De plus en plus d’individus explorent la possibilité de créer des versions virtuelles de leurs proches décédés, soulevant des questions éthiques. À travers cette innovation technologique, l’intention est de maintenir un lien même après la perte d’un être cher, ouvrant la voie à des dynamiques inédites autour du deuil.
De nombreuses personnes se tournent vers des entreprises technologiques pour concevoir des représentations virtuelles de leurs êtres chers, cherchant une manière de communiquer même après la mort. Le secteur de la résurrection artificielle soulève cependant plusieurs enjeux éthiques.

Peter Listro a passé cinq heures sur une chaise à répondre à des questions sur son enfance, sa famille, répétant souvent « salut » et « c’était agréable de parler avec toi ». En face de lui, une opératrice de StoryFile filme l’ensemble. Ces vidéos constituent la première étape pour créer un avatar capable de dialogue avec sa famille après son décès. Listro souffre d’un cancer du sang et les médecins estiment qu’il lui reste moins d’un an à vivre. Pour cette raison, sa femme et son fils l’ont encouragé à s’asseoir et à découvrir un nouveau secteur, celui des technologies liées au deuil.
Depuis quelques années, les laboratoires technologiques forment des modèles d’intelligence artificielle à partir de discussions, photos, vidéos, enregistrements, emails, conversations, messages, publications, vidéos courtes, notes vocales. L’objectif consiste à développer un clone virtuel permettant d’interagir avec nos proches après leur décès. Le marché de la résurrection artificielle se spécialise pour offrir une variété de produits. On trouve des bots réagissant via message, et même des compositions 3D précises. La famille Listro a opté pour une solution intermédiaire : un avatar de Peter capable de dialoguer sur un écran.
Le marché de la résurrection numérique
Le récit de la famille Listro, relaté par le New York Times, illustre une tendance croissante : de plus en plus de personnes explorent le marché de la résurrection numérique pour surmonter le deuil. Depuis des années, des efforts sont déployés pour concevoir des deadbots. En 2021, Joshua Barbeau avait utilisé GPT-3 pour créer un chatbot imitant la voix de sa fiancée décédée. La même année, le site MyHeritage a lancé Deep Nostalgia, une fonction permettant de créer des vidéos animées de proches à partir d’albums photo.
Par ailleurs, en Chine, certaines entreprises funéraires intègrent déjà des photos, vidéos et enregistrements vocaux pour générer des avatars qui, durant les cérémonies, prononcent des paroles d’adieu. À présent, grâce aux avancées technologiques, la création de versions digitales de nos proches décédés devient plus accessible.
Le choix de la famille Listro
Storyfile collabore principalement avec des musées, mais commence aussi à travailler avec des particuliers, comme la famille Listro. La prochaine étape pour l’entreprise consistera à lancer une application utilisant une intelligence artificielle générative, permettant aux utilisateurs de créer des avatars capables de répondre à des questions non définies, en s’appuyant sur des contenus tels que des emails, publications sur les réseaux sociaux et autres documents personnels.
Cependant, la famille Listro a opté pour une approche différente : un avatar de Peter programmé pour répondre uniquement aux questions posées de son vivant, durant l’enregistrement à domicile. Ainsi, chaque réponse sera authentique, reflet direct de ses pensées, et non une reconstruction hypothétique. « Cela ne changera pas le fait qu’il ne sera plus là », a expliqué son fils Matt au New York Times, « mais savoir qu’après cela, ce ne sera pas la dernière fois que je parlerai à mon père rend tout un peu moins douloureux. »
Les risques associés aux deadbots : une source d’inquiétude
D’importantes questions éthiques subsistent. Par exemple : qui possède les données d’une personne après son décès ? Quel impact psychologique cela peut-il avoir sur les proches ? Quel est l’utilité d’un deadbot ? Qui peut désactiver définitivement le bot ? Comme l’a expliqué Enrico Giannetto, philosophe et historien des sciences, à Netcost-security.fr : « De nombreux risques et contre-indications existent, ce n’est pas respectueux envers les défunts, cela soulève également des questions d’exploitation à des fins variées, qu’elles soient psychologiques, économiques, politiques ou de propagande. Au mieux, c’est un moyen de d’exorciser la mort et, au pire, une marchandisation des morts.
De plus, les morts numériques pourraient prolonger la douleur et provoquer un décalage par rapport à la réalité. Les deadbots pourraient engendrer une dépendance insurmontable. Leur utilisation risquerait de rendre impossible le sevrage, car ils anesthésieraient notre souffrance et, en fin de compte, pourraient même altérer notre humanité.
