car c’est dans ce sport que le cas de Lia Thomas a émergé, une nageuse qui, après sa transition de genre, a participé à plusieurs compétitions féminines. Aux États-Unis, ses résultats ont amené des politiciens, des activistes et des organisations sportives à se demander où elle devrait concourir pour garantir à la fois sa liberté et celle de ses concurrentes. Au final, Lia Thomas n’a pas été admise à ces Olympiades.
