Covid-19: la relance économique sera-t-elle verte ?

Une nouvelle étude d’économistes de l’université d’Oxford souligne qu’une sortie de crise du Covid-19 sera plus efficace si les plans de relance mettaient l’accent sur l’économie “verte”. Ils ne sont pas les seuls à faire ce constat. Mais est-ce suffisant pour convaincre les États?

N’en déplaise aux compagnies aériennes, groupes pétroliers, et autres industries polluantes, qui, tous aux abois économiquement, demandent un soutien financier pour survivre à la récession engendrée par le Covid-19. Le meilleur chemin pour garantir, que la reprise soit bien au rendez-vous après le choc pandémique, est de se mettre « au vert », ont conclu des économistes de l’université d’Oxford, dans une vaste étude, publiée par l’Oxford review of economic policy mardi 5 mai, et soutenue par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. Quitte à sacrifier les pollueurs du monde d’avant la pandémie ou à conditionner toute aide à ces secteurs à des efforts concrets pour préserver l’environnement.

Ils rejoignent ainsi un cortège toujours plus important de décideurs et d’organisations internationales qui plaident pour des plans de relance intégrant massivement des investissements dans les énergies renouvelables. Le Parlement européen, la Banque mondiale, l’ONU, à travers son secrétaire général, Antonio Guterres, ou encore le pape François semblent tous vouloir que la reprise soit “durable”, aussi bien économiquement que d’un point de vue environnemental.

Oublier les vieilles recettes de 2008 ?

Mais, alors que ces déclarations font essentiellement appel à la bonne volonté des États, sans entrer dans le détail de ce que pourrait être un plan de relance “vert”, les économistes d’Oxford exposent une feuille de route précise, tout en expliquant pourquoi les recettes passées risquent d’être moins efficaces cette fois-ci. Les économistes mettent en garde contre la tentation de croire que c’est dans les vieux pots, ceux de 2008 en l’occurrence, que l’on ferait les meilleurs plans de relance. Un soutien financier massif et indiscriminé aux banques et entreprises au bord de la faillite, accompagné de mesures fiscales comme des réductions de TVA pour doper la consommation se heurterait aux particularités du choc économique engendré par la crise sanitaire. “Les incertitudes liées à la situation actuelle sont plus profondes qu’en 2009. Ce qui peut pousser les individus à être plus prudents avec leurs dépenses, réduisant l’efficacité des incitations fiscales”, notent les auteurs de l’étude. Ils remettent aussi en cause l’intérêt économique de voler au secours des avionneurs ou des compagnies de croisières si, comme ce serait à prévoir, les habitudes de déplacement et de tourisme vont être durablement transformées par l’épisode pandémique.

“En 2008-2009, les gouvernements avaient la conviction que le soutien à l’économie devait primer sur les politiques environnementales, qui pouvaient être sacrifiées le temps de résorber la crise”, explique Cameron Hepburn, l’auteur principal de l’étude d’Oxford, dans une tribune publiée sur le site Carbon Brief. Préserver l’emploi et éviter une envolée de la pauvreté étaient plus urgent que de soigner Mère nature. Mais, même à l’époque, les pays ayant profité de l’occasion pour investir dans les technologies “vertes” ont eu plus de succès pour sortir du marasme économique, affirment les auteurs de l’étude.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*