Les fruits et légumes sont-ils moins nutritifs qu’il y a 60 ans

Les fruits et légumes sont-ils moins nutritifs qu'il y a 60 ans

Des données scientifiques révèlent une baisse de la teneur en certains minéraux dans nos fruits, légumes et céréales par rapport aux niveaux observés il y a plusieurs décennies, soulevant des questions sur l’évolution de la qualité nutritionnelle de notre alimentation.

Un rapport scientifique compile des preuves indiquant que certains minéraux sont présents en concentrations plus faibles dans des cultures agricoles, comme des fruits, des légumes et des céréales, par rapport aux données recueillies il y a plusieurs décennies.

Les fruits et legumes sont ils moins nutritifs quil y a

L’agriculture moderne a permis d’accroître considérablement la production alimentaire mondiale depuis les années 1960, contribuant à répondre aux besoins d’une population croissante. Pourtant, cette hausse de la productivité ne s’est pas toujours accompagnée du maintien de la concentration de certains nutriments dans les cultures.

Le rapport “Hollow Harvests: Rebuilding the Nutritional Value of Crops in an Age of Abundant Calories“, publié par Deep Science Ventures, synthétise des travaux sur l’évolution de la composition nutritionnelle des aliments et sur les facteurs potentiellement liés aux changements constatés.

Des réductions marquées pour le fer et le cuivre

Une étude mise en avant dans ce rapport, publiée en 2022 dans la revue International Journal of Food Sciences and Nutrition, a comparé des données de composition alimentaire pour 29 fruits et légumes vendus au Royaume-Uni, datant de 1940, 1991 et 2019.

Avec des différences statistiquement significatives, cette recherche a identifié une baisse moyenne de :

  • 50,2% de la concentration en fer ;
  • 49,1% de celle en cuivre ;
  • 9,7% de celle en magnésium.

Des diminutions de 4,7% pour le potassium et de 2,5% pour le calcium ont aussi été observées, sans toutefois atteindre un seuil de significativité statistique.

Les valeurs ont été ajustées à la matière sèche des aliments pour limiter l’influence des variations de teneur en eau. Les auteurs reconnaissent néanmoins certaines limites liées aux changements dans les variétés cultivées, les techniques de laboratoire et les procédures d’échantillonnage.

Pour cette raison, ces résultats ne signifient pas que tous les fruits et légumes ont perdu la moitié de leur valeur nutritive, mais ils signalent des évolutions notables dans les concentrations moyennes de minéraux spécifiques.

La productivité agricole, un facteur possible de réduction des nutriments

L’une des explications examinées est l’effet dit de dilution. Ce phénomène se produit lorsque l’accroissement de la production de biomasse végétale n’est pas proportionnel à la quantité de nutriments accumulés dans les parties comestibles des plantes.

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Le blé fournit l’un des exemples les mieux documentés. Une étude publiée en 2008, fondée sur des échantillons historiques provenant de l’essai agricole de Broadbalk au Royaume-Uni, a mis en évidence des baisses significatives des concentrations de zinc, fer, cuivre et magnésium dans les grains. Ces réductions coïncident avec l’introduction de variétés à haut rendement à partir des années 1960.

En comparant des variétés de blé de différentes époques, cette recherche a trouvé des concentrations inférieures de zinc, entre 33% et 49%, de cuivre, entre 25% et 39%, de fer, entre 23% et 27%, et de magnésium, entre 20% et 27%.

Fait intéressant, les concentrations de ces minéraux dans les sols analysés étaient restées stables ou avaient augmenté, suggérant que les changements mesurés dans les grains ne résultaient pas simplement d’un appauvrissement des réserves minérales du sol.

Les chercheurs ont donc associé cette tendance à l’accroissement du rendement et aux modifications dans la répartition de la biomasse des plantes. Cependant, la composition nutritionnelle des cultures dépend également de facteurs comme la fertilisation, les caractéristiques du sol et les conditions environnementales.

Produire davantage ne garantit pas une alimentation plus nutritive

Le rapport relie cette problématique à la faim cachée, une situation caractérisée par un apport insuffisant en vitamines et minéraux, même lorsque la quantité de calories consommées est adéquate.

Selon les études compilées dans le document, les carences en micronutriments touchent une part importante de la population mondiale. Elles sont influencées par des facteurs tels que la diversité alimentaire, l’accès à des aliments nutritifs et la consommation de produits à faible densité nutritionnelle.

Bien que la diminution de la concentration en minéraux dans certaines cultures puisse représenter un facteur supplémentaire, il n’est pas démontré qu’elle en soit la cause principale des carences nutritionnelles observées aujourd’hui.

Face à ces constats, les auteurs estiment que l’agriculture doit prendre en compte non seulement la quantité d’aliments produits, mais aussi leur qualité nutritionnelle. Cela passe par des stratégies comme la sélection de variétés plus riches en micronutriments et l’amélioration des pratiques de gestion agricole.

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Quelles implications pour nous, consommateurs ?

Malgré les baisses identifiées, ces résultats ne permettent pas de conclure qu’il faille consommer deux fois plus de fruits et légumes pour obtenir la même quantité de nutriments qu’il y a plusieurs décennies. Les changements varient selon les aliments et les minéraux, et l’apport nutritionnel dépend de la composition globale du régime alimentaire.

Le rapport ne remet pas non plus en cause les bénéfices de la consommation de fruits et légumes, qui demeurent des composants essentiels d’une alimentation équilibrée.

La conclusion principale est que l’augmentation de la productivité agricole ne garantit pas à elle seule la préservation de la qualité nutritionnelle des aliments. Elle montre qu’il est crucial de surveiller leur composition et de développer des pratiques agricoles permettant de concilier quantité et valeur nutritionnelle.